Hellfest, 12ème édition pour ce vieux couple Somath & Mattooh. Abordée avec une impatience intacte, cette édition a une fois de plus comblé toutes nos attentes musicales, gustatives et sociales. On a encore beaucoup sué, bu, pris notre pied, raconté des âneries, cherché l’ombre, hésité entre deux scènes, et repris ce burger superflu de 23h30. On te raconte ça en détails.

 

  • LE DREDI

Fidèle au poste, je (Somath) attaquerai ce Hellfest comme il se doit, c’est à dire dès 10h30, sous la Altar, qui accueille Freitot, une collection de (presque) vieux briscards de la scène métal puisque ses membres ont également participé ou participent encore à des groupes comme AqME, Benighted, Svart Crown ou Carnival in Coal. C’est d’ailleurs le chanteur de ces derniers qui fera comme d’habitude forte impression, avec une belle implication, un chouette charisme et une maîtrise totale du métier. Derrière, le groupe déroule un death metal classique mais plus qu’honorable, qui nous met directement dans l’ambiance musicale qu’on aime au Hellfest, nous faisant oublier rapidement nos errances amères de la veille au Knotfest. Ce sentiment se verra encore renforcé une demi-heure après grâce au passage impeccable de Sublime Cadaveric Decomposition, un des rares représentants grind de cette édition, et un acteur toujours aussi indispensable de cette scène en France. Entre groove, efficacité, et engagement de chaque instant, le groupe aura dévoré son créneau avec une faim cannibale jouissive pour son public, et aussi pour eux on l’espère.

Si tu sens que cette journée a commencé pour moi avec la banane, tu ne te trompes pas, et il faut aussi remercier les locaux et la locale de Stinky pour le léger et agréable entremet fédérateur parfaitement placé entre les deux groupes death déjà mentionnés, et qui a servi de refuge louable face aux définitivement sans intérêts Khaos Dei. Et si les disques ne m’avaient pas forcément convaincu, je n’ai pas contre rien à redire sur la prestation du groupe, qui occupe très bien la scène grâce à une chanteuse bluffante. La réaction du public ne se fait pas attendre, puisqu’on assiste avec plaisir à un de ces moments où la barrière entre groupe et audience pète, et ce malgré la taille du festival. Là encore, on oublie le carnaval de la veille, et on se sent bien. Dommage que le créneau suivant sous la warzone soit occupé par les Rum Jacks (un espèce de sous-Dropkick Murphys, ce qui n’est pas peu dire), tandis que le produit marketing power metal Gloryhammer entâche la Mainstage et que les craignos Aorlhac occupent la Temple.

Heureusement, c’est Cult Leader qui enchaîne sous l’Altar (définitivement la scène de la journée, et ce n’était alors que le début), et on revient dans quelque chose de bien plus convaincant, que cela soit dans la musique que dans les convictions et l’attitude. Celle-ci aura d’ailleurs peut-être un peu refroidi les curieux, tant le groupe est introspectif, et préfère faire parler sa musique plutôt que de quelconques artifices. Et pour cela, l’implication des membres est maximale, faisant planer quand même une sacré aura de mal-être plus ou moins exorcisé. De notre côté, on oublie complètement la semi-déception que restera A Patient Man sorti l’année dernière, et chaque note de ce concert vraiment intense nous atteint toujours un peu plus, pour nous laisser au final tout chancelant. On utilisera les 40 minutes servies par Nick Olivieri et ses Dwarves pour tranquillement redescendre au contact d’une musique plus ludique et il faut le dire bien plus commune.

Un moment ceci dit pas désagréable, et qui était de toute façon nécessaire, avant d’aller ressasser à nouveau les angoisses de l’être humain au contact de Daughters, auteur pour moi du meilleur album de 2019, et que je n’avais encore jamais eu l’occasion de voir sur scène. Et si cela restera un des moments musicaux les plus forts de cette édition, un petit goût amer aura pour moi entaché la prestation, quand N. Sadler, guitariste du groupe, engueulera comme du poisson pourri le personnel technique car ses têtes d’ampli ne donnent plus signe de vie. Tu as le droit d’être exigeant et de vivre à fond ta musique, mais le respect envers les autres, d’autant plus envers ceux qui te permettent de faire ton travail, ne doit jamais être oublié. De manière générale, on sent le groupe un peu crispé et peut être un peu mal à l’aise vis à vis de la configuration festival, mais il n’empêchera que leurs morceaux sont quand même vraiment dingues, et que la débauche d’énergie et de talent est assez impressionnante. Les assez cultes suédois de No Fun At All qui enchaînent sur la Warzone serviront ensuite comme les Dwarves de petite antichambre de décompression à roulettes pas vraiment marquante, mais pas désagréable non plus.

