La météo nous l’avait promis, on sentait bien que ce printemps 2017 ne déconnait pas du tout, eh bien voilà : on s’est littéralement cuit le cul au Hellfest 2017. Cette dixième édition pour vos reporters de l’extrême Somath + Mattooh aura clairement été la plus éprouvante physiquement, et pourtant il faut féliciter les organisateurs qui ont, comme chaque année, su prendre en compte les critiques émises suite à l’édition 2016 (pour mémoire : principalement des temps d’attente interminables pour pénétrer sur le site, et un site sur-saturé en soirée, la faute à un public qui, en s’accroissant, avait tendance à congestionner complètement l’espace dévolu aux grandes scènes sur la plaine centrale du site).

Les mesures phares de réinvestissement des bénéfices 2016 (rappelons que le Hellfest, contrairement à la plupart des tes gros festivals préférés, est une association qui tient valeureusement tête aux cadres macronistes de Live Nation – et autres trous de pine fillonnistes dirigeant la région Pays de la Loire – et, subséquemment, réinjecte ses profits dans son activité d’une année sur l’autre) :
– agrandissement de la dite-plaine centrale du site par un décalage des grandes scènes et une migration d’espaces techniques et de l’enclos à VIP,
– entrées et files d’attente repensées,
– chiottes et points d’eau modifiés et multipliés,
– refonte totale de l’espace VIP, qui se structure dorénavant autour d’une vaste fontaine-piscine et d’un bar-hangar somptueux, tout en faux ossements et cabinet de curiosités.

Il y a eu de nombreuses autres améliorations, mais ce sont bien ces quatres grands axes qui ont facilité la vie de tout le monde cette année. Quant au squattage permanent des espaces à l’ombre (le gros truc pénible de ces 3 jours, il en faut bien un), il n’a pour responsable que la météo et la vulnérabilité du corps humain face à l’astre solaire, éléments sur lesquels Ben Barbaud et Yohann Le Nevé n’ont, jusqu’à preuve du contraire, qu’assez peu de prise.

Comme tous les ans, l’organisation du Hellfest a donc réussi à faire encore plus beau, encore plus soigné et proposer encore plus de grand n’importe quoi ludique et donc indispensable. Ils sont où, ceux qui chouinaient sur le « Disneyland du métal », ou la perte de leur petit paradis confidentiel ? Franchement, on ne les entend plus beaucoup. Le Hellfest a changé, mais c’est pour le mieux et, au fond personne ne voudrait sérieusement revenir aux conditions d’il y a 10 ans.

Dont acte.

 

  • LE DREDI

Pourtant, à peine ces belles choses entrevues qu’il fallait déjà avoir la nuque bien étirée puisque Verdun ouvrait les hostilités, vodka à portée de main, avec un des concerts les plus massifs que le festival aura connu cette année. En utilisant l’arsenal sonique désormais légendaire de la Valley, les quatre Montpelliérains et leur frontman Portuguais aux mimiques occultes auront alors parfaitement donné corps à leur tellurique The Eternal Drift’s Canticle sorti l’année dernière. Et bien que le troisième et dernier morceau fut interprété un peu plus fébrilement que les autres et à un tempo un peu trop lent, nos petits chouchous auront dans tous les cas démontré aux chanceux présents qu’ils se plaçaient sans trop de problème dans le haut du peloton doom/sludge actuel. Il est désormais 11h, on est vendredi matin, et pleins d’étoiles dans les yeux la Macronie nous semble déjà bien loin.

Forcément, après une si belle mise en bouche, on aura mis un peu de temps à revivre pareilles sensations. On notera cependant que le black metal interprété par Deathcode Society puis True Black Dawn était de bonne facture. Quant à l’espèce de post-punk metal pratiqué par les Norvégiens d’Okkultokrati, il est bien trop redondant pour espérer nous faire tenir plus de trois morceaux.

Textures est une sorte de plaisir coupable, dans la mesure où la triplette d’albums Polars / Drawing Circles /Silhouettes était à l’époque excellente dans sa capacité à rendre ultra-efficace une musique de nerd ulta-technique, et à faire apprécier des refrains mélodiques pas très éloignés du mauvais goût. Seulement, le groupe ne s’est jamais remis complètement des départs post-Silhouettes de son chanteur, puis de son claviériste, et enfin d’un de ses deux guitaristes d’origine. Résultat, Phénotype sorti l’année dernière est une purge, le groupe n’a jamais vraiment trouvé son public et décide alors d’arrêter les frais cette année. À la fin de ce concert, on ne peut que comprendre cette décision plutôt raisonnée. Pas que cette grosse demi heure fut désagréable, mais bon c’était mieux avant, et ça ne pourra pas changer. Reste ce batteur hors-normes bourré de grâce, à qui l’on se devait logiquement de dire adieu avec le plus grand des respects. Et si tu veux faire pareil, il ne te restera plus que l’ultime tournée automnale pour faire cela.

