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Avec Life Fantastic, Man Man avait frappé un grand coup en condensant l’aspect foutraque de sa pop dans une musique plus contenue et pourtant toujours aussi variée pour arriver à un univers complet et éminemment personnel. Ce fantastique album, qui marquait enfin l’arrivée des américains à un niveau de maturité total, savait aussi bien amplifier nos jours heureux que contrebalancer nos tristes instants en leur montrant un possible dénouement pas si terrible.

Ne tournons pas autour du pot, sur leur nouvel album On Oni Pond, le quintet de Philadelphie réutilise à la lettre cette formule aboutie mais sur des chansons sensiblement moins bonnes. Cependant, Man Man est un groupe à part injustement méconnu qu’il est nécessaire d’évoquer car, après tout, ses compositions sont des plus personnelles et si elles m’ont moins parlé qu’habituellement, cela sera surement différent pour toi.

Pour résumer, Man Man est un groupe de punk-hippies proposant une pop orchestrale des plus énergiques qui fait la différence grâce aux textes touchants et à la voix chaleureuse d’Honus Honus. Que les amateurs se rassurent, ici encore Ryan Kattner (de son vrai nom) explose de par son talent d’écriture, servant des images aussi naïves que profondément parlantes et jamais dénuées d’un sourire en coin de lèvres. Niveau voix c’est également bluffant tant l’homme se révèle être expressif, laissant à l’auditeur le choix de ne pas faire attention aux paroles, malgré leur intérêt certain, pour prendre cette boule d’émotion en pleine gueule.

Derrière lui, rien ne change également, les claviers et la batterie étant prédominant, mais laissant la place quand il le faut aux cuivres pour souligner les différentes étapes du voyage auquel Man Man te convie. L’auditeur non averti pensera au début que ces gens bizarres en font bien trop pour se rendre finalement compte que l’ensemble, très dynamique, est quand même vachement bien pensé.

Man Man prend toute sa force dans les multiples possibilités offertes par cette orchestration débridée, et se révèle alors un groupe expert dans les changements de rythmes et d’ambiances, toujours à la limite entre l’idiotie juvénile et la triste nostalgie d’une vie qui passe trop vite. Le voyage est donc lancé par les jouissances collectives d’un efficace Pink Wonton, avant que l’arche de Noé ne s’enfonce dans une jungle cosmique avec des titres comme End Boss ou King Shiv et qu’un excellent Born Tight qui rappelle plus que jamais la musique de Frank Zappa et Captain Beefheart clôture avec excentricité la partie. Au milieu de tout ça, Deep Cover nous aura comme il se doit tiré de belles larmes.

Du coup, si Honus Honus est toujours aussi bon et que l’orchestration est toujours si bien pensée qu’est ce qui cloche ? Au final, cela doit être simplement un curieux sentiment de déjà vu qui grandit à mesure qu’on se sent emprunter à la lettre la même route narrative que proposait Life Fantastic. Là où sur ses débuts Man Man nous perdait par manque d’homogénéité, il nous ennuie maintenant en proposant les même schémas album après album, ce qui rend les chansons un peu plus insignifiantes que par le passé. On rajoutera que quelques temps faibles comme King Shiv ou Paul’s Grotesque, relativement chiant tous les deux, ne sont pas là pour améliorer les choses.

Malgré tout, Man Man reste un excellent groupe qui s’insinue toujours à un moment dans ton coeur et surtout accompagne chaque instant de ta vie à sa façon pour lui donner un tournant différent, souvent nostalgique, et toujours profond. Ce côté si personnel dissimulé sous l’exubérance des premiers rapports pourrait bien cette fois-ci encore me jouer un tour, il est en effet fort probable que le disque tourne encore très souvent chez moi dans plusieurs mois. J’en serai le premier heureux.

Artiste : Man Man
Release : On Oni Pond
Date de Sortie : 10/09/2013
Label : Anti-
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