Je (Mattooh) débute mon Hellfest un peu en retard mais directement par un très gros client : Power Trip. Comme à son habitude, le groupe n’est pas venu pour écosser les petits pois et la mise à l’amende est sévère. Sortis de l’actu ces derniers temps, on aurait pu oublier la puissance invraisemblable de leurs compos, mais le rappel est sans bavure : Power Trip est clairement le meilleur groupe (thrash) du monde, sur disque comme en live.

Diamond Head ensuite, aura vite rejoint la case des anciens qu’il n’était pas vraiment nécessaire de ressusciter, même si les torts sont surtout accumulés par le chanteur arrivé il y a 4-5 ans et affublé d’un timbre de voix rendant l’ensemble insipide et atténuant toute la saveur qui peut s’échapper des vieux enregistrements du groupe. All Them Witches ensuite, on s’y rend sans conviction tant les derniers disques ne nous ont laissé strictement aucun souvenir. Bonne surprise : le groupe aborde le live avec une attitude très libre et la volonté délibérée de faire ressembler tout ça à un enchaînement de jams. C’est réussi, ça groove, ça déborde de feeling et surtout ça n’est pas trop long, ces garçons ne s’écoutent pas jouer. On apprécie particulièrement les cassures rythmiques, trop rares dans le genre. Vraiment bonnard.

Je quitte le set juste avant la fin pour voir un bout de Pestilence : bien fait de pas venir avant, les hollandais sonnent roux (=sans âme) et, il faut bien le dire, la débauche technique est assez chiante. Il paraît qu’avec un bon son en salle ça le fait carrément, mais là on n’est pas loin du gros flop.

Dream Theater ensuite, bon, hein, on passait par là. En dépit d’un As I Am encore assez enthousiasmant, la setlist est essentiellement composée de nouveaux titres incroyablement mauvais, en plus le déjà pénible James Labrie est enroué, bref, tout ça n’est pas beau à entendre (et n’a jamais été beau à voir). Le résultat fait en tout cas pâle figure par rapport à Demons And Wizards qui avait foulé avec classe les planches de la même Mainstage 1 un peu plus d’une heure avant. On se rend compte que ces dix années de Hellfest m’ont (Somath) quand même bien sensibilisé et adapté aux vieilleries power metal, puisque je (Somath) ne pensais pas un jour dire du bien d’un groupe avec des membres de Blind Guardian et Iced Earth. Mais il faut savoir reconnaître de solides compositions quand elles se présentent à toi, et autant dire que c’était le cas ici. Du coup, pendant que Mattooh s’efforçait de vivre l’espoir impossible d’un concert satisfaisant de Dream Theater, j’ai préféré lâcher l’affaire en me tournant vers les black métalleux finlandais d’Impaled Nazarene, bien que ceux-ci m’aient laissé sur ma faim la dernière fois, à cause d’un son vraiment catastrophique. Cette fois, ça sonne comme ça doit sonner, c’est autant débile que c’est bien joué, et il y a vraiment de quoi se taper la tête contre les murs. Un groupe qu’on ne saura jamais vraiment à quel degré il faut prendre, mais qui a vraiment une pelletée de tubes à cracher à la face du monde avec une intensité sans compromis, même si la taille du public est assez ridicule (comme ça sera souvent le cas pour les groupes un peu pointus dès que les grosses écuries de deuxième partie de journée sont lancées sur les grandes scènes). Bonus meilleur départ de scène de 2019 à mettre à leur actif, avec un succulent : « We are Impaled Nazarene, You’re Not, So Fuck Off« .

Graveyard m’avait (Mattooh) déçu en live il y a quelques années, ils m’avaient semblé bien trop scolaires. Ici on ne peut pas dire que le groupe fasse preuve d’exubérance, mais leur son son et leur prestation de blues psyché moderne est extrêmement agréable. Bref, je repars totalement conquis alors qu’a priori pour moi la reformation de ce groupe avait tout l’air d’un acte désespéré. NdSomath : pour ma part, je m’attendais à un super moment, et j’ai trouvé ça roublard au possible, et pas très bien exécuté. Déception donc, qui sera vite effacée par la prestation enthousiasmante de Venom Inc, qui lance avec une gouaille bien bonnarde cette fin de soirée Temple centrée sur les précurseurs du métal extrême.