Après un court passage devant les très ennuyeux geeks d’Animals As Leaders, il était temps de passer au deuxième gros morceau de la journée, à savoir SubRosa, qui aura cependant rencontré la même problématique que bien d’autres groupes durant le ouikène : arriver à faire passer une musique pas vraiment faite pour être appréciée sous un chapiteau surchauffé, en après-midi et par 35°C à l’ombre. De loin, l’ami Mattooh sera donc complètement passé à côté de d’un concert qu’il se sentait pourtant capable d’apprécier dans une situation plus normale – disons un soir glacial de février, dans un Espace B à demi-vide et dans des conditions de semi-ébriété. Quant à Somath, posté au troisième rang, la chaleur n’aura pas affecté son jugement. Et bien que la setlist uniquement portée sur le nouvel album (un petit cran en dessous des précédents, il faut bien l’avouer) ait pu décevoir, il s’est fait un plaisir de découvrir l’interprétation live de ces morceaux, et a trouvé le groupe bien plus percutant que lors de son dernier passage à Clisson.

Bien.

* ¡ alerte branlée !*
Helmet lui n’a eu aucun problème avec la chaleur : le groupe a tout simplement, calmement et méthodiquement tout défoncé. Pour les avoir vus 2 jours plus tôt dans une SMAC déserte (très bon concert, mais incomparable à tous les niveaux), je n’imaginais pas le quasi-sexagénaire Page Hamilton et ses mercenaires donner un concert si écrasant et devant une assemblée si fournie. Bon, il s’est avéré que si les concerts sous les tentes se déroulaient devant une assemblée pleine à craquer de 10h30 à 19h c’était essentiellement pour des raisons bien légitimes de recherche désespérée d’un coin d’ombre pour poser un bout de cul, mais peu importe : groupe, public et son étaient au taquet, et pendant 1h personne n’a songé à maugréer sur la reformation factice, et les premiers albums c’était même autre chose, et autres chichis de fâcheux. Tous les titres tuaient, et en tant qu’amateur des disques post-reformation, j’ai particulièrement biché d’entendre dans ces conditions un répertoire si homogène et un public célébrer d’aussi bons titres, sans exceptions. Et bon, voilà déjà un des 3 meilleurs concerts du festival.

C’est au Devin Townsend Project qu’incombe alors la dure tâche de ne pas nous faire retourner à la réalité de façon trop brutale. Et autant dire que le contrat fut rempli haut la main. C’est que le charisme du gaillard n’est pas prêt de le quitter, de même que son talent et celui de ses compagnons d’arme. Du coup, les gars ont un son du tonnerre sur la grande scène, ce qui n’est pas une chose évidente, et on ne peut alors qu’accepter la tournure assez calme du set, fidèle aux dernières sorties du groupe, et plonger avec ces musiciens d’exceptions dans un univers futuriste qui nous aura cette fois tout à fait conquis.

Red Fang ensuite, bon… c’est efficace, mais sans vraiment la même passion. Le groupe s’en tire bien en capitalisant sur ses tubes, histoire de faire oublier deux derniers albums pas bien excitants, et le public apprécie. Un bon moment, mais vraiment rien de plus. Même créneau horaire, et même constat sous l’Altar, où L.G Petrov (Entombed) et son Firespawn produisent un death metal classique qui se révèle bien plus écoutable que sur album, sans être pour autant mémorable.

On s’approche ensuite du set de Ministry, 9 ans après son dernier passage sur le festival, sans y croire une seule seconde – on parle quand même d’un groupe en sursis depuis des années, avec des derniers disques hyper embarrassants, un leader sur-cramé et pour un set de fin d’après-midi en plein cagnard sur une Main Stage. Mais c’est bien connu, tous les ans de nombreux miracles ont lieu au Hellfest et sous nos yeux ébahis, Ministry est ressucité. En dépit de la plus élémentaire logique, leur set fut tout simplement excellent. Et on ne se risquera à aucun début d’explication, puisqu’un miracle ne s’explique pas.

