Comme chaque année, c’est le même petit rituel. Le départ à peu près à la même heure, les mêmes courses de provisions, la même arrivée tardive pour éviter la queue à l’entrée et ne pas poser son Jeudi, le même bonheur à l’ouverture de la première canette dès le moteur arrêté. Car oui, après une année d’attente, de fantasmes, et d’heures passées à peaufiner maintes et maintes fois les petits détails de son Running Order (qu’on continuera de faire évoluer pendant le fest), c’est l’heure d’un nouveau Hellfest. En marche !

  • LE DREDI

Comme à peu près tous les ans, c’est sous la Valley que débute notre voyage au pays des merveilles, et ce dès 10h30. Après un Verdun tout bonnard l’année dernière, c’est au tour des méchants bretons de Fange de jouer le rôle de l’apéritif. Et si le groupe nous branchait bien à ses débuts, il faut avouer qu’en se radicalisant et en s’éloignant du sludge pour fréquenter des terres plus extrêmes, ce qui d’habitude n’est pas pour nous déplaire, ils ont réussi à nous perdre en route. Ce concert n’aura fait que confirmer ce sentiment, et on trouve que ça manque un peu de dynamique et d’idées pour que ça fasse vraiment remuer notre petite âme, l’attitude de poseurs haineux n’arrangeant bien sûr pas les choses. L’effet inverse se sera produit au contact des Sons Of Otis, qui donnent eux l’impression de se faire plaisir et distillent leur doom/stoner avec classe et volupté. Le trio étant plutôt rare dans nos contrées, on profite à pleines dents des 30 minutes qui nous sont offertes et de l’énergie positive qui s’en dégage.

Entre les deux groupes précités, on aura pris le temps de faire un coucou à la Temple en compagnie de Caïnan Dawn et de leur black métal directement en provenance de ces Alpes si chères à mon cœur de Somath. Sursaut de régionalisme peut être de ma part, mais j’ai en tout cas trouvé complètement mon compte dans ce set certes assez classique, mais porté par des chansons qui savent garder l’auditeur en haleine. C’est peut être un peu trop propre et manquant d’un soupçon de charisme, mais les chansons font si bien le boulot que l’on repart convaincu. Ce qui n’aura pas été le cas au contact de la prestation de Darkenhöld, mais on va dire qu’avec leur look moyenâgeux fragile, on a eu un peu de mal à occulter l’aspect visuel pour se concentrer uniquement sur la musique, qui semblait elle un peu récolter toutes les tares que l’on reproche aux pitreries black/pagan. On en aura du coup profité pour faire notre premier passage en Warzone version 2018 (toujours aussi belle, forcément), tandis que les Allemands de Spermbirds déchainent leur punk sauce oï avec beaucoup de volonté et quelques tubes imparables.

Encore un petit coup de Valley ensuite avec Dopethrone, qui tourne pas mal ces dernières années, un peu plus pour l’image qu’il renvoie que pour sa musique, d’ailleurs. Pas de grosse surprise au programme donc, c’est un peu voire assez approximatif dans l’interprétation et bateau dans la composition, entaché de quelques soucis techniques peu graves, mais comme on en attendait pas plus que ce ça, le set passe plutôt bien. Après tout, on est pas là pour rechigner contre quelques riffs lourds et gras, surtout que n’étant que vendredi 13h, l’overdose du genre était encore loin.

Beaucoup plus mis en scène et travaillé, le set de Schammasch (quartet post-black Suisse avec frontman tout de noir peint) aura fait un parfait contrepoint au concert précédent. Pourtant, quelques minutes d’adaptations seront nécessaires de notre côté pour apprécier, à moins que ça ne soit le groupe qui ait mis un peu de temps à apprivoiser un cadre et une heure pas forcément des plus propices pour une immersion totale. Toujours est-il qu’au fur et à mesure des minutes, l’intensité a grandi tranquillement, et qu’au final on ne sera pas contre revoir le groupe sur un format plus à son avantage. Dans le genre, « j’ai pas l’habitude de ça », on a le droit ensuite à un concert de Celeste de plein jour, ce qui est assez rare pour être noté, le groupe ayant l’habitude de jouer complètement noyé dans la fumée et uniquement éclairé d’un stroboscope. Une fois l’artifice enlevé, on se rend compte (si ce n’était pas déjà le cas) que la musique des Lyonnais n’a rien de passionnante, bien qu’intensité et hargne soient au rendez-vous. Mais bon, comme Benighted (qu’on aura regardé rapidement avant de filer sous la Valley) nous parle définitivement moins qu’il y a dix ans (son trop froid, compos standardisées), on se contentera de ça, avant de filer se sustenter.

On ne compte plus le nombre de fois où l’on a pu voir Converge sur scène, que cela soit au Hellfest ou ailleurs. La petite originalité de 2018 était leur présence sur la MainStage en pleine après-midi, ce qui aura eu pour conséquence, petites bourrasques obligent, de proposer un son à la qualité fluctuante (ce qui n’est ceci dit pas pire que pour leurs précédents passages à la Warzone). Tu l’auras compris, un son moyen pour Converge, on a l’habitude, et on se contente de ça pour profiter pour la première fois live des morceaux du dernier album, The Dusk In Us, disque inégal mais comportant quand même un certain nombre de « highlights ». Si tu rajoutes les quelques classiques qui font toujours plaisir (Concubine, Last Light, Eagles Become Vultures, ..) et le charme inaltérable de la bande à Bannon (et surtout du duo Koller – Newton, qu’on pourrait mater des heures entières), on prend une nouvelle fois notre pied, bien que la fin du concert fut un peu sèche à notre goût.

