marsredsky-bemyguide

Il aura fallu que le Boulanger de Créteil Soleil ferme son rayon disque avec un « tout à 1 euros » qui avait considérablement accru ma discothèque l’année dernière pour que je daigne jeter une oreille aux français qui à l’époque montaient sacrément vite. Avant ce jour béni, de peur de retomber sur un énième groupe sans inspiration et sans originalité j’avais fait mine de ne rien voir, mais cette anecdote à deux balles m’a permis d’ouvrir les yeux sur un des seuls groupes prometteurs de la mouvance stoner-psyché actuelle.

Pour se différencier du monde extérieur, les bordelais de Mars Red Sky n’avaient pas eu finalement grand chose à faire une fois la voix d’angelot de leur chanteur dégainée. En effet, si il y a quelque chose qui frappait l’auditeur d’entrée, c’était cette voix claire et aigue qui déconcerte car on ne sait pas vraiment la raccrocher à quoique ce soit de connu, à part peut être de Josh Homme ( Queens Of The Stone Age ) pour le côté ultra mélodique et un peu détaché. Derrière, ça tenait également la route haut la main, avec un groove lancinant qui s’insinue lentement dans ton cerveau. Bref, l’album éponyme qui m’avait introduit au groupe était une belle réussite, et j’attendais une nouvelle sortie avec une certaine curiosité.

Celle-ci est enfin là, sous la forme d’un EP de quatre titres, Be My Guide, qui ne révolutionne pas la musique du trio mais lui fait explorer les méandres les plus progs de sa personnalité, les plus pop également. Les Seen A Ghost et Clean White Hands introductifs sont du coup assez surprenants au niveau des structures, avec beaucoup de changement d’ambiances et de nombreuses coupures qui affranchissent le groupe des problèmes de linéarité souvent rencontrés dans le genre. Les arrangements ont également fait un énorme bon en avant dans ce sens là, permettant une sacrée dynamique qui prend assise sur un son désormais parfaitement maîtrisé et toujours aussi personnel.

Mais après ces deux très bons premiers morceaux, c’est bien une perle qui se découvre à nos oreilles et justifie à elle seule la chronique, l’écoute, et l’achat du disque. Stranger, repris/inspiré du Ton Etrangère de 17 Hippies, est en effet le slow parfait sorti des limbes du désert, et chanté la tête vers les étoiles avec une sensibilité difficilement croyable. Bizarrement, on pense alors énormément à Steven Wilson et Porcupine Tree, ce qui peut paraître étrange mais qui au final marche extrêmement bien tant l’étonnante simplicité de cette composition belle à pleurer est bluffante. On en reste bouche bée pour finir l’EP, n’ayant plus en tête que l’envie de reprendre le train fantôme précédent.

Mars Red Sky est un groupe intriguant, auteur de chansons plutôt tarabiscotées mais qui font pourtant mouche grâce à une interprétation habitée et à une orchestration finement ciselée. Ces quatre titres montrent la capacité du groupe à s’autoriser tous les registres, du blues cradingue saccadé à la plus pure balade progressive, sans se poser de questions, car visant juste l’objectif de la bonne chanson. En effet, au final c’est bien au niveau de l’écriture que ces garçons dans le vent niquent tout le monde, et que cela n’a pas l’air prêt de changer. Quand on voit que Mars Red Sky contient Julien Pras de Calc et Matgaz de feu-Headcases, deux des meilleures formations que la France ait connues (mais pas reconnues, loin de là) ces dix dernières années, on est vraiment heureux que des personnes si talentueuses puissent enfin proposer leur art à plus de cinq personnes par soir, tout en continuant à oeuvrer dans la qualité à tous les étages.

Artiste : Mars Red Sky
Release : Be My Guide
Date de Sortie : 08/04/2013
Label : Mars Red Sound
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