Vint le cas Baroness. Rappelons le contexte : deux premiers LP impeccables en mode Mastodon-light, un double-album flirtant allègrement avec le vide mais qui s’en sortait grâce à une poignée de tubes impeccables, et un quatrième disque désastreux, en gros le même que le précédent mais sans les tubes. « Toujours aussi bon en live », me serinait-on ces derniers temps, alors je m’approchais confiant car qui suis-je pour douter du jugement de mes semblables? Eh bien il est temps de trouver la réponse à cette question, car ce concert était naze. C’est peut-être dû à la setlist qui faisait la part belle au dernier album, mais je préfère douter du goût de tous les mortels encore capables d’apprécier ce groupe de bras-cassés.

Surtout qu’au même moment sévissait Cryptopsy sous l’Altar, et que ce set dédié à None So Vile fut de loin le plus brutal de tout le festival, Nostromo mis à part, peut être. Pas grand chose de plus à en dire du coup, à part que c’était un plaisir incommensurable de voir l’intégralité de ce monument du brutal death, le tout interprété avec une maîtrise et une facilité à rendre jaloux n’importe qui. Le concert, réservé cependant aux oreilles les plus averties du festival tant il était absent de toute concession, restera en tout cas un des points d’orgue de cette édition 2017.

Bien, quoi ensuite ? Deep Purple ? OK, de loin à l’apéro alors. Leur reprise de Smoke on the Water était pas mal, pour le reste, pas le moindre souvenir. Au même moment sévit Belphégor sous la temple avec plus de hargne et de talent que jamais, accompagnant parfaitement une petite sieste des plus réparatrices.

Retour sous la Valley. La première moitié du set de Electric Wizard était conforme à leur précédent passage et à leurs derniers disques : super chiante. A ce stade, on doit pouvoir dire que Electric Wizard, aujourd’hui, est super chiant. Vite, refilez-nous du With The Dead, du Sleep, du Conan ou du YOB – après tout le dégagisme est à la mode.
La seconde moitié du set de mes sauveurs d’Obituary était tout à fait conforme à ce que l’on est en droit d’attendre du groupe : un cassage de gueule dans les règles de l’art, de la bourrinerie à l’ancienne façonnée par des gens qui n’ont plus vraiment l’âge mais ne savent pas faire autre chose ; merci messieurs, n’oubliez pas de revenir dans deux ans.

Rob Zombie, ensuite, armé de son impérial John 5, nous avait concocté un plat tout aussi efficace que lors de son dernier passage. Monster Magnet lui, après un set miraculeux en 2014, a déçu : concert assez lisse, avec un certain manque d’envie et de son. Problème de renouvellement aussi, puisque le groupe se trimbale maintenant la même setlist best-of depuis des années, et ça finit par lasser.

* L’instant norvégien du jour *
J’ai beaucoup aimé le dernier album de Dødheimsgard, mais là, face à ces maquillages grossiers, ces chants hésitants et ces attitudes approximatives, je dois avouer n’avoir guère insisté.

 

 

 

  • LE SADI

Plein de concerts très agréables au menu de ce sadi matin. Je commence avec le black-death de Vortex Of End qui se révèle être tout aussi convainquant que sur album. Deux très chouettes performances auront ensuite lieu sous la Warzone, toutes les deux dans une veine thrash crossover qui tombe à point pour te remettre le pied à l’étrier un deuxième jour de festival. En premier ce seront les Tourangeaux de Verbal Razors qui égaieront nos sens et se plieront en quatre pour essayer de bouger un public encore un peu mou à cette heure matinale. Peut être un peu plus carrés et tranchants, les Autrichiens d’Insanity Alert réussiront au moins tout aussi bien à balancer une pelletée de riffs de qualité supérieure destinée à faire mosher les plus courageux. Les gaillards ont vraiment la pêche et leur bonne humeur se communiquera très bien à un public assez fourni et bien acquis à leur cause.

* ¡ alerte branlée ! *
Mais la grosse claque de cette matinée, ce fut définitivement le concert nihiliste et pachydermique de Primitive Man, groupe nous t’avions fait découvrir à l’occasion de leur premier album Scorn. Déjà vus et appréciés en salle l’année dernière lors de leur tournée commune avec Magrudergrind, les trois méchants garçons en provenance de Denver profiteront cette fois d’un son à la hauteur de la haine qu’ils désirent véhiculer, avec une mention spéciale au son de basse tout bonnement hallucinant. C’est donc tout naturellement que l’on s’est laissés happer par ces trente minutes rudimentaires, écrasantes et imparables.