Au rayon antiquité, le début de Possessed est extrêmement enthousiasmant. Contrairement aux Pestilence avant eux, voilà un groupe qui a bien compris que l’agression ne pouvait se soustraire à la technique quand il est question de death metal et les premiers titres étaient, comme il se doit, outrageusement mal intentionnés et gueulards. Mais comme la vie est une question de priorités, et aussi parce que la programmation du Hellfest est tellement dense qu’elle impose régulièrement des choix improbables, je déplace ma lourde carcasse vers Uncle Acid & The Deadbeats. Voilà un groupe qui ne m’a jamais inspiré grand chose sur disque, mais dont on dit le plus grand bien sur scène : je sais maintenant que c’est justifié. On nage évidemment du début à la fin en pleine redite du Black Sabbath de 1969, avec chaque nouveau morceau qui ressemble un peu plus au précédent, mais c’est tellement bien foutu et joué avec la bonne attitude qu’on ne peut qu’adhérer. Une petite heure de régression et de headbang mou des plus délectable.

Hellhammer, là, je débarque en territoire inconnu mais le seul nom de Tom G. Warrior suffit à me faire comprendre qu’il ne faut pas rater ça. Bingo, je me retrouve face à une sorte de Tryptikon joué sur des rythmiques punk, ce qui au moins sur le coup m’a tout à fait satisfait. C’est lourd, puissant et répétitif, joué avec la conviction et la force de frappe des trves, bref, encore une belle heure de headbang robotique et alcoolisé pour savourer le début de soirée.

Carcass ensuite, là je sais pas pourquoi mais rien ne s’est passé comme prévu. Trop de monde, son trop criard, je n’ai pas réussi à rentrer dedans et comme il y avait l’alternative Fu Manchu en face, c’était vite vu. Fu Manchu, donc, a tout tabassé comme ils savent si bien le faire, toujours sans montrer le moindre signe de vieillesse. Ils le sont pourtant, vieux, et c’est vrai que la fois précédente était plus marquante, mais je crois que personne n’est ressorti de la Valley sans le sourire aux lèvres, et c’est bien là l’essentiel. Alors que de loin Gojira semble remplir le contrat et profiter de sa désormais incroyable aura, on préférera jouer aux vieux cons en finissant avec les plus trves devant King Diamond et son décor de maison hanté, joliment encastré dans l’écrin de la temple qui nous semblait pourtant trop petit pour ce genre de mise en scène. Si la voix n’est pas toujours juste, on appréciera toujours autant ces compos à l’ancienne si attachantes. La sélection de morceaux est d’ailleurs bien cool, et il semblerait qu’on soit au final plus vieux que ces anciens, puisque ceux-ci ont dépassé amplement le créneau qu’il leur été accordé, tandis qu’on était déjà partis essayer de reprendre quelques forces via un sommeil amplement mérité.

 

  • LE SADI

Les Coilguns l’avaient annoncé, les plus matinaux seraient en ce samedi matin récompensés de croissants (et de disques). Et de toute façon, ce concert faisait partie des immanquables de la journée, assez faible en dehors des caviars que réservera l’après-midi sous la Valley, mais on a le temps d’y revenir. En ce qui me concerne, la seule et unique fois que j’avais pu voir le groupe sur scène, aucun disque n’était encore sorti, et The Ocean accaparait encore beaucoup de temps à ses membres. Depuis, les Coilguns ne font plus que ça (en plus de gérer un label et d’autres formations de leur cru), devenant une référence sur scène, tout en pondant des disques de plus en plus intéressants musicalement parlant. La demi-heure passée avec eux en ce matin n’a été que la confirmation de tout cela, et notre côté passionné ne peut que fondre devant tant d’engagement et de volonté. Aussi carré qu’instable, le groupe n’en finit pas d’apporter sa petite patte personnelle à son hardcore hérité de l’école Breach, et nous a rendu plus que jamais impatient de connaître la suite de leurs aventures. Et au vu des réactions du public, on n’est loin d’être les seuls.

Juste après, il y avait un créneau qui rameuta pas mal de (grand) public pour 11h, mais qui n’honorera pas vraiment nos oreilles du point de vue musical. Dans les deux cas, les groupes se distinguent par une mise en scène et une originalité venant plus de l’accoutrement que du propos sonore. Et si le punk-rock de Banane Metalik reste écoutable tranquillement calé en fond de Warzone, il faut avouer que la musique de Shaârgot (une espèce de sous-Punish Yourself maniéré et incarné par un chanteur à la voix faiblarde) nous aura fait fuir très loin et rapidement. On est un peu déçus que le public arrive à se faire aussi facilement berner par une mise en scène tape à l’œil, des trames faciles et une forte présence dans les médias (les gonzes étant par exemple et depuis l’année dernière très présents dans l’espace du VIP du festival), mais finalement peu surpris.