Une des plus grosses attentes de cette édition 2018 était pour ma part (Somath) la venue des New Yorkais de Demolition Hammer, après les avoir raté au dernier Fall Of Summer. Car depuis 2016, ces darons auteurs d’un Thrash Metal ultra véner’ dont reste pour traces deux albums cultes sortis en 1990 et 1992, font quelques dates au compte goutte dans les festivals/endroits de bon goût, et il était temps de pouvoir en profiter au royaume de Clisson. Et dès l’introductif Skull Fracturing Nightmare, on sait que l’attente en valait la peine, grave même. Les gars débarquent en sautant partout, le sourire ne décollant pas de leurs visages, et enchaînent les riffs dévastateurs avec une facilité déconcertante, et une technique toujours impressionnante. Le pit se fait alors bien violent, et le plaisir est à son comble. On rit des interludes où le chanteur bassiste enfile les jurons autant que possible, et on fait valser avec force la nuque quand la musique est dans la place. Le genre de concerts et de groupes comme il y en a peu, et déjà un moment indélébile pour cette édition 2018. À noter qu’on aura croisé plusieurs fois les gars sur le site pendant le restant du festival, et on peut déceler dans tout ça un truc qui s’appelle la passion,  le genre de petite chose en plus qui ne devrait jamais délaisser le métal extrême.

Changement TOTAL d’ambiance avec le black metal industriel lui aussi culte des Norvégiens de Mysticum: les trois musiciens (une basse deux guitares) sont juchés sur des espèces de colonnes à plus de deux mètres du sol, les cheveux et l’attitude rappellent une période trouble de l’histoire, la musique est d’un froid glacial, et les projections occultes droguées et kitsch sont quelques peu intrigantes. Bref, c’est pas la fête. Mais après tout, on n’est pas venus pour ça, et comme sur le fameux In The Streams Of Inferno, la recette fait son effet, et on se laisse complètement convaincre par cette musique prenante, violente, sans compromis.

Il est alors encore l’heure d’un changement complet d’ambiance pour ce vendredi définitivement de haute volée. Retour à New York, cette fois dans les années 80, avec un des premiers groupes de Peter Steele (surtout connu pour être le frontman inoubliable de Type O Negative). Si tu as bien suivi l’histoire, ce cher Peter n’est plus de ce monde depuis 2010, et c’est un certain Baron Misuraca qui le remplace, au côté du guitariste du second album (avec un style bien à lui), et d’un nouveau batteur (en tout cas sur cette date). Place donc à Carnivore A.D.. Aucune nouveauté jouée bien sûr, uniquement ce précurseur et fameux crossover second degré jouissif par dessus tout, et des tubes qu’on ne pensait jamais pouvoir voir sur scène (God is Dead, Jesus Hitler, Sex and Violence,…). Alors, on ne pense plus aux détails vis à vis du concept de reformation quand ta tête de gondole n’est plus là, et on s’éclate complètement, surtout que la doublure de Steele assure grave le boulot, à mi chemin entre l’hommage et la jolie performance individuelle.

La dernière fois qu’on avait vu Steven Wilson au Hellfest, c’était en 2008, encore avec Porcupine Tree. Dix ans plus tard, le garçon n’a absolument pas bougé (pas une ride, pas un cheveu blanc, aucune trace de calvitie) mais a définitivement laissé tomber son groupe d’origine pour profiter de la liberté que lui laisse une seconde carrière sous son propre nom. Son groupe varie donc suivant les envies et les tournées, et si le côté prog s’en trouve renforcé (plus de soli, plus de balades super limites, plus de chœurs) l’ADN musical du monsieur reste intact, et on apprécie toujours autant dans le contexte « best-of » du live de goûter à ses compositions les plus élaborées. D’autant que de son propre aveu l’accent est mis sur les titres les plus lourds, et comble de joie, ceux de Porcupine Tree sont de retour dans la setlist (les bonnardes The Creator Has A Mastertape et Sleep Together). Cela nous donne donc un set absolument impeccable, évidemment très propre et avec les quelques balades rituelles pour faire bonne mesure, mais franchement, quand on pense au niveau habituel des groupes de prog qui se produisent sur les Main Stages, on ne pinaille pas, et le pied est total.

Petite pause ensuite, avec les Svinkels (concert honnête) en fond, pour reprendre quelques forces, histoire de faire honneur à la fin de cette première journée. Et de refaire un détour par New York, où l’horloge est à l’heure d’une des grosses institutions du Death Metal, les bien nommés Suffocation. J’avais eu du mal à rentrer dans leur dernier concert ici, et émettais donc quelques doutes avant ce concert, surtout que Frank Mullen, chanteur emblématique, a déserté les rangs depuis quelques mois, réduisant à 1 le nombre des membres présents sur les trois premiers albums du groupe. Mais je peux te dire que les doutes n’ont pas longtemps persisté. Niveau line-up, le niveau technique reste inatteignable, et le batteur de Disgorge qui s’occupe du chant sur cette tournée aura fait une très forte impression. Pour le reste, la setlist, bien que centrée sur les débuts du groupe, ira aussi dire bonjour au dernier disque, tandis que l’intensité et la maîtrise sont de tous les instants, pour une musique aussi percutante que tordue. Suffocation nous a montré si on en doutait la taille de l’empreinte qu’ils ont pu laisser sur le death metal (pas que pour le bon d’ailleurs, car le death-core et le slam-death peuvent les remercier), et que leur pertinence est toujours d’actualité. Bref, une leçon à tous les étages.