Monkey3 m’ayant copieusement déçu sur son dernier album et la tournée concomitante, je ne me suis guère pressé pour assister à leur concert et un détour au bar plus tard, me voilà face aux deux derniers titres du groupe. Mauvaise inspiration : cette fin de concert était excessivement plaisante. Les suisses pratiquent toujours le stoner le plus cliniquement propre du game, mais sur la foi de ces quelques minutes j’ai envie de croire qu’ils peuvent encore se sortir de l’ornière prog-molle dans laquelle ils s’étaient lamentablement vautrés, il y a quelques années. Sur le même créneau, et tandis qu’Ultra Vomit drainait la majorité des festivaliers sur la grande scène, c’est pourtant vers l’Altar que les gens qui savent s’étaient donnés rendez-vous. C’est en effet un bien petit comité qui est là pour accueillir LE groupe de jeunes pousses s’occupant de redorer le blason du doom traditionnel, au même titre que Power Trip a redoré celui du thrash metal et Eternal Champion celui du Power Metal. Car quand Crypt Sermon s’empare de ce doom lent survolé de vocaux heavy (ce qui n’est d’ailleurs pas trop notre tasse de thé habituellement), on prend un sacré plaisir à suivre le groupe dans ses pérégrinations, tout en étant transporté par les mélodies fédératrices du chanteur dont l’entrain est des plus contagieux. Un groupe à surveiller de près, assurément.

Igorrr, de loin, ressemble au pire de ce que l’on entend gerber d’un chapiteau breakcore de Dour à 5h du mat’. Et de près, c’était encore plus catastrophique.

Bongripper ensuite, sous la Valley : la bonne première impression (gros son bien gras, lenteur enveloppante, odeurs de weed) se dissipe au bout de quelques minutes où l’on sent un groupe fatigué. Heureusement, pour les plus tenaces, le groupe a retrouvé fraîcheur et envie au cours d’un concert qu’il conclue de façon tonitruante. Quant à ceux qui pour ce dillemme de la mort avaient préféré opter pour Nails, et aussi difficile que puisse être à apprécier pleinement ce genre de musique dans ce genre de conditions, tous les présents auront noté que leur grindcore coupé au noisecore et au hardcore était d’une qualité supérieure. Canicule ou pas, fesses qui collent et dos qui suinte ou pas, on est face à une troupe de cadors et même le corps le plus éprouvé sait prêter allégeance à une sauvagerie si bien ordonnée.

Ugly Kid Joe fait ensuite tout ce qu’il faut pour sortir du cadre des groupes has been dans lequel beaucoup les avaient bien trop vite inscrits. Le résultat est tout bonnement réjouissant et la performance est carrée et déterminée. Du coup, pépouze, on aura plus qu’apprécié entendre ces chansons que l’on ne pensait jamais voir interpréter sur scène, et en tout cas peut être pas d’une si belle façon.  Le verdict est plus compliqué pour Zeke sous la Warzone et un demi-morceau nous aura suffit à saisir la teneur de tout ce qu’il y a autour.

Excellente surprise ensuite sous la Valley, avec le hippie-doom de Blood Ceremony. Chacun sait à quel point il est risqué, voire dangereux, de manipuler le folklore façon jeux de rôle médiévaux en présence de heavy-metal, il n’y a qu’à jeter un oeil aux pitreries pagan-folk de la Temple pour se faire une idée du péril. Mais Blood Ceremony est avant tout un excellent groupe d’inspiration early-Black Sabbath, avec des bons riffs à la chaîne et des breaks qui tuent. Il y a bien une flûte, mais elle reste relativement accessoire, et ses interventions ne nous ont jamais mis dans l’embarras au point de devoir sortir notre bouclier anti-Jethro Tull.

Encore plus lent, un peu surjoué aussi (mais ça nous aura plus fait sourire qu’autre chose), ce sont les Finlandais de Skepticism qui feront ensuite très forte impression. Mais d’abord, l’honnêteté : le funeral doom, en temps normal, je fuis. Sauf que, comme la faiblesse de mes jambes ne me l’ont cette fois pas permis, je prends position (allongée) à l’ombre du temple et commence à fermer les yeux. Ni une ni deux, me voilà transporté par cet orgue venu d’outre tombe et charmé par cette musique qui comme par magie semble parfaitement adaptée à ma forme du moment. Bref, pour la première fois de ma vie mon horloge corporelle était d’humeur funeral doom, et je peux te dire que j’ai kiffé sa mère. Il faut dire que la prestation du groupe était impressionnante de maîtrise, rythmée avec une sacrée finesse et emprunte d’une ambiance particulièrement puissante.

