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Pour toi comme pour moi, Leeds, c’est l’Angleterre désaffectée et pauvre, la terre d’origine de Kaiser Chiefs et Alt-J, et un festival plutot miteux (OK, ils ont Refused, mais aussi Limp Bizkit et Deadmau5). Pourtant, au-delà de la pop BBC-friendly, la ville est la terre d’accueil de groupes comme Gang Of Four, Eegulls, les Sisters Of Mercy, et surtout les bons vieux Mekons, groupe le plus sous-estimé du punk anglo-saxon.

Enfin, loin de moi l’idée de t’écrire un manifeste à la gloire d’une ville que je connais uniquement via quelques groupes de rock miteux. Non, si je te fais le Background local, c’est juste pour te présenter le minuscule label Beech Coma, bien qu’il soit désormais implanté à Londres. La structure, née il y a un peu plus d’un an et démarrée comme un simple blog, a la volonté de présenter une certaine idée de la vraie scène rock indé psyché anglaise. Faisant le choix du format cassette, davantage pour des raisons financières qu’esthétiques, le label a sorti trois compilations précieuses, certes inégales et incohérentes, mais vraiment fascinantes. Le motto de Harry, 21 ans, responsable du label? Collaborer avec les artistes qu’il aime.

Mais loin de ramener n’importe quel pégland sur ses collections, Beech House convie des formations punk, garage, psyché rock ou encore pop gentilette qui te chatouillent les oreilles à grand coups de synthés crados et de fuzz rigolo, tout en rassemblant l’ensemble sous la bannière du lo-fi, des guitares crades et des batteries simplissimes. Bien que les groupes présentés ne soient pas tous bons, je ne peux que hurler mon amour des tracks de Abbatoir Blues, Tuff Love, et Pablo Il Postino présentées sur les Vol. du label, pour l’instant au nombre de trois. Pour leur première véritable sortie, Beech House choisit pourtant de balancer un EP pour les psych rockeurs de Magic Potion, basés à… Stockholm. Mondialisation, vous dis-je.

L’EP s’apelle Melt, c’est le premier EP du groupe, et désolé pour le jeu de mot pourri, mais c’est typiquement le genre de son qui te fais bouillir le cerveau. La voix, presque androgyne, est noyée dans une réverb plutôt légère, mais bien bourrine. Derrière, il y a trois-quatre accords de gratte et une section rythmique parfaitement incompétente. Mais qu’importe, à une époque où on qualifie les piques-assiettes Tame Impala de psyché, ça fait du bien de retrouver des vrais potos gonflés au gazon maghrébin jouer n’importe quoi et accompagner le tout de grosses nappes synthétiques.

Si tu n’as pas le courage de tenter le lien en bas, imagine un Mac DeMarco fauché rencontrant les membres de Real Estate dans un club échangiste. Tu as là une petite idée de ce que te réserve ce Melt. Deep Web aurait même pu trouver sa place dans une version plus pêchue du Salad Days de Mac, paroles débiles et mignonnes comprises. Ils ont même piqué l’esthétique VHS, putain :

Les vrais défauts du « disque » sont finalement inhérents à son format. J’ai toujours trouvé le format cassette idiot et inconfortable, même si l’emballage est ici très mignon. De plus, il est vrai qu’un EP s’écoute en général beaucoup moins qu’un album : c’est court, pas forcément travaillé, et il y a peu de morceaux. Cela dit, Booored, le meilleur morceau, est bien parti pour trainer dans mes oreilles pour pas mal de temps, la faute à son rythme décidément accrocheur et à son hook irrésistible. Ici, sur SWQW, on te parle souvent de trucs noirs, méchants et obscurs. Mais détends-toi bordel, l’Été est là.