La petite demi-heure passée ensuite en compagnie des vieux routiers du black norvégien de Satyricon restera aussi un étonnamment bon souvenir. Pas grand chose à jeter dans ce qu’on a entendu, juste un black d’excellente tenue exécuté sur des tempi modérés, et à l’aide de riffs excessivement efficaces et de vocaux sans reliefs mais sans reproches. Continuez messieurs, et on reviendra les prochaines fois.

Incapable de choisir entre Judas Priest, Napalm Death et Corrosion of Conformity, j’ai (Mattooh) choisi de butiner « au tiers » et ne l’ai pas regretté. Les premiers ont tenu leur rang de papys toujours au sommet du game heavy-metal (voir le nouvel album Firepower et ses quelques tubes imparables), leur set s’appréciant d’autant plus lorsqu’on y assiste pas en entier… Je ne me suis guère attardé devant Napalm Death, constatant sans surprise qu’on perd énormément de la puissance du groupe en les observant sur un écran géant à l’extérieur d’un chapiteau bondé mais évidemment rien à dire sur la prestation, toujours aussi sauvageonne et en décalage avec le physique empoté de ces vieux messieurs. C.O.C. enfin, un poil décevant sur les vieux titres (ce Wiseblood qui manquait sacrément de groove avec un Reed Mullin manifestement un peu rouillé), mais convaincant dans l’ensemble ; bon, pas de quoi se relever la nuit non plus, surtout quand on pense au nombre de prestations dantesques auxquelles on a assisté année après année sous cette Valley.

En ce qui me concerne (Somath), j’ai pris l’option Judas Priest ou rien, et ne l’ai pas regretté non plus. Il faut dire que je me suis pris d’amour pour le groupe depuis quelques années (et oui, l’âge a des conséquences étranges parfois) et que je n’avais jamais eu l’occasion de les voir sur scène. La setlist est assez portée sur la période 70’s, et n’aura comporté plus ou moins aucun déchet. La classe de Halford est toujours aussi légendaire, tandis que Richie Faulkner impressionne à la guitare lead, tout en jouant constamment avec le public. Derrière, basse batterie sont discrets mais en place (surtout la basse), et Andy Sneap (guitariste de Hell, surtout connu pour être responsable du son metal moderne, grâce/à cause d’un nombre de grosses productions assez gigantesque), récemment embauché pour les tournées, rempli le contrat avec sérieux. Bref, tout ce à quoi tu pourrais t’attendre du Priest en 2018 si tu as suivi un peu les débats. C’est en revanche toujours assez impressionant de décortiquer dans l’approche du riff comment le groupe aura fait passer un cap au hard rock de papa pour définir ce que deviendra plus tard le thrash (et les trucs extrêmes qui en découlèrent), et tube après tube la démonstration est sans contestation possible. Alors certes, c’est kitsch en termes de visuels, il n’y a pas de maquettes d’avion à l’échelle 1 qui survolent la scène (coucou Iron Maiden) (mais Rob arrive en moto, quand même…), mais le plus important est là : les riffs, et les tubes, encore, et encore. Alors même après une heure et demie on en aurait demandé encore un peu plus. Cela tombe bien, The Priest Will Be Back qu’ils nous ont dit à la fin. Hell Yeah.

Après m’être fait avoir en douce par le dernier album, je (Mattooh, mais aussi Somath, dans une moindre mesure pour le dernier disque, mais encore plus pour ce concert) me rendais au concert d’A Perfect Circle muni d’un subtil bagage d’enthousiasme et de méfiance. C’est qu’on ne les a pas vus depuis 2004 et que les deux premiers albums ont gagné leurs galons de classiques, mais que les setlists actuelles n’inspiraient pas trop et que, bon, après aussi longtemps, on peut craindre un groupe hors-sujet, un line-up foireux et un Maynard qui s’économise (voir les dernières tournées de Tool). Mais rien de tout ça, comme tout le weekend sur les Main Stages le son aura été fabuleux, le groupe méga-pro et, contre toute attente, MJK super en voix et même bien gentil bien poli. Presque trop de bonheur donc, à peine gâché par les titres vraiment trop craignos du nouvel album (Hourglass aux ficelles trop grosses et So Long & Thanks for All The Fish et ses embarrassants relents pop-punk) et l’absence de Judith, m’enfin rien que pour le fabuleux final sur The Outsider et les nouveautés les plus goutues (The Doomed, TalkTalk), le contrat est largement rempli et on repart avec le sourire. C’est d’ailleurs la surprise de l’année sur ces 3 jours : le temps passé devant une Main Stage avec la banane. Vieillirait-on ? Ou les pointures étaient-elles particulièrement nombreuses ?