 * ¡ alerte branlée ! *
Meshuggah n’était pas là cette année, mais aucun souci, Decapitated a pris le relais pour nous faire ressentir une nouvelle fois cette sensation si particulière de se trouver sur le chemin d’une avalanche de granit. En dépit des doutes légitimes que l’on peut avoir sur l’état de l’inspiration des Polonais après un Blood Mantra discutable et des nouveaux singles plus que bateaux, le concert de ce jour était absolument impérial, au barycentre de l’ultra-violence, de l’industrie lourde et des mathématiques. Je réalise à quel point ce vocabulaire ne peut qu’accroître la perplexité du profane, mais dis-toi bien que la seule chose à retenir, c’est que Decapitated nous a mis minables, et qu’on a adoré ça comme rarement.
Question de principe, je sacrifie tout de même la fin du set pour aller voir une quinzième fois les copains de Mars Red Sky, qui jouissent cette fois d’un son démoniaque et d’un créneau sous la Valley à la hauteur de leur statut de référence européenne (fin d’aprèm’) ; et je ne peux me fier qu’au délicieux Alien Grounds / Apex III final entendu, mais le groupe semble avoir convaincu tous les chevelus photosensibles de la Valley.

Je m’abstiendrais bien de commenter la prestation de Trust, parce que mon indifférence à leur égard est puissante et définitive, mais ce que j’ai capté au vol était d’une médiocrité si révoltante que je préfère quand même bitcher rapidos : l’alliance des grognements du vieux Bernie et d’un hard-rock ultra-standard et sous-mixé sonnait d’une manière particulièrement honteuse, pourtant je t’assure que sur les Main Stage il en faut beaucoup pour m’offusquer. Sans déconner, si vraiment vous y tenez filez-nous FFF ou Les Insus, mais plus jamais ça, par pitié. Même créneau horaire, même genre de moyenne d’âge sur scène, mais résultat bien plus convainquant du côté de la Warzone où D.R.I. faisait pendant ce temps là parler la poudre du crossover avec une jolie conviction.

Chelsea Wolfe ensuite, difficile de rentrer dedans, pour des raisons indépendantes de la musique ; dommage, ça avait l’air très beau. Heureux en tout cas de constater que le public était présent en masse, contrairement aux précédents paris un peu risqués comme Wovenhand ou Jane’s Addiction.

* ¡ alerte branlée ! *
Bon, je ne le cache pas, le Hellfest 2017 aurait pu se résumer à ce concert de Primus, je serais quand même arrivé hyper excité à midi devant les grilles. Moi, fan? Boah. Rien ne m’empêchera en tout cas de penser qu’il s’agissait du meilleur concert de cette édition, d’autant que la surprise est venue de l’attitude de Claypool (nettement moins hautain et autiste qu’attendu), et de la dynamique générale puisque l’heure de set s’est transformée en un impitoyable best-of joué avec un son fabuleux. Les concerts de la tournée de 2012 étaient déjà insensés, mais se laissaient nettement plus aller à la mixité des ambiances et aux expérimentations psychédéliques ; riche idée, dans ce contexte plus ramassé (1h) de soirée enfin rafraichie de Hellfest, que de miser sur la puissance et l’immédiateté.

* ¡ alerte grande classe ! *
On est encore la tête perchée dans le monde bigarré de Les Claypool quand on voit apparaître au loin l’immense tenture qui sert de décor sobre mais magnifique à la performance de la troupe pagan Norvégienne Wardruna. Mais, contrairement à beaucoup trop de concerts sous la Temple encore cette année, le côté ancestral et folklorique n’est ici pas synonyme de gaudriole et n’est pas employé pour palier un manque d’inspiration. Car cette fois, c’est à une des performances les plus solennelles de l’histoire du Hellfest (à égalité cette année avec celle précédemment décrite de Skepticism) que l’on avait droit, et à une des plus belles aussi. L’ambiance qui se dégage est complètement prenante, et la musique est interprétée d’une main de maître. Les chansons sont elles aussi des plus réussies, et on se prend à imaginer des paysages de plus en plus beaux au fil du déroulement du concert. Encore une grande réussite de cette édition, en somme.

Pour des raisons encore une fois indépendantes de ma volonté et même des conditions climatiques, je me retrouve devant Opeth… 15 mn avant la fin. Soit pile le temps pour un bon vieux Deliverance des familles, évidemment faramineux car ce titre, même joué par Lars Ulrich, sans sono et vu derrière un poteau de Glazart, sera toujours faramineux. Frustrant, très frustrant même d’avoir loupé l’essentiel de ce concert (d’autant que la setlist du soir contenait aussi la fabuleuse Heir Apparent), mais on se rattrapera dans deux ans.

