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Souvenons-nous deux minutes de l’année 2006. On commençait à trouver que ces histoires de post-rock devenaient un peu gonflantes, et même si on appréciait les rares éclairs de génie du second album de Red Sparowes, on lui préférait l’excellent album de Battle Of Mice sorti la même année. Celui-ci voyait en effet oeuvrer la rencontre de la voix habitée de Julie Christmas (Made Out Of Babies) et de l’univers post-metal propret apporté par un des membres de Red Sparowes, Josh Graham (également membre des très chiants A Storm Of Light). C’était assez bas du front comme exercice, dans le sens où chacun faisait ce qu’il avait l’habitude de faire, mais c’était efficace et ultra puissant.

On fait maintenant un bond de 6 ans direction 2012. Le post-rock / post-metal bat toujours plus de l’aile mais un très bel EP, Kitsune, est sorti par le trio Marriages où officient deux Red Sparowes, EP proposant en six titres une musique mélancolique et personnelle. On découvre un peu plus qu’avant le talent d’Emma Ruth Rundle, talent qu’on retrouvera sur son premier album solo, plutôt réussi, sorti l’année dernière. Une meuf habitée et des mecs venus du post metal, le parallèle avec Battle Of Mice est facile. Mais au final, les deux femmes ayant des personnalités musicales bien différentes (l’une crie et te susurre des saloperies avec une haleine sentant bon le whisky, l’autre joue la carte du charme), les intensions des deux projets se trouvent être plus ou moins diamétralement opposées.

Salome fait donc suite à ce premier EP très encourageant et le relègue par la même occasion au rang d’une petite mise en bouche présentant une des facettes de la musique du groupe. Cette dernière se révèle en effet bien plus large que ce à quoi on s’attendait, et sous l’enrobage post-rock à tendance cold wave des guitares, on se retrouve un peu comme un con si on cherche à ranger le trio dans des cases, ce qu’on ne pourra lui reprocher. L’autre point d’accroche de qualité réside quant à lui dans les tubes, Salome étant plutôt bien achalandée en la matière : le rock de stade de Binge et de Skin est imparable, tout autant que le très Cure Santa Sangre ou que ce refrain beau à pleurer de « Southern Eye » (tu te souviens du No Dog d’Esben & The Witch ? C’est du même acabit).

Mais ce qui me plaît le plus dans cet album tient en une comparaison pour laquelle vous pouvez remercier mon colloc’ : le totem Type O Negative (et je ne parle pas uniquement des similarités capillaires entre Peter Steele et Emma Ruth Rundle). En effet, et comme on le pressentait déjà sur Kitsune, Marriages a beau être imparable sur les moments épiques, sa musique est d’autant plus forte quand elle joue la carte d’une mélancolie désabusée et débridée. Et vous connaissez mieux que Type O dans le genre ? Si on rajoute à cela les grattes pleines de chorus, la basse bien ronflante, et les mid-tempos salvateurs, certains morceaux ou passages (Less Than, Love Texas (mon préféré)), tiennent presque de l’hommage. De façon amusante, plus on avance dans l’album, plus la comparaison est pertinente et plus l’ensemble gagne en solidité.

Pour être franc, les extraits disséminés avant la sortie du disque ne m’enchantaient guère et Salome était promis à ne pas durer bien longtemps dans mes écouteurs. Mais la première écoute complète a vite changé la donne. Outre les questions de style, d’influence, ou de technique, la qualité majeure de cette musique réside dans le plaisir qu’elle fournit à l’auditeur, plaisir du aussi bien au côté assez personel qu’à l’immédiateté du résultat. On verra ce que ça donnera sur la longueur, mais pour le moment, tuto e perfetto.

 

Artiste : Marriages
Release : Salome
Date de Sortie : 07/04/2015
Label : Sargent House
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