 

 

  • LE SADI

Après une nuit étonnamment froide, on est tout de même frais comme des gardons (ou presque) pour se présenter à l’Altar afin de déguster le thrash old-school d’Hexecutor. On se dit alors que les gamins ont dû se lever tôt pour que leurs cheveux soient si soyeux. Car avec ces Bretons là, c’est la régression rétro la plus pure qui est au programme, de la musique à l’accoutrement, jusqu’à l’excès d’ailleurs. N’empêche que ça joue, et qu’une fois habitué aux poses et aux fringues, il est assez facile de rentrer dans leurs thèmes moyenâgeux portés par de chouettes structures alambiquées. Plus qu’à espérer qu’ils nous sortent à nouveau des disques à la hauteur du LP paru il y a deux ans, histoire de pouvoir compter sur eux encore un petit moment.

Petite déception ensuite, avec Incendiary. Car même si j’ai (Somath) un peu moins accroché à leur musique sur galette que l’ami Mattooh, j’attendais de prendre ma petite correction de la plus belle des façons. Mais pour faire monter la sauce hardcore à 11h du matin, il faut quintupler l’énergie, et il manquait peut être un peu de jus aux Américains pour faire ça. Et puis bon, le problème d’un des deux guitaristes (pas de son pendant les 3/4 du set) ne leur a pas facilité les choses, et le gaillard a du passer un moment assez désagréable. À revoir dans un autre contexte, et peut être dans quelques années, histoire de confirmer ou non ce ressenti mitigé, pour un groupe qui fait en dehors de ça quand même plutôt bien l’unanimité actuellement. Si ils désirent faire appel à des tuteurs, ils peuvent ceci dit embaucher directement ceux qui étaient leurs successeurs sous la Warzone en ce samedi matin ensoleillé. Je parle des Québecois de Get The Shot, qui ont donné une leçon de réveil hardcore mené d’une main de fer par un leader bien en verve, ayant de plus la bonne idée de replacer un peu toutes leurs salades dans un contexte d’engagement. Musicalement, c’est peut être pas la cure de jouvence du hardcore que certains voient chez Incendiary, mais autant dire qu’au niveau dépense d’énergie et maîtrise technique et sonique, les Québécois ont fait parlé la poudre avec la manière des plus grands, pour un des meilleurs concerts de hardcore de cette année, tout simplement.

Entre ces deux doses de HxC, nous avions eu le temps d’aller faire un petit tour du côté des Suédo-Finlandais (pour le bassiste, ancien Rotten Sound) de Monolord, qui distillaient leur doom monolithique et répétitif sous la Valley. Sans briller par leur originalité, le trio se démerde quand même avec un sacré talent pour te tenir en haleine, même quand ils restent sur le même riff pendant 10 minutes. Tout tient sur le groove et l’expérience de ces mecs qui tournent sans s’arrêter, et qu’on se fera toujours un plaisir de croiser.

Petit dilemme Altar/Valley ensuite. On commence par l’antre du death-metal, où sévissent les cultes (un album, sorti en 1993..) Finlandais de Demilich, une des raretés de cette édition 2018, le groupe ayant repris depuis 2014 la route pour des dates au compte-goutte. Leur death-metal technique bien à eux et très prenant n’a pas pris trop de rides, de même que l’interprétation qui en est faite. Mais comme Jessica 93 (que l’on apprécie beaucoup depuis sa première sortie) joue en même temps sous la Valley, on change assez vite de concert. On est un peu surpris de se retrouver seulement face à deux musiciens, alors que l’on s’attendait à pouvoir enfin découvrir la formation à 4 qui tourne (tournait ?) depuis la sortie du dernier album, le très recommandable Guilty Species. Sur scène, on trouve donc Geoff, par qui tout a commencé, à la guitare/basse/chant, et David Snug, connu pour ses bds, qui lance les boites à rythmes et les agrémentent de percus non branchées. Ce dernier n’est là que pour la déco, et plus qu’autre chose, on a décelé dans son attitude j’m’en bas les couilles un certain mépris face au public qui était face à lui, ce qui a eu pour conséquence de nous refroidir un bon coup. Ce n’était peut être que de la maladresse, ou un moyen de contrer le stress. Peut être aussi que je manque d’humour et de second degré, aussi. Toujours est-il que les ambiances si prenantes et l’honnêteté qu’on apprécie tant dans la musique de Jessica93 s’en trouvaient gâchées et notre plaisir un peu amoindri. Dommage.

Tout de suite après, on retrouve les L7, gentiment larguées sur la Main Stage, mais leur enthousiasme et leurs tubes donnent le sourire. On retourne ensuite sous la Valley, en position allongée cette fois, avec le stoner très très Kyussien des Grecs de 1000mods. Rien de nouveau du tout sous le soleil, mais un son aux petits oignons et des compos bien ficelées. Le tube simplissime au possible mais assez jouïssif qu’est Vidage nous aura même fait quitter notre position allongée, pourtant très confortable. Petit plaisir coupable garanti sans prise de tête donc, et qui semble avoir conquis le public lambda du Hellfest, venu se protéger de l’insolation.