Au même moment, c’est l’heure du passage annuel de John Garcia sous la Valley, cette fois avec ses coéquipiers de Slo Burn, projet post-Kyuss éphémère que l’on ne connaissait que peu chez GVAC avant son annonce au Hellfest. Bref, les trois gars restés dans l’ombre depuis 1997 ont réussi à convaincre le père Garcia de leur accorder un peu de son temps pour qu’ils puissent profiter du regain d’intérêt actuel du public mondial pour le stoner, et les voilà évidemment à Clisson. Et autant te dire que malgré le peu de dates programmées, les gars ne s’étaient pas foutus de notre gueule avec cette reformation (et ouais, une de plus réussie, même si celle-ci ne devrait déboucher sur rien de nouveau), et qu’ils nous ont servi un super moment, agrémenté bien entendu d’un son tout bonnement excellent.

Enfin, un Suicidal Tendencies et au lit. Devant une Warzone archi-blindée, le groupe a assuré son spectacle habituel (+ le génial nouveau petit single Clap Like Ozzy), cet imparable crossover sur ressorts avec en plus l’attraction Dave Lombardo, qui tient admirablement bien son rôle de métronome thrash-punk. Ces musiciens sont tous des tueurs, et pourtant on sent Lombardo capable de les rincer l’un après l’autre, comme si ce bonhomme pouvait tenir 3 heures sans rater la moindre note, ni donner la moindre sensation de début de faiblesse ; homme, ou machine?

 

  • LE GROMANCHE

On commence ce dernier jour avec le death metal bon enfant et efficace des Lorrains de Mortuary. Les gaziers sont contents d’être là, nous de même, et cette demi heure n’augurait que du bon pour ce dimanche. Seulement, la suite fut un peu plus compliquée, nous obligeant à errer entre le post black sans saveur de Déluge, l’ambiance torturée d’un Emptiness pas vraiment adaptée à notre humeur et entravée par un son assez désagréable, et pour finir le soul rock d’un Vodun qui capitalise sur l’originalité de sa forme pour te vendre une musique déjà entendue quinze mille fois.

Mais nos premiers sauveurs se prénomment Ghoul, et autant dire que les gaillards auront mis les petits plats dans les grands pour que l’on se souvienne de leur prestation. Sur scène c’est le carnaval, des personnages géants à la Gwar bataillent, le faux sang coule à flot et le tout est mis en scène de la première à la dernière seconde. Sauf que derrière, et là est le plus intéressant, ça joue comme la mort. Un peu abasourdis, on se prend alors un enchaînement de riffs death thrash en pleine gueule sans avoir le temps de reprendre son souffle et on a l’impression que la branlée aura durée dix secondes.

Deuxièmes sauveurs de suite: Trap Them. Et là on rigole beaucoup moins. Le chanteur nous fait comprendre que lui et les discours c’est pas trop son truc, mais qu’ils sont quand même bien contents d’être là. On regrettera un son de gratte un peu faiblards par rapport aux albums, et on pourra toujours leur reprocher d’être une espèce de Converge version loser. Sauf que les mecs forcent le respect par leur implication, et qu’on ne peut qu’oublier nos quelques remontrances pour leur réserver un accueil chaleureux, accueil qu’ils méritent amplement.

Hirax, ensuite, impose un autre rythme sous l’Altar. Un set thrash tout à fait convaincant, mais sur une dynamique un brin autoroutière comparée à l’hystérie de leur dernier album.

* ¡ alerte branlée ! *
Si sur le créneau d’avant, la Valley nous avait gratifiée d’une agréable sieste en compagnie du post-rock mou du bulbe de Crippled Black Phoenix, les choses deviennent nettement plus sérieuses à l’arrivée de Ufomammut. Le trio italien a l’habitude de découper ses tournée en fonction de ses sorties de disques, et dans l’attente de leur prochain album c’est légitimement à une setlist best-of que nous avons eu droit. Mais quel que soit le choix des chansons, avec eux le résultat est toujours le même : telluriquement heavy, chaque morceau prenant plus ou moins sont temps pour gravir la pente ascendante qui sépare son intro de son inévitable climax. Un peu comme du post-rock finalement, mais en grisant. Et à la fin du set, en dépit de la chaleur toujours écrasante, les mines et attitudes ravies sur et devant la scène ne trompent pas : c’est toujours un peu pareil, mais toujours aussi bonnard.