On n’aura finalement que peu de temps pour faire les rageux, puisque Fiend enchaîne ensuite sous la Valley. Le groupe d’Heytham Al-Sayed a enfin décoché une fenêtre de tir entre ses changements de line-up et les opportunités qui se portaient à lui, le tout parachevé par la réalisation de toutes les premières parties de Tool sur la tournée européenne 2019. On ne peut être qu’heureux pour ce groupe que l’on suit régulièrement dans les caves Parisiennes depuis quelques années, et qui respire l’amour sincère d’une musique qui sort avant tout des tripes et ne nécessite pas d’artifices. Quant à la prestation du jour, elle était entièrement réussie, et plus carrée que quelques semaines auparavant en salle. Contrat rempli pour tout le monde, et bien belle demi-heure.

Débuter sa journée de festival par Will Haven en 2019, c’est assez improbable et il n’y a bien qu’à Clisson qu’on peut vivre ça. Ça faisait bien une vingtaine d’années que je (Mattooh) cherchais à les voir, eh bien les bougres ne m’ont pas déçu, malgré des conditions tout à fait défavorables pour une telle musique qui se savoure normalement en fin de soirée, ou à la rigueur en plein orage. Nouveaux comme anciens titres se mélangent avec bonheur, et surtout le rendu et la qualité d’interprétation sont au top, ce qui n’est pas forcément évident pour une telle musique (demandez voir à Deftones, qui a pataugé en live pendant des années avant de vraiment se trouver), dont le magma demande cohésion, bon mix et engagement. Ces gens sont vieux, mais n’en ont absolument pas l’air. Superbe.

Dool ensuite, bon, instrumentalement on a souvent envie d’y croire mais quelques bonnes idées instrumentales s’affaissent souvent en route, et l’ennui guette par faute de refrains mièvres et d’un manque général de relief… ou de bonnes compos, tout simplement. Ensuite la formation rap-metal Fever 333 et son espèce de cross-over entre Rage Against The Machine et Linkin Park fait tout son possible pour profiter de l’exposition qui lui est donnée par la Mainstage 1 pour capitaliser sur le buzz qui circule depuis quelques mois autour de lui. On s’attendait à un truc encore plus bordélique et imprévisible au niveau de ce qui se passe sur scène, c’est plus formaté que cela ne se prétend, et on ne peut pas passer outre les refrains mélodiques beaucoup trop téléphonés. Pour autant, un groupe engagé pour des bonnes causes en 2019 et qui profite de son exposition pour évoquer des problèmes importants, ça ne court pas les rues, et rien que pour ça, on préfèrera toujours voir des Fever 333 squatter les grandes scènes que des Bullet For My Valentine et autres Bring Me The Horizon.

En parallèle sous la Valley jouait Mantar, que l’on connaît bien : c’est efficace mais aussi assez rêche et il faut être d’humeur. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, on décampe. Sumac ensuite, toujours très rêche mais dans un autre genre : celui d’un post-métal coupé à la noise bruitiste, avec des morceaux de maths dedans. C’est parfois excellent pendant quelques instants, puis les longues digressions dissonantes mettent notre patience à rude épreuve. Pour ceux qui tiennent il y a vraiment de quoi y prendre du plaisir, mais le gros des troupes décroche et le chapiteau se vide tranquillement. Drôle de groupe, qui a enfin réussi à nous captiver sur son dernier album, mais qui en live semble persister à vouloir prendre le public à rebrousse-poil. Entre temps, on aura voulu tenter le coup d’oeil à Punish Yourself, mais l’addition des deux adages « les Français vont avant tout voir des groupes Français  » et « les tentes c’est super pour se protéger du soleil en pleine aprem », couplée avec le franc succès de la thématique indus/goth ce samedi sous la Temple aura entraîné une affluence trop décourageante vis-à-vis de notre envie, modérée, de voir le groupe. Tout ça atteste encore un peu plus de la diversification du public, désormais très preneur des concerts les moins métal de la programmation, pour autant que ça bouge (pensée émue pour le flop Dälek de l’année dernière). Combichrist aura d’ailleurs semble-t-il aussi profité de ce nouveau profil de public pour marquer au fer rouge les esprits quelques heures plus tard, au vue des bribes de discussions glanées ça et là sur le camping.