Les choses sérieuses reprennent ensuite sous la Temple avec la prestation d’Oranssi Pazuzu, un des tous meilleurs groupes de métal actuellement toutes tendances confondues, dont on attendait beaucoup, et qui n’a pas déçu. Même sous un chapiteau surchauffé en plein après-midi, leurs fantastiques compositions gardent tout leur magnétisme, on regrettera seulement un son au volume absolument délirant, qui sature joyeusement et pouvait carrément gâcher le concert si on était trop près et/ou non équipé de bouchons d’oreilles performants. Une remarque générale d’ailleurs à ce sujet : pour la première fois au Hellfest, il y avait à redire sur la qualité du son sous les chapiteaux, justement à cause de volumes complètement excessifs. Attention à ne pas tomber dans l’excès de zèle niveau installations, car devoir se boucher les oreilles pour distinguer quelque chose est une situation assez paradoxale et n’est pas digne des standards d’accueil du Hellfest. Malgré tout, Somath continuera de te dire que ce concert fut le meilleur de l’édition 2018, et qu’après les 10 minutes d’adaptation requises face au maelstrom sonore déployé, tout le reste n’était que pur bonheur complètement taré.

S’en suit un papillonnage sur le site : Powerflo d’abord, rap/rock lourdingue de vétérans de la fusion 90’s, nous fait rapidement fuir à la recherche de n’importe quoi de moins réchauffé ; ce ne sera malheureusement pas le death progressif maniéré et inégal d’Akercocke, la faute à un sérieux manque de spontanéité et de violence viscérale ; Ho99o9 enfin, clairement la bonne pioche du créneau, a retourné la Valley par son punk-rap, pourtant un peu surcoté et qui mériterait encore d’être maturé, qu’on attend plus dans un festival comme Dour qu’au Hellfest. Gloire aux programmateurs en tout cas, d’avoir tenté un enchaînement noise-rap d’aussi grosse qualité (avec Dälek), qui montre que la « normalisation » du public a cet avantage de pouvoir transformer n’importe quelle prestation pêchue et exubérante en succès. On ne peut malheureusement pas en dire autant de Dälek, qui malgré un set dantesque, aura méthodiquement vidé la Valley ; c’est le revers de cette même « normalisation » du public, qui est de moins en moins du genre à s’arrêter sur un groupe déviant et cafardeux, et dont le rythme lent n’aura pas suffi à rattraper par le col les fans de doom et de sludge. Tant pis pour les fuyards, car ce concert était fantastique, un peu comme à chaque fois avec Dälek. À noter la présence d’un guitariste d’Amen Ra, qui aura surtout servi à brouiller les pistes soniques sans rajouter vraiment de plus-value, à part un petit côté « rareté ».

Avant ça, Modern Life Is War avait fait son possible pour nous retenir à la Warzone, sans succès à cause d’un manque du petit quelque chose qui sépare le groupe capable du groupe doué. Sur le même créneau, la description de Heilung (quelque chose contenant les termes « pagan » et « folk ») nous avait fait fuir par principe, par crainte d’une énième farce costumée. Il s’agit en fait d’un cas bien plus singulier, une sorte de transe mystico-théatrale mise en son de manière minimaliste mais très dense et heureusement sobre, dont on se demande parfois si c’est la musique qui est réellement mise en avant ; en tout cas, on a scotché. Merci donc au désœuvrement de nous avoir ramené devant cette étrange cérémonie, qui nous aura convaincu de creuser le cas de ce collectif pas banal.

La première, et dernière fois, que Body Count s’était produit au Hellfest, c’était sous la Warzone en 2015. L’affluence avait été telle qu’il était très dur d’y voir quelque chose et qu’on avait lâché l’affaire au bout d’une moitié de concert. Mais ce qu’on avait pu voir était gravement alléchant, avec un groupe en place et un Ice-T en grande forme. La formule était la même en 2018, mais la mayonnaise a eu beaucoup plus de mal à prendre, transformant le concert en sympathique performance d’après-midi, sans réussir à vraiment dépasser ce cadre là, sans vraiment nous captiver, en fait. Pourtant, les morceaux coup de poings, aussi bien les classiques que les plus récents, étaient au rendez-vous, mais l’ensemble était un peu trop haché et manquait de souffle.

Nous sommes en 2018, et Deftones a donné le meilleur concert du Hellfest ; qui l’eût cru ? (c’est Mattooh qui te cause) Ce n’est peut-être pas l’avis de tout le monde, mais j’ai trouvé ce set dantesque, tout autant grâce à la setlist qu’à la qualité du son et de la prestation du groupe. Abe reste ce métronome increvable au groove violent et si personnel, le magma de cordes de la paire basse/guitare envahissant l’espace comme il en a l’habitude et, plus étonnant, Chino Moreno a assuré comme la grosse bête qu’il est devenu. Sans déconner, ce set compactait tout ce qu’on adore chez Deftones, avec une setlist chargée en divines surprises (Around The Fur, Digital Bath, Rocket Skates, Teething, tous les classiques d’Adrenaline et même un medley Engine No. 9 / How I Could Just Kill A Man avec Sen Dog, qui passait par là!), aucun titre du décevant dernier album, la maîtrise insolente de ceux qui ont peaufiné leur son pendant 25 ans et n’ont plus rien à prouver, et une envie manifeste d’être là. Quel pied, bordel ! Pour ma part (Somath), j’ai trouvé ça mortel au début, et mortel le dernier quart d’heure. Je suis juste un peu sorti du trip sur les quelques morceaux où Chino avait l’air mécontent du son ou de ses conditions sur scène. Mais ça restera quand même un chouette souvenir de cette édition.