Bon, et là j’ai le cul entre deux chaises, car il est temps de parler d’Arkon Infaustus et de ce bâtard de DK Deviant que je ne préfèrerais pas mettre en valeur. Chose un peu drôle voire ridicule d’ailleurs, le mec se permet de critiquer le public du Hellfest pour son immobilisme et son amour du confort… tout en faisant onduler ses cheveux avec un ventilo. Bref, on s’attendait à ce genre de comportement. Sauf que merde, ses chansons ont toujours été bluffantes, c’est bien pour ça qu’on est là, et ses mercenaires sont ne rigolent vraiment pas en terme de maîtrise technique et sonique. Résultat, si Emperor n’était pas passé après, ce concert resterait comme le meilleur set black metal vu au cours de ce week end, et de loin. Fait chier.

Je me dirige ensuite vers Pentagram, ignorant que ce cher Bobby Liebling est en prison pour avoir violenté sa mère et que c’est son guitariste qui assure les parties de chant. Un peu déçu, je pars donc faire un tour du côté de Sanctuary, mais revient assez vite car bon, il faut pas déconner non plus. Donc du coup, ce Pentagram sans Bobby ça donne quoi ? Ben ma foi, si au premier abord j’ai eu l’impression de me retrouver devant un groupe de doom lambda, il faut bien avouer que le savoir faire des compositions et la lourdeur de l’ensemble ont fini par me faire remuer les cervicales. C’est du vu et revu et le jeu de scène est un peu daté (lancé de guitare avec le gars du staff à la réception, démontage de la batterie, mais en ayant pris soin d’avoir enlever les micros du festival avant..), mais en fait on prend quand même bien notre pied et la banane est au final bien présente.

* ¡ alerte branlée ! *
Et didiou, c’est pas avec le concert de Nostromo qu’elle s’est envolée cette banane. Les Suisses sont venus nous montrer, avec un nouveau morceau plus que prometteur qui plus est, que l’on pouvait toujours compter sur eux, et ce même après leur trop long hiatus de ces dernières années. Et compter sur Nostromo, ça veut dire se prendre une volée de saccades juste ahurissante en pleine gueule, se faire trainer au sol, et en redemander encore et toujours. Mention spéciale au wall of death impressionnant qu’ils auront déclenché après nous avoir expliqué que le Hellfest n’était pas pour rien dans cette reformation bénie des dieux. Les gaziers ont désormais prévu d’inonder un bon paquet de salles Françaises à l’automne pour propager leur violente parole, et tu peux être sûr qu’on y retournera pas qu’une fois.

* ¡ alerte fan-service ! *
Alors OK, Prophets of Rage joue la facilité en misant à 80% sur le répertoire tonitruant de Rage Against The Machine, les coupures que représentent le medley hip-hop Public Enemy / Cypress Hill ne faisant que contribuer à faire monter la sauce – Unfuck The World, nouveau single du vrai/faux groupe, ne faisant absolument pas tâche, seule l’émouvante mais un peu embarrassante reprise instrumentale de Like A Stone (d’Audioslave, en hommage au regretté Chris Cornell) casse le rythme – OK, donc, disais-je, ces prophètes ne se compliquent pas la vie, mais bordel, qu’est-ce que c’était bon. Les premières vidéos live du groupe laissaient une impression un peu pataude, la faute aux flows de B-Real et Chuck-D un peu fatigués et moins hargneux que celui de Zach De La Rocha (encore qu’avec le temps, on se prend a apprécier la précision rebondissante de B-Real sur les couplets). Mais le groupe a indéniablement musclé son jeu en quelques mois (cette section rythmique, toujours aussi impressionnante), et galvanisés par une foule en surtension notoire et un nuage de poussière façon fin du monde, nos pépères californiens ont clairement assuré. Franchement, c’est quand vous voulez pour la prochaine – de toute façon, il va falloir s’habituer aux groupes de reprises ou hommages plus ou moins légitimes, et là on est clairement pas face à de la contre-façon.

Contrairement aux années précédentes, nous nous sommes faits avoir et c’est de loin, derrière l’embouteillage encerclant la Valley que nous tenterons d’entendre Clutch. Impossible d’apprécier le show dans ces conditions, mais les tubes étaient là et, encore une fois, les mines ravis à la sortie du concert semblaient témoigner d’un contrat dûment rempli par le groupe.