Là encore, on avait préféré s’éloigner du tumulte, surtout qu’on était encore bien trop retourné par la prestation de Cave In qui avait précédé. Forcément, ça a commencé par un petit pincement au cœur en les voyant arriver tant on sait que le groupe a souffert suite à la disparition de Caleb Scofield l’an dernier, mais aussi parce qu’on ne pensait ne jamais les revoir. Là aussi, malheureusement la Valley peine à se remplir comparé au tout-venant stoner, mais peu importe, ceux qui étaient présents ont pu se repaître d’un concert magistral. Forcément, il est inconfortable d’entendre les parties de Scofield, aux aboiements si reconnaissables, chantés par quelqu’un d’autre, mais ce quelqu’un d’autre (Nate Newton de Converge) est tellement le remplaçant idéal, musicalement comme affectivement, qu’on accepte vite l’idée. Une majorité de titres issus de l’excellent nouvel album Final Transmission sont joués, mais chaque époque de Cave In est tout de même revisitée dans la setlist, à l’exception de l’étrange Antenna, comme on peut se douter. J’ai toujours eu un faible, outre le gigantesque Jupiter, pour le moins connu Perfect Pitch Black dans leur discographie. Coup de bol, les géantes Trepanning et Off To Ruin sont jouées ce soir, et quel panard ! Le groupe est toujours aussi affûté, toujours aussi fluide dans sa capacité à enchaîner des plans contraires, et entendre tous ces titres, vieux comme neufs, fait sacrément du bien. On espère évidemment une suite, car peu nombreux sont les groupes à taquiner de la sorte hardcore, prog, space-rock et métal.

The Ocean en 2019, c’est de lointains souvenirs de concerts excellents et de disques de post-métal pas originaux mais très bien branlés. C’est aussi et surtout des derniers disques larmoyants et très chiants, malheureusement c’est ce que nous rappelle le début de leur set. Résultat, on se finit faute de mieux sur Candlemass, qui nous surprend en fait par la puissance de son doom excessivement classique mais interprété avec une conviction réjouissante. Les papys croient dans ce qu’ils font comme au premier jour, cette fougue subtilement ridicule force le respect.

Envy enfin, voilà un groupe que j’écoute peu, voire pas sur disque, mais dont on dit tellement de bien en live que je voulais quand même voir ça. Eh bien cette réputation de groupe qui donne tout sur scène est tout à fait justifiée, tant pis si l’enthousiasme paraît parfois un poil caricatural, le groupe emporte tout sur son passage avec une musique qui peut pourtant facilement sonner stérile. Envy s’exprime avec une énergie et une puissance folle, si bien que anciens comme nouveaux titres s’enchaînent sans qu’on décroche une seconde. L’intensité va même croissante durant le set, pour culminer sur un dernier titre tout à fait screamo-punk franchement dantesque.

 

  • LE GROMANCHE

Sans croissants mais avec distribution de CD (acte qui semble désormais incontournable pour les groupes d’ouverture sous la Valley), voilà à quoi ressemblaient les à-cotés du par ailleurs très réussi concert de Ddent, groupe dont on avait déjà parlé dans ces pages. Au fil des ans et à l’huile de coude, le groupe se trace une route assez classieuse dans l’univers post-métal français, et fait toujours autant plaisir à voir jouer. Autre valeur sûre ensuite sous la Mainstage 02, bien qu’on puisse faire difficilement plus opposé : les Autrichiens lancent la journée Thrash Metal avec le versant le plus festif du genre, tout en n’oubliant pas la précision d’exécution inhérente à l’exercice. En grand amateur du style, on est forcément preneur, et même si ça donne quelque chose d’un peu moins compact qu’en salle ou que sous la warzone en 2017, c’est une nouvelle preuve de sérieux que le seul représentant européen du genre en ce dimanche nous aura porté.

Ce dimanche est une folie sans nom, et l’alternance Mainstage 02 / Valley nous réserve un nouveau volte-face complet niveau ambiance, puisque c’est au tour des Hollandais.es de Gold (on n’a pas chroniqué grand chose cette année, mais leur dernier disque le méritait bien) de monter sur scène. L’ambiance est tout de suite plus solennelle avec un costume évolutif pour la chanteuse qui semble vouloir nous compter les histoires les plus obscures et tristes pouvant avoir lieu dans l’intimité de l’être humain. Comme sur disque, il y a d’ailleurs toujours sur scène cette ambivalence entre cette présence féminine ultra-charismatique et vraiment originale et la troupe musicalement plutôt classique ( école Benelux option post-rock / post black) qui l’accompagne. Un peu comme Oathbreaker soit dit en passant. Et si des fois on peut regretter ce manque d’originalité dans l’accompagnement, on peut également reconnaître que cela sert plutôt positivement l’efficacité des compositions et confère beaucoup de puissance à l’ensemble. On aura de toute façon pas beaucoup le temps de se poser de question sur cette demi-heure bien bluffante et très prenante, et on attend désormais que le groupe ait les moyens de tourner en tête d’affiche et de nous proposer des sets suffisamment longs, seul façon de rendre pleinement hommage à leur déjà très chouette répertoire.