Étrange spectacle ensuite sous la Warzone, avec le concert de Cro-Mags, version John Joseph McGowan, qui assure comme un chef au milieu de zicos (dont l’ancien guitariste de Leeway) pas tous complètement dedans et en place. Cela donne un truc bancal centré uniquement (en dehors de deux reprises des Bad Brains et d’un morceau de Best Wishes) sur The Age Of Quarrel, et qui peut donc se reposer sur un paquet de morceaux emblématiques qu’on se fait un plaisir à reprendre en chœur. Cela pourrait être clairement plus puissant et méchant, mais ça a le charme de la nostalgie et de la sueur honnête. À comparer avec la mouture proposée actuellement par Flanagan, si elle croise un de ces jours notre route.


Autre drôle de spectacle au même moment sur les Mainstage. Limp Bizkit a tout pour donner un bon concert, mais se caricature en s’assumant complètement groupe de playback tête à claques. Les meilleurs titres de leur répertoire sont toujours aussi bonnards à déguster live face à un bon public et le groupe ne les joue clairement pas au rabais, mais la moitié de leur set est consacrée à enchaîner les reprises faciles dans des medleys sans queue ni tête, le tout avec une attitude plus vraiment de leur âge.

Ces péripéties nous auront malheureusement fait rater l’essentiel du set raccourci de Dead Cross, sur lequel on évitera donc de se prononcer, mais qui ressemblait à ce qu’on peut attendre d’un projet en dilettante de Mike Patton : un truc un peu décousu mais foncièrement sympathique, surtout quand il se finit par un medley de 30 secondes de Raining Blood + Epic (interrompu sur « youuu want it all but you can’t haaaave it« , on en rit encore).

Neurosis enfin, a rétabli l’équilibre de la journée en nous assénant le set massif, définitif et incroyablement pur et puissant qu’il ne se lasse pas de reproduire soir après soir. Même s’il n’évolue plus vraiment ces derniers temps, il paraît franchement difficile de se lasser du groupe et de son répertoire tant qu’il continuera à distiller des prestations de ce niveau. Résultat, une setlist dynamique au possible maîtrisée de façon indécente, avec une fin sur Through Silver and Blood dont on frissonne encore. Et longue vie à Jason Roeder, qui parvient à être un batteur aussi fantastique avec Sleep qu’avec Neurosis, dans des styles pourtant très différents. Franchement, arrêtons-nous une minute pour réfléchir au CV actuel de ce type et à son talent qui paraît sans limites.

Après une telle leçon, il nous reste plus qu’à récolter quelques pintes pour faire descendre le set hardcore métallique d’Hatebreed, groupe qui lui aussi, à sa façon, montre chaque soir qu’il maîtrise son sujet et qu’il est capable de construire des sets puissants d’un bout à l’autre. C’est sans aucun doute moins prodigieux que Neurosis (qu’ils évoqueront avec beaucoup de respect d’ailleurs, au moment de parler du programme top chef qui nous avait gâté ce samedi, en rappelant qu’ils avaient tourné ensemble il y a bien longtemps), ça doit beaucoup à Merauder, mais ça réconforte chaleureusement tous tes instincts primaires sans verser dans le mauvais goût, tout en enfilant pépouze des tubes plus efficaces les uns que les autres (Destroy Everything, I Will be Heard, This Is Now,…). De quoi conclure très sympathiquement cette deuxième journée haute en couleurs.

 

 

  • LE GROMANCHE

Pour une fois, pas grand chose à se mettre sous la dent lors du créneau introductif de 10h30-11h, créneau que l’on passera au final majoritairement en compagnie des Bretons de Malkavian, chez lesquels on peut retrouver le batteur de Fange derrière les futs. Les gaziers proposent un Thrash moderne sans saveur, bien qu’exécuté avec précision. Un peu plus de sensations nous aurons par contre traversées au contact des Toulousains de Pleibeian Grandstand et de leur black metal chaotique biberonné au hardcore. Le son manquait de clarté pour apprécier la puissance du groupe et les jeux sur les dissonances autant que sur les disques (assez recommandables il faut dire), mais on encaisse les assauts avec plaisir.

Dans ce début de journée ping-pong entre les scènes Temple et Altar (c’est bien pour un dernier jour : ça minimise les déplacements), c’est l’heure de retourner sous cette dernière pour les jeunes pousses Espagnoles de Crisix et leur thrash fun plutôt convaincant sur disque. Mais sur scène, bien qu’il n’y ait rien à dire sur la qualité de l’interprétation et la quantité d’énergie déployée, l’attitude du groupe nous aura plus déçue qu’autre chose. Pas que les gars aient l’air méchants non, loin de là. Mais, prétendre faire du thrash quand tu fous 4 logos Monster Energy Drink sur ton backdrop et que tu te plies à tous les exercices grand public style « on fait un morceau où on échange les instruments » ou, « on fait un medley de reprises qui plaisent à tout le monde (genre Beastie Boys-Pantera-Metallica) », ça ne correspond pas à notre vision du truc. Bref, un groupe déjà bouffé par la machine commerciale Metal qui en a fait un joli petit produit bientôt dénué de toute âme, dommage. On aura beaucoup plus apprécié l’attitude (et le concert de manière générale) des Allemands d’Exumer, qui jouaient sur ces mêmes planches de l’Altar deux heures après. Si on était Suisses, on pourrait même dire qu’on a été très déçus en bien par ces darons présents dans le game depuis 1985, et dont on pensait que les bonnes sorties s’étaient arrêtées à peu près à ce moment là. On aura été prié de réviser notre copie, car presque tout le contenu de la setlist venait d’albums récents, et la qualité était sacrément au rendez-vous. Ça ne réinvente pas le socialisme, mais ça joue du feu de Dieu, sans chichi, et avec un chanteur charismatique. Bref, tout ce qu’on leur demandait, voire un peu plus.

