Los Planetas, à la base, c’est un tube en Espagne : « Qué puedo hacer », morceau de rock 90’s à la Pavement qui ne réinvente pas la poudre, mais fait de ce groupe indie des petites célébrités en Espagne. Résultat : le groupe originaire de Grenade est encore là, après 10 albums, une paire d’autres hits, un ou deux hiatus, un line-up chamboulé, une courte signature chez Sony et pas mal de putains de chansons dans le répertoire. Enfin, une seule chanson, toujours la même, en fait : celle ou J (alias Juan Ramón Rodríguez Cervilla) chante avec une adorable passion, ou la prod est mielleuse à souhaits, ou l’ensemble est blindé de pédales d’effets, et surtout, ou on retrouve des mélodies absolument imparables.

Sorti de 5 années de pause qui se sont conclues avec la sortie d’un nouvel EP en 2015, les Los Planetas ne se réinventent pas. Sur ce Zona Temporalmente Autonoma, on retrouve encore la même chanson, avec, comme d’hab depuis deux ou trois albums, une légère influence de la musique andalouse : flamenco, fandango, sonorités parfois vaguement orientales. Et puis on se prend dans la gueule tout un déluge d’influences tellement évidentes qu’elles semblent franchement revendiquées : Pixies, les débuts de Mercury Rev, Joy Division et Slowdive, pour en citer quelques-unes. En bref, une pop très rock chantée dans la langue de Don Quichotte, parfois (un peu) psyché, souvent shoegaze, ultra-mélodique et qui fonce à l’occasion dans un maximalisme certain.

Bien sûr, on pourra dire que c’est tout le temps le même morceau joué de deux ou trois façons différentes, mais dans la mesure ou ce morceau est vraiment très cool, on va pas s’en plaindre, si ? Un peu, en fait. Ce nouvel album, comme le précédent et comme une bonne partie de leurs albums, forme finalement un bloc un peu trop homogène et sans trop de reliefs. Et vu que c’est un petit pavé (14 morceaux, une heure, quand même…), on se surprend parfois à trouver le temps un peu long. Surtout que, comme d’hab, la tracklist est un peu déséquilibrée, et que la perle absolue de cet album, c’est le premier morceau, « Islamabad », soit 7 minutes de douceur tout en shoegaze rêveur. Allez, il y a d’autres morceaux assez fantastiques sur cet album (la folie de « Seguiriya de los 107 Faunos », la perle acoustique « Hay una Estrella »…), mais avouons quand même que la plupart du temps, les tracks défilent et se ressemblent un tout petit peu trop.

Enfin, c’est sans doute une approche très personnelle de l’album, d’autant plus que mes disques, je les préfère courts et variés. Honnêtement, on a là un album remarquablement bien foutu, qui peut s’écouter en boucle sans soucis tant on y retrouve le bonheur d’une pop-rock sans foutaises et bien sapée. Ce Zona Temporalmente Autonoma, nommé ainsi en hommage à Hakim Bey (je te laisse wikipédier tout ça, c’est vachement intéressant), n’est donc pas un énième retour raté : c’est juste le travail d’usine d’un groupe qui sait fabriquer des belles chansons à la pelle, et qui, en plus, fait le choix de se contenter de cette langue toute sucrée qu’est l’espagnol.

Et puis ce « Islamabad », merde.