On coupera le créneau suivant en deux. La première moitié servira à vérifier que Municipal Waste fait toujours très bien son job, mais a un peu dépassé l’age de nous surprendre, la seconde à essayer de se faire enfin un avis sur Brutus. Il faut dire que les disques des belges suscitent pour le moment chez moi (Somath) un intérêt très disparate, surtout le dernier disque, et qu’en dehors de quelques morceaux très réussis, la formule m’est plus urticante qu’autre chose. Sous le soleil et dans l’euphorie d’une parfaite journée de Hellfest, j’y ai clairement trouvé mon compte et eu l’impression d’un groupe très sympathique. Pas sûr que ça m’ait par contre fait réévaluer mon avis sur les cds.

Un peu à l’inverse, et en dépit de la bonne impression laissée par leur dernier album, le set de Messa ne convainc pas spécialement et sonne générique, un mal qu’on retrouve malheureusement trop dans la catégorie stoner, et que le Hellfest parvient dans l’ensemble à contourner par une programmation suffisamment exigeante. Sur ce coup-ci, j’imagine les programmateurs aussi déçu.e.s que nous d’avoir vu tout le mystérieux charme du groupe sur disque être gâché par un sacré manque de charisme et une interprétation très scolaire. Il faudrait avoir le courage de leur laisser une dernière chance en salle avant d’établir un jugement définitif, mais ça semble bien mal barré.

Revocation ensuite, dans un genre complètement différent (le death technique, cet incompris) sonne aussi un poil générique, sauf que là les précisions et puissances d’exécution suffisent à nous faire passer un bon moment sans trop pinailler. Voilà de très honnêtes travailleurs du death, pratiquant une musique technique mais pas non plus de façon trop ostentatoire ; bref, ces gens ont compris que la démonstration d’habileté ne devait pas remplacer le bon vieux coup de poing dans la face. On remet ensuite la veste à patchs pour assister au set des cultes Californiens de Death Angel, dont on comprend le positionnement si matinal en raison de leur renommée, mais que l’on regrette un peu quand on voit la maîtrise et la classe de leur répertoire. Le line-up actuel est en tout cas vraiment très chouette à voir jouer et le choix des morceaux bien cohérent. Encore une valeur sûre qu’on ne se lassera pas de voir de si tôt.

Yob, on ne le remet pas en cause, c’est de la grosse pointure. Mais alors là, sous le cagnard, avec un set très lent, désolé mais je (Mattooh) me suis vite fait chier. Pas insisté, du coup. En ce qui me (Somath) concerne, j’ai pris comme d’habitude un très grand plaisir devant le concert du groupe. Il faut dire qu’avec les années et les nombreux concerts que j’ai pu voir du trio, j’ai développé une relation avec celui-ci que je n’ai finalement qu’avec très peu de groupes, d’autant plus qu’à l’instar d’un Neurosis, les concerts sont rarement avares en surprises de setlist, même quand il n’y a le temps que pour cinq titres. Et du coup, si on s’attendait à un set porté sur le  très moyen dernier album Our Raw Heart, on aura la chance d’écouter l’unique vraie réussite de l’album The Screen, intercalée entre une jolie sélection du répertoire du groupe, avec surtout un formidable Quantum Mystic introductif et un Atma punitif en clôture. J’en attendait clairement pas autant en 2020. Dommage que le groupe ait beaucoup moins convaincu quelques semaines plus tard au bataclan, m’offrant pour la première fois une déception. Jusqu’à la prochaine fois… On était ensuite curieux de voir Morning Again ressusciter des oubliés ténèbres du hardcore, mais on ne peut pas dire qu’on ait été très emballé par ce qu’ont présenté les Américains cette après-midi là.

Arabrot enfin, divine surprise de la programmation, a confirmé la bonne intuition des programmateurs par un set classieux, bruyant et charismatique, qui change des pratiques grasses et pataudes habituellement mises à l’honneur sous la Valley. Bien sûr, comme tout groupe un peu oblique stylistiquement, les norvégiens ont progressivement vidé le chapiteau, mais l’important est que Arabrot ne sonnait pas du tout hors de propos dans un Hellfest décidément de plus en plus ouvert musicalement.

Rectification black metal pour se remettre les idées en place ensuite, avec les belges de Wiegedood. Encore que leur black pioche généreusement dans le post- et le noise-metal, ce qui là aussi contribue à différencier le groupe et à faire son intéressant. Les passages black sont diaboliquement précis et sauvages, et l’ensemble est agrémenté de digressions à même de satisfaire l’esthète ; bref, tout le monde est content, et on en redemande.