Avant cela, on s’était rendus au concert des Lituaniens d’Au-Dessus en s’attendant à voir un groupe de post-Black à la Batushka de plus, capuches obligent. Et ben là encore, on s’était bien trompés, mais on aura un peu de mal à te décrire ce à quoi ça ressemblait, à part que le son était vraiment super chouette. Pour sûr qu’on aurait quand même pu employer le fameux terme « post », que les ambiances étaient sombres, et qu’on a retrouvé dans tout ça quelques gimmicks et harmonies typées « black metal ». Mais il y avait quelque chose d’assez original dans la façon de jouer et de sonner du groupe, quelque chose qui les sort un peu des cases dans lesquelles on aurait voulu les mettre. Bref, reste plus qu’à creuser un peu les albums, voire si le même genre de sensations s’en dégage.

Après cette jolie découverte, c’était l’heure de notre rouleau compresseur préféré, à savoir les Finlandais de Rotten Sound, venu propager l’extrême parole dans une programmation, il est vrai, très pauvre en grindcore et autres joyeusetés ultra-rapides jouissives. Mais quitte à en avoir qu’un (ou presque), autant avoir ceux-là, surtout que les années ne semblent pas avoir d’effets sur la puissance de la masse sonore qu’ils portent avec eux. Ça joue vite et bien, c’est ultra dynamique, ça passe sans broncher d’une charge mitraillette à un riff lourd comme le plomb, et tout ça en provenance directe du cœur de passionnés croisés tout le week-end sur le site à l’heure des concerts de bon goût. Tout à fait le genre de petits rendez-vous presque rituels qui fait qu’on aime tant notre Hellfest, et tant ce groupe, aussi. Et quitte à avoir motivé des copains pour tenter l’expérience death/grind précédemment décrite, il est l’heure de leur rendre la pareille en les suivant voir les Lords Of Altamont, groupe de motards au rock garage plutôt classique mais bien branlé, et que je (Somath) n’avais pas vu sur scène depuis 12 ans. À l’époque je n’étais même pas encore majeur, et j’avais trouvé la performance assez furieuse, avec des mecs qui sautent partout et une mise à feu du clavier en fin de concert. En 2018, les années ont un peu entamé ce côté déglingue, bien que le groupe reste toujours impliqué et appliqué dans sa musique. Ça donne une performance moins dingue qu’à l’époque, mais, pour être honnête, plus agréable à regarder que ce à quoi on s’attendait.

S’en suit le concert d’Exumer déjà décrit, puis un pas de côté pour encourager les New-Yorkais de Tombs, qui se présentent sous la Temple devant un public peu nombreux, et dont la taille ne grandira pas pendant la prestation, au contraire, et en dépit de la qualité certaine de celle-ci. Plusieurs raisons à cela. La première, c’est leur annonce tardive faite mi-mai en remplacement de Young And In The Way. La seconde, c’est qu’en dépit d’albums sortis chez Relapse, puis chez Metal Blade pour le petit dernier, le groupe a toujours eu un public plus noise-rock que métal, et ce à cause d’une musique qui se branle un peu des cases et pioche un peu partout, tant que ça permet de faire une musique tendue et incisive. N’ayant pas écouté le groupe depuis deux disques, j’ai d’ailleurs été surpris par le côté vraiment black metal du set proposé au Hellfest, par rapport aux souvenirs que j’avais du groupe. Mais une fois la surprise passée, on se plie assez bien au jeu, malgré un groupe manquant un peu de charisme, en dehors de son unique membre permanent Mike Hill, officiant derrière le micro et à la guitare. Le gars arrive à nous convaincre à force de vociférer du bien fondé de sa proposition, et on sort repu de cette prestation méchante qui sort des standards post/pagan/sympho que l’on croise d’habitude sous la Temple.

On essaie ensuite de se frayer un chemin pour apprécier le charmant stoner de Nebula, mais définitivement trop de monde sous la valley en pleine après midi, surtout quand l’envie de sieste se fait sentir, sieste qui s’opérera allongé pendant le concert de Manegarm. J’aurais du coup bien du mal à te dire à quoi ça ressemblait, même si je crois que ça sentait le pagan. On est du coup à nouveau d’aplomb pour se taper une tranche du thrash vieillissant de Exhorder, qui aura fait le boulot de manière honorable. Pas grand chose à en dire, mais toute journée au Hellfest a besoin de ce type de concert excessivement classique pour nous rappeler d’où on vient, pourquoi on est là, et pourquoi on revient chaque année. Franchement, pourquoi s’infliger des festivals dont le concert lambda est un truc de pop-rock des derniers peigne-culs de l’année, quand on peut s’offrir le Hellfest dont les standards nous garantissent au minimum un classique du thrash 80’s par jour ?

