Ayant fraichement emménagé à une distance raisonnable d’Angers, il devenait assez opportun de faire de 2017 l’année de ma découverte du festival Levitation bien que celui-ci fasse un peu râler les musiciens locaux voyant leurs subventions pompées par une rutilante déclinaison d’un festival Texan en forme de vitrine pour la ville.

Dredi

On commence notre festival par la découverte de la scène principale, à savoir le hall d’entrée du complexe Le Quai, qui par définition n’est pas complètement adapté à la diffusion musicale. La musique déjà à la base assez réverbérée des Américains de Cosmonauts se prêtera pourtant assez bien à ce cadre et nous permettra de basculer tendrement dans l’ambiance d’un festival un peu looké, mais surtout à la cool. On retiendra cependant beaucoup plus la prestation des Anglais d’Ulrika Spacek qui a, elle, lieu sur une seconde scène qui ressemble beaucoup plus à une vraie salle de concert et qui bénéficiera d’un excellent son et d’une belle visibilité tout le week-end. Les cinq gaillards se lovent parfaitement dans cette ambiance feutrée et nous jettent tranquillement à la gueule leur classe et leur grande maîtrise du sujet. On entre un peu plus dans le set à chaque morceau et le temps passe à toute vitesse lors de ce concert tout simple mais franchement prenant.


Les deux groupes suivants seront par contre beaucoup moins convaincants. Pour commencer, ce sont les Japonais de Bo Ningen qui, peu aidés par un son brouillon, décevront en proposant une musique bien moins singulière que sur album, bien qu’ils ne nous aient jamais vraiment convaincus non plus sur galette. Ce n’était pas le cas du duo new-wave post-punk à la mode The KVB, qui se trouve être plutôt attachant sur album. Sur scène, le charme s’enfuit très vite et les compositions s’enchaînent sans qu’une ambiance parvienne vraiment à se détacher. Manque de charisme ou de maîtrise technique ? Dur de trancher, mais en tout cas rien de mémorable à se mettre sous la dent.


À l’inverse, la rencontre de Group Doueh et Cheveu aura représenté un des moments les plus réjouissants du festival, bien qu’on ait l’impression que personne ne se sente vraiment à sa place dans cette mixité musicale pas gagnée d’avance. Mais au final, tout le monde a l’air de faire de son mieux et on se prend facilement au jeu de la difficile conjugaison entre la musique bancale des Français et celle très ancrée dans la tradition des Africains. Les meilleurs morceaux du disque récemment sorti rendent alors au moins tout aussi bien sur scène et l’ensemble du set donne envie de participer sans retenue à la communion.


Étrange moment ensuite que ce concert de Forest Swords que la plupart des festivaliers aura boudé, une bonne partie des autres ayant préféré faire acte de présence tout en exprimant sans discrétion leur mécontentement. C’est qu’il est un peu difficile avec ce roux là de savoir si c’est plutôt une espèce de Ben Frost grand public ou un Wax Tailor pour intello. Reste que son Compassion sorti cette année sur Ninja Tune avait pas mal tourné sur notre platine avant le festival et qu’on avait très hâte de pouvoir juger sur scène d’une incarnation live pas gagnée d’avance. La forme, un duo basse-machine, de même que le début du concert, avaient tout pour fermer leur bec à tous les obtus du jour, mais un set mal construit et tournant trop en rond aura fini par plus ou moins leur donner raison. On ressort cependant contents d’avoir pu assister à une performance qui aura besoin de beaucoup plus de maturité pour enfin convaincre complètement.

Et au rayon maturité, on peut dire qu’il y avait une exceptionnelle leçon à aller prendre du côté des daron(e)s de Slowdive venus présenter leur très bel album de reformation. Dès les premières notes, le constat ne fait aucun doute: le son est d’une précision folle et tout est en place pour garantir ce qui restera de loin le plus beau voyage de tout le festival, et plus encore. La setlist fait tout aussi bien la part belle aux nouveaux morceaux qu’aux plus anciens, et le concert n’est qu’un enchaînement de moments plus beaux les uns que les autres. L’émotion est à son comble et mes mots ne sont que poussières face à ce qui se déroula devant nous pendant près d’une heure et demie. Si la musique des Anglais peut paraître un peu datée ou redondante sur album (et encore), il n’en est rien sur scène et on sort bouleversé et rassasié. En conséquence un peu malheureuse, nous ferons l’impasse sur le concert d’Acid Mothers Temple, groupe pourtant jamais décevant. Mais que veux-tu, on tenait à préserver un tant soit peu notre petit nuage de douce nostalgie.