La fin du concert de Testament nous donne l’impression qu’on aurait mieux fait de se pointer plus tôt. Gros son et gros enthousiasme, le tout avec un public qui a l’air d’avoir la banane, on dirait bien que tout le monde a passé un bon moment.

Un bon moment, voilà exactement ce qu’on venait passer en compagnie des Stone Temple Pilots, plus passés en France depuis un excellent concert au Bataclan en 2010. Seulement les temps ont changé et le chanteur aussi, suite aux tristissimes limogeage puis décès de Scott Weiland (et de Chester Benington d’ailleurs – doux Jésus, quels regrettables épisodes à tous points de vue), et après un très bon nouvel album l’an dernier on constate que le groupe a retrouvé la patate en live, grâce à l’enthousiasme du petit nouveau Jeff Gut. L’avantage de ce gus est avant tout sa bonne santé, ce qui lui permet d’assurer sur tous les titres (et d’être à l’heure sur scène accessoirement), ce que Scott Weiland n’était plus capable de faire durant ses derniers mois passés dans le groupe. Le groupe enchaîne logiquement ses classiques et un titre du nouvel album, le tout dans une prévisible mais polie indifférence du public. La France ayant toujours été assez peu concernée par le groupe, c’est certainement pas en 2019 que ça va changer. Pas grave, les fans (comme Mattooh) sont aux anges, et même si le groupe n’est plus tout jeune ce nouveau et fringant chanteur donne l’impression que l’aventure pourrait se poursuivre encore longtemps.

Au même moment, Immolation contentait au moins autant les fans de death metal puissant et tordu avec de loin le meilleur concert du style cette année. Tu me diras, quand ta discographie n’a pas d’accroc, c’est pas très compliqué, mais on ne pourra que saluer le nombre de riffs complètement géniaux que le groupe aura balancé pendant cette petite heure, tout comme on aura été soufflé par la maîtrise instrumentale du groupe, bien qu’on en ait jamais douté. Les quatre New-Yorkais nous auront encore une fois montré avec une folle aisance la recette parfaite pour allier lourdeur et finesse de composition, efficacité et complexité, pour un résultat maximal et un plaisir de chaque seconde.

On se fait ensuite surprendre par le début d’Anthrax, qui donne franchement envie d’enlever son t-shirt pour le nouer en bandana et partir dans la fosse en sautant à grandes enjambées. Heureusement, on parvient à conserver notre dignité car la faim reprend le dessus au bout de quelques titres, et on s’éloigne pensivement vers une tourte bœuf-champignons, à l’idée que, peut-être, Anthrax est capable de donner un excellent concert en 2019 sur une Main Stage. Pour moi Somath, ceci n’était pas un doute. Je regrette juste que le groupe soit obligé de garnir ses setlists de morceaux de State Of Euphoria (dont la juste sympathique reprise de Trust) et que l’incroyable Persistence Of Time ne soit que représenté par la reprise de Got The Time de Joe Jackson. C’est dommage quand on voit la qualité du répertoire du groupe, et c’est dommage quand ont voit encore sa pertinence quand il s’attaque à ses réussites plutôt qu’aux choses plus connues du grand public. C’est dommage aussi qu’il ait encore besoin de ça pour retourner les foules, mais ceci n’est par contre pas vraiment de sa faute.

On arrive alors sur le sprint final d’un Hellfest 2019 déjà plutôt bien garni, mais qui s’apprête à terminer sur un bouquet final assez hallucinant. Emperor rehausse déjà le niveau d’un cran en proposant un set d’une qualité conforme à leur statut, avec comme il y a deux ans un album repris dans son intégralité et… curieusement, le même qu’il y a deux ans. Anthems to the Welkin at Dusk (1997) est donc à nouveau exécuté avec le très haut niveau technique de rigueur, au service d’un black metal riche et savant, quasi orchestral, ce qui contraste avec les tendances de ces dernières années consistant soit à revenir vers toujours plus de rugosité, gage d’authenticité, soit à métisser son black avec d’autres courants. Il est donc bon se remémorer que poussé au paroxysme de sa complexité et de son ambition, le black metal peut sonner de la sorte, même si bien peu de mortels sont capables de le faire.

Changement de salle et d’ambiance, les Young Gods investissent la Valley devant, évidemment, un public clairsemé comme le veut la tendance quand des groupes inattendus débarquent à une heure de grande écoute. Les papys suisses en ont vu d’autres et balancent directement la sauce trip-indus, ou pop-indus, ou post-indus, va savoir ? Toujours aussi inclassable, la musique des Young Gods a changé depuis le retour de Cesare Pizzi en ses rangs, mais est toujours aussi unique. Les nouveaux titres côtoient donc les classiques revisités, avec une efficacité rythmique, un bon goût (dans un registre où il est si facile de tomber dans le kitsch) et une variété remarquables. Tout ça à 3, autour de la soixantaine et dans le dépouillement instrumental, démontrant une nouvelle fois que less is more, et que old is the new young.