En parlant de peigne-culs, on en était pas très loin par contre pour Batushka, qui vient prendre confortablement sa place dans le classeur des groupes de black à capuche sans réel intérêt. Et vient pas me sortir le coup des chœurs liturgiques orthodoxes qui sont trop originaux, si le reste est bateau, tout est bateau.

Megadeth, fidèle à ses habitudes, aura shreddé pendant 1h sur la Main Stage derrière un rideau de cheveux et sous un assaisonnement soporifique de la voix maigrelette et sous-mixée de Dave Mustaine, qui ne fait plus le moindre effort pour passer pour le showman qu’il ne sera jamais. En dehors de l’absence de réels tubes et malgré des capacités techniques bien supérieures à Metallica, voilà pourquoi les Megadeth ne seront jamais les patrons : on veut rêver, bordel, pas avoir l’impression de lire des partitions face à un CV vidéo de Kiko Loureiro et un papy enroué. Pendant ce temps, je (Somath à l’appareil) préférais (j’adore Megadeth, mais sur les disques sortis il y a 25-30 ans, pas sur scène au XXIe siècle) aller voir Baroness, groupe pour lequel j’entretiens une relation amour (le Red Album, et quelques tubes) – haine (le reste, à cause des boursouflures heavy mal digérées), et que je ne m’étais jamais imposé sur scène. Je sentais que c’était enfin le bon moment, en raison d’un petit faible pour le dernier disque, Purple, va bien savoir pourquoi. Grosse surprise en arrivant, puisque le groupe est en trio et est en train d’accorder des guitares acoustiques, le cul sur des chaises. John Baizley nous expliquera (pour ceux qui n’utilisent pas l’appli et n’étaient donc pas au courant, moi le premier) que leur batteur est rentré aux states pour tristes raisons familiales, et que le groupe a passé la journée à arranger un set acoustique à l’arrache, histoire de pouvoir quand même bafouiller un truc. Et face à une telle situation, tu ne peux qu’oublier ton aigritude, et juste profiter de ce qui t’es offert, c’est à dire un groupe ultra humble, totalement débordé par l’émotion, et soutenu par une Valley complètement acquise à sa cause. Donc oui, le côté le plus niais de Baroness t’était présenté en pleine face, mais au point d’en devenir réellement touchant. Mention spéciale à la récente recrue à la seconde guitare, Gina Gleason, entre sourires et larmes pendant tout le concert, touchante à en percer tous les cœurs de pierre de l’audience. Bref, un concert à part, qui nous fait reconsidérer une nouvelle fois la qualité de ce groupe, malgré ses défauts parfois gênants.

Retour ensuite au monde réel, et en bonne compagnie qui plus est, car Alice in Chains a fait ce qu’on attendait de lui : remettre les pendules à l’heure grunge. Après 12 ans d’attente, la mort de Chris Cornell et l’élection de Macron, on avait bien besoin de ça. Il est assez fascinant de voir qu’après tout ce temps et un changement de chanteur, la musique d’Alice in Chains parvient à rester aussi puissante, fédératrice et pertinente alors que ce genre de musique lente et tristoune a si vite fait de virer au ridicule, en oubliant la radicalité et en se vautrant dans un pathos trop indulgent. Ici les classiques s’enchaînent avec bonheur, sans fausse note et mieux encore, sans donner envie de zapper les titres les plus récents ; chapeau.

At the Gates ensuite, a donné un concert foncièrement impressionnant mais dépourvu de la moindre possibilité d’émotion ; leur death fondamentalement suédois est presque trop bien exécuté, et les titres filent sans qu’on en retienne grand chose. C’est bon, mais c’est un peu fade.

Iron Maiden enfin, je (Mattooh) peux pas dire que ce soit réellement ma came, n’ayant jamais vraiment pu aller au-delà du minimalisme efficace de Killers dans leur discographie. Ajoutons à ça une esplanade des Main Stages totalement congestionnée, et ma méfiance m’aura dicté de n’inspecter que quelques titres, de loin, par curiosité. Eh bien il faut quand même reconnaître que tout ça a de la gueule ; c’est kitsch, c’est laid, c’est entendu 1000 fois, mais il y a tellement de métier et de riffs solides qu’on ne peut décemment pas passer un mauvais moment face à ce (quand même très long) spectacle. À apprécier d’autant plus qu’étant donné l’âge et le dossier médical des protagonistes, ne nous voilons pas la face, la fin est de toute évidence assez proche.

Au même moment, The Hellacopters remplissait également le contrat, offrant une alternative de qualité aux deux heures offertes un peu plus loin par la vierge de fer. C’est du rock’n roll de facture assez classique (c’était le thème de la warzone en ce dimanche), mais joué avec assez de passion et de classe pour que l’on se prenne au jeu. Ce fut certes une conclusion moins flambloyante que The Dillinger Escape Plan l’année dernière (snif), ou surtout que Refused il y a deux ans, mais une jolie conclusion quand même.

Car le réveil doit sonner tôt le lendemain matin, et qu’il ne serait pas sérieux de s’offrir le mur d’ampli Marshall et les riffs acérés d’Exodus à cette heure déjà tardive. C’est gavé d’étoiles plein les oreilles, avec un joli concert de Turbonegro très loin au fond (comme c’est souvent le cas), qu’on retrouvera les froides pénates de Clisson une dernière fois pour 2018. See you soon, chéri.

Somath & Mattooh