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Tu commences à bien connaître l’intérêt que Mattooh et moi portons pour ces groupes français de l’ombre qui permettent de donner à des villes / régions considérées comme sans intérêt d’autres moyens de se la péter que leurs ancestrales spécialités culinaires. Niveau provenance, les joyeux Llamame La Muerte ne s’en sortent pas si mal que ça (quoique) puisqu’ils viennent du Mans. Plus précisément, duo manceau guitare-batterie tout à fait recommendable jusqu’à l’année dernière, ils sont depuis devenus trio par la participation d’une parisienne bien sous tous rapports, chargée des machines. Le concept est simple, et Ballad Of The Concrete Horse est la première occasion qu’il m’est donnée de juger de la formule trio.

La particularité de Llamame La Muerte sur la scène française biberonnée au noise-rock américain 90’s réside dans une certaine tendance à faire durer le plaisir, comme chez tout bon groupe de musique psychédélique qui se respecte, ainsi que dans les ambiances déployées, plus proches d’un Earth époque désert que d’un Shellac. Et si ces aspirations franchement bienvenues étaient déjà présentes sur le premier disque, c’est vraiment sur scène qu’elles se révélaient jusqu’ici, ce nouvel album rendant alors parfaitement hommage aux prestations que j’ai pu voir. La production n’est pas étrangère à cela, organique mais bien remplie, l’ajout parfaitement adequat de la troisième roue du carrosse (malheureusement un peu sous-mixée, la roue) et de ses nappes fantomatiques non plus (Bottles To The Grave).

Bien assis sur ses acquis, le trio déroule trois long titres et deux petites interludes. Les riffs de guitare, parcimonieux et efficaces, sont gentiment accompagnés vers la destruction en se remplissant au fur et à mesure de leur vie de dissonances. Par moments, quelques litanies plus expulsées que chantées (entendre par là : chantées faux) viennent renforcer l’impression d’entêtement et contribuent toujours plus à l’immersion. Approchant le quart d’heure, La Coulée est le titre le plus ambitieux du disque de ce point de vue là, les autres cultivant un côté plus pop au niveau structure. Longue montée kraut-rock, cette ascension ne révolutionne en rien le genre, mais est éxécutée avec assez d’humilité pour qu’elle constitue une très belle pièce du groupe, traduisant comme jamais ses envies de grands espaces et de transes chamaniques.

C’est donc un bien joli disque qui lorgne vers des contrées arides où l’on aime toujours se promener (tant que c’est par le prisme de la musique). Si Llamame La Muerte a toujours su composer d’excellents patterns guitare batterie, il leur manquait peut être la meilleure façon de les agencer les uns par rapport aux autres pour former un ensemble qui marche de la première à la dernière seconde. La formule trouvée ici est la bonne et témoigne d’une belle maturité et d’une évolution certaine dans la manière de composer depuis le précédent effort.

Artiste : Llamame La Muerte
Release : Ballad Of The Concrete Horse
Date de Sortie : 01/02/2014
Label : Attila Tralala, Donnez-Moi Du Feu, Emrenadur Records, Et Mon Cul C’est Du Tofu ?, No Way Asso, Subversive Ways, Tocsin Records
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