Et pendant que la plèbe fait la fiesta sur Rage Against the Cypress Ennemy, une poignée d’irréductibles vient célébrer la légende du hardcore métal que représente Integrity. Et quand je te dis une poignée, je veux dire que même à 10h30 le matin, il y avait deux fois plus de monde. Mais on s’en fout, car depuis l’arrivée de deux Pulling Teeth pour venir épauler notre poissard préféré Dwid Hellion, l’affront des albums et tournées précédentes n’est plus qu’un mauvais souvenir. Les singles du futur album sont méchants à souhait, et ce concert de fin de journée fut un des plus gros panards du week end, avec un curieux contraste entre un public bon enfant là pour célébrer son groupe de coeur et une formation qui enchaîne puissamment brulots légendaires et nouveautés excitantes. On aura d’ailleurs du mal à comprendre pourquoi le groupe aura coupé court à la prestation (un problème technique semblerait-t-il), mais on restera avant tout complètement convaincu par cet enchaînement de tubes imparables et salvateurs.

Trois ans après leur venue célébrant In The Nightside Eclipse sur la grande scène du festival, Emperor est de retour, cette fois pour les vingt ans de leur second album Anthems To The Welkin At Dusk, pavé baroque techniquement impressionnant et plein de moments d’anthologie. Et si au début du concert on peine un peu à rentrer dedans, trouvant même Trym un peu à l’ouest à la batterie par moment, la magie (noire) se mit à opérer assez vite, nous faisant de plus en plus apprécier ce set tandis qu’il s’écoulait. Et si le public célèbre surtout les passages qui auront inspiré toute la vague sympho voire pagan que l’on regrette désormais, c’est de par la complexité des compositions et grâce à quelques moments de pure folie qui surgissent sans prévenir que cette prestation aura retenue notre attention, rappelant au passage l’intemporalité et le côté précurseur de la musique du groupe. Rendez vous dans deux ans pour IX Equilibirum ? On ne dirait pas non !

* ¡ alerte branlée ! *
Coroner a tout simplement tout écrasé. Bien aidé par un son monstrueux, mécanique et chaud à la fois, les vieux suisses ont déroulé un set incroyablement punitif, là où on aurait pu attendre une prestation apaisée, voire ralentie par le nombre des années, la préretraite et l’embonpoint bien légitimement induit ; que nenni, on dirait que chez ces gens-là la puissance ne se perd pas. En prime : le chanteur bassiste en impose avec ses faux airs de David Gilmour métal (silhouette trappue, crâne d’oeuf et t-shirt noir), et détourne l’attention du regrettable futal en cuir du guitariste.

Slayer l’an dernier a déçu, avec un concert techniquement impeccable mais sans la moindre trace de chaleur humaine ni de manifestation d’envie d’être là. Cette année, on aura vu que les 2 ou 3 premiers titres mais ce début donnait nettement plus envie de rester se chauffer les cervicales ; seulement voilà, quasiment au même moment Dillinger était attendu à la Warzone pour un concert d’adieux, alors le choix était vite fait.

* ¡ alerte branlée ! *
Et Dillinger Escape Plan, donc, nous proposa un enchaînement de ce qu’ils savent faire de mieux : balayage, désaxage, pressing suivi de crochetage, feinte, balayage retourné, fauchage et enfin neutralisation. Dans les mêmes conditions idéales qu’un Refused l’an dernier (son monstrueux, et clôture de festival sous la Warzone avec le petit regain d’énergie qui va avec pour tout le monde), le groupe a fait une véritable démonstration de tout son savoir-faire, une sorte de match d’exhibition, dans des conditions franchement appréciables quand on sait la fréquence à laquelle le groupe se produit dans des circonstances approximatives (son pourri de première partie ou de grande scène, petites scènes surbookées, destruction prématurée du matos, etc). En plus du shot d’adrénaline que constitue à chaque fois leur virulence en live, on a donc pu profiter de la diversité et de la qualité de leur répertoire quand il est impeccablement reproduit et sonorisé – des bourrinades à l’ancienne, aux refrains mélodiques ironiquement repris les yeux fermés par 90% des tough guys à la ronde, en passant par quelques chemins de traverse bien sentis (Happiness Is A Smile). Si cette fois était bien la dernière, alors on pourra faire avec en attendant la reformation.

Bon, j’imagine que l’on a plus vraiment besoin d’épiloguer. Cette année restera au moins autant dans les annales que les précédentes éditions, et le Hellfest est toujours très loin devant la concurrence. Du coup, see you next year buddy!