Sadi

Elephant Stone, qui débute pour nous une journée se révélant au final moins satisfaisante que celle de la veille, ne nous laissera pas une trace indélébile. Ce n’est pas tout à fait le cas des plus nerveux américains de CFM, du nom de leur leader Charles Frances Moothart, compère de Ty Segall. On pense forcément à ce dernier lors de cette performance, tout en accueillant avec plaisir un groupe venu faire parler la poudre simplement et efficacement. C’était sûrement le désir de The Murlocs (avec du King Gizzard and the Lizard Wizard dedans), mais la grande scène se prêtant peu à ce genre de chose, on assiste avec distance à ce blues rock bien ficelé mais peu communicatif ce soir là.

On n’attendait vraiment rien des Chiliens de The Holydrug Couple, leur électro-pop psyché étant assez insignifiante sur album. Pourtant, forts d’un charisme assez inexistant et d’une ambiance enveloppante (cherchez l’erreur), les deux Chiliens nous ont rapidement happé dans leur musique. On remerciera à nouveau la petite scène du festival pour l’ambiance cosy et la justesse technique, et bien que l’on doute d’adhérer à nouveau à la musique du groupe, on les honorera d’une chouette mention pour ce moment intime et rêveur.

Surtout qu’ensuite c’était la débandade. Car après se les être farcis à la Route du Rock, Petit Fantôme était à nouveau dans la place histoire que le festival puisse avoir quelques mots dans Télérama. Même platitude cette fois-ci, et il nous tarde vraiment qu’ils puissent officier dans les SMAC où l’on ne met jamais les pieds. On espérait ensuite pouvoir enfin former un jugement définitif sur les branleurs du Villejuif Underground, mais ces derniers ayant oublié de mettre de l’essence dans leur van suite à un contrôle douanier pointilleux, ça ne sera pas encore pour cette fois. Pour couronner le tout, la grande scène se sera à nouveau permis d’ôter tout le charme que sait parfois revêtir la pop psychédélique de Beach Fossils sur album. Mais place à nos sauveurs maintenant.

Il est assez étrange de voir qu’après deux albums plutôt bien reconnus et des concerts toujours puissants, la carrière des Américains d’A Place To Bury Strangers n’ait jamais vraiment réussi à décoller. La réponse est sûrement à aller chercher du côté de la relative platitude des albums qui ont suivi bien que ça n’ait pas empêché d’autres groupes de faire avec. Toujours est-il que beaucoup de gens semblaient surpris après la performance des New-Yorkais au Levitation de découvrir un groupe constamment au bord de la rupture et jamais avare en énergie. On les aura d’ailleurs trouvés plus énervés que lors de notre dernière rencontre, qui nous avait elle plutôt fait l’impression d’un groupe en train de se ranger. Armés d’une batteuse vengeresse et de tortures de guitares toujours impressionnantes, le groupe aura réussi à palier les faiblesses de leur récentes compositions en injectant à cette soirée tout ce qui lui manquait : la fureur et l’envie.


C’était un peu l’inverse ensuite chez les parrains du festival Black Angels qui nous ont servi un set bien trop homogène dans l’interprétation. Ne les ayant jamais vu, les Texans avaient été une des raisons de notre venue à Angers et l’attente était grande. Au contraire de Slowdive la veille, le résultat n’est cette fois pas à la hauteur et la trop grande redondance de leur musique s’est faite cruellement ressentir. Absence de challenge ? Son trop brouillon ? Groupe vieillissant ? Surement un peu de tout ça ma petite dame.

Malgré cette conclusion en demi teinte, notre petit séjour dans la jolie bourgade d’Angers restera un très bon souvenir, le Levitation représentant un parfait petit festival d’automne bien organisé et tout à fait recommandable. On lui conseillerait cependant de faire en sorte de proposer une scène principale aussi bien adaptée à la musique que la scène secondaire, et de s’autoriser peut être un peu plus d’extravagances dans le panel des musiques présentées, bien que quelques belles découvertes et/ou confirmations aient jalonné notre périple musical.

On remercie pour finir l’équipe du festival pour la petite ristourne sur les entrées, l’accueil, et les jolies photos. See you !