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L’évocation de Merge Records rapelle un temps lointain, de la fin des années 90 au milieu des années 2000. Le temps où un folk-rock indépendant, plein de tendresse et de belles petites chansons, nous enchantait. Neutral Milk Hotel y a sorti son In The Aeroplane Over The Sea, les Magnetic Fields leur 69 Love Songs, et surtout, c’est sur Merge qu’est sorti Funeral, premier album bouleversant de Arcade Fire. Et on ne cite là que les plus grands gaillards de Merge. Mais voilà, les heures de gloire du label ressemblent désormais à un graal perdu, tant les derniers disques de Mikal Cronin, Titus Andronicus ou Destroyer ennuient.

Et puis il y a Matthew Stephen Ward. Ce M. Ward, qui, sur Merge, après trois albums pas folichons, sort les immenses Transitor Radio et Post-War en 2005 et 2006. A l’image du label cité plus haut, M. Ward semble avoir enterré ses premières amours, s’enfermant dans l’auto-caricature, ou tout simplement dans des disques d’une qualité bien moindre. Et on évitera sagement de parler de She & Him, qu’il forme avec Zooey Deschanel. Mais voilà, M. Ward sort cette année sur Merge un nouvel album solo, et à ma grande surprise, c’est un très beau disque.

Cela faisait 4 ans que M. Ward n’avait pas sorti d’album, une éternité à son échelle. Surtout, il est très rassurant de voir M. Ward chanter de belles chansons, à l’écriture maligne, aux compositions inspirées, des chansons qu’on prend un plaisir fou à écouter encore et encore, tant elles transpirent la maîtrise mélodique. C’est donc un disque sans véritable mauvais morceau (à l’exception, peut-être, d’une intro insipide) qu’on écoute, marqué, comme d’habitude, par un mélange de rock indé, de country, de folk toute en retenue. Peut-être qu’on retrouve, sur More Rain, des chansons plus rythmées, marquées avant tout par des guitares éléctriques, notamment « Time Won’t Wait Up », et même un « I’m Going Higher » carrément americana.

En somme, on pense souvent au dernier José Gonzàlez (la voix, le chant, l’utilisation d’instruments à vent et de cuivres) ou à Damien Jurando (un minimalisme cachant un véritable maximalisme, dans la production et la gestion des choeurs notamment). Bref, M. Ward s’inscrit toujours dans la pure lignée de cette nouvelle génération de songwriters, convoquant tout autant les anciennes légendes de la folk que des influences nouvelles venues du grand pot-pourri Indie. Mais on retrouve surtout M. Ward dans un album qui lui ressemble : doux, agréable, calme et contemplatif même dans ses grandes envolées.

More Rain, donc? M. Ward a décrit son dernier disque comme un moyen de s’échapper de toute la négativité du monde, un refuge qui nous permet de vaincre les jours de pluie. Étrange, donc, de le sortir à la veille du Printemps. Mais son optimisme un poil niais, ses chansons douces et belles, seront la parfaite bande originale de notre été.