Refused ensuite a donné l’excellent concert que l’on attend forcément d’eux, avec en prime un speech politique et féministe de Dennis Lyxzen toujours aussi juste et poignant malgré les contradictions qui entourent le groupe. Seulement, et c’était peut-être dû à mon placement un peu à l’écart pour m’échapper rapidos vers les grandes scènes, j’ai trouvé ce concert un poil moins puissant que les deux précédents au même endroit, et le groupe un peu moins tight. Cela peut sans doute s’expliquer par le fait que le groupe n’est pas en tournée, en revanche le nouveau titre joué indique un nouvel album à venir – info officialisée depuis. Bref, Refused n’est toujours putain de pas mort et, apparemment, reprend même complètement goût à la vie. Fort bien !

D’autres en revanche semblent prendre goût à la mort, puisque Slayer a l’air de se tenir à son annonce de départ en retraite, avec partout des concerts présentés comme les derniers. Ce soir, c’était donc le dernier concert de Slayer en France, et (merci Ben !) malgré le chevauchement avec le concert de Refused, nous avons pu voir la dernière demi-heure de ce qui restera comme, avant d’être le dernier, un putain de bon concert de Slayer. Il est regrettable de les voir partir ainsi toujours en forme musicalement, mais rappelons quand même que la moitié du groupe a été remplacée ces dernières années dans des conditions scabreuses, que Tom Araya n’en peut plus de tourner et que toutes les bonnes choses ont une fin. Au delà donc des derniers classiques joués avec envie, de ce son de folie et de ces derniers headbangs douloureux, on retiendra de ce concert l’émotion sincère et palpable de Tom Araya au moment de dire au revoir à son public, un public qui va vraisemblablement lui manquer autant que sa bonhomie de papy thrash nous manquera.

Et puis, vint l’heure de Tool. Le groupe arrive avec un son assourdissant, assez hallucinant de puissance et de justesse pour une grande scène de festival. Pour les avoir vus dans des conditions comparables en 2006 et 2007, je mesure le chemin parcouru par les festivals en terme de qualité sonore pendant ces DOUZE PUTAIN DE LONGUES ANNÉES. Passés les premiers titres assez assommants, on prend du recul et on se décale vers la gauche, face à la Main Stage 02, où il y a moins de monde et je ne sais pas pourquoi mais le son y était moins métallique, plus pur. A partir de ce moment-là, la déculottée fut d’envergure. Je réalise face à ce concert exceptionnel que j’étais passé à côté de mes premiers concerts de Tool, la faute principalement à des sons pas terribles qui ne permettaient pas de déguster sans réserves. Là, c’est tout simplement parfait. Le groupe déroule un peu toujours la même setlist depuis 2006, mais étant donné qu’il n’y a aucun mauvais titre on ne va quand même pas chipoter. Deux exceptions : les extraits du nouvel album, Descending et Invincible, qui promettent plutôt pas mal même si la seconde donne l’impression que sa complexité est un poil forcée ; bon, j’aurais sans doute changé d’avis après quelques écoutes du disque, comme à l’époque de 10,000 Days avec Rosetta Stoned.
Je note même que Maynard James Keenan ne se décharge pas des parties de chant les plus exigeantes comme il l’a fait pendant de longues années, à l’exception des refrains de Vicarious, et j’attribue ça naïvement à la satisfaction d’être là, ce qui est déjà beaucoup pour lui. Le groupe nous quitte sans rien dire, nous laissant chancelant avec le souvenir encore très organique de cette grosse masse de son si incroyablement organisée. Les musiciens saluent, micros coupés et chanteur déjà backstage, plutôt hilares car évidemment ils savent bien que seuls eux savent proposer un spectacle si particulier. Espérons alors qu’ils continuent encore longtemps, et évidemment qu’ils ne remettent pas DOUZE PUTAIN DE LONGUES ANNÉES avant de revenir.

On quitte le site assez abasourdi par la qualité de ce dernier jour. On a l’habitude avec le Hellfest, mais ce dimanche de 2019 restera quand même longtemps en mémoire. Et on se dit évidemment que vivement l’an prochain, avec à n’en pas douter de nouvelles excellentes surprises dans la programmation ; mais pas forcément sur les Main Stages, où les pointures vieillissantes disparaissent ou raccrochent les gants les unes après les autres. Réponse très bientôt, avec l’annonce de la programmation 2020.