Reprendre Gainsbourg en anglais? Pourquoi pas? Pourquoi, surtout?

Intoxicated Women est le quatrième et dernier recueil de reprises de Serge Gainsbourg par Mick Harvey. Et par certains côtés, on est content que tout ça se termine. Déjà, parce que l’australien au CV impeccable (les derniers PJ Harvey, Crime & The City Solution, mais aussi et surtout compagnon de route de Nick Cave pendant 30 ans) devrait se remettre à écrire des albums de la trempe de Songs From The Book Od The Dead, magnifique disque rempli de chansons terriblement poignantes. Et puis surtout parce que ce projet n’aura jamais été rien d’autre qu’un relatif échec.

Il y a bien quelques reprises plutôt brillantes qui ont émergées de ce gloubi-boulga : un touchant « The Decadense / La Décadanse », La géniale reprise de « I Love You… Nor Do I / Je t’aime… Moi non plus » avec Nick Cave et Anita Lane dans le rôle des amants… Mais en général, quel gâchis que ces recueils, remplis jusqu’à la gueule de reprises tout à fait dispensables, voir désastreuses (quelle catastrophe que cette reprise de « Initials B.B »!). Ce dernier recueil, pourtant, offre de l’espoir aux amateurs de Harvey : alors que les deux premiers disques, Intoxicated Man et Pink Elephants se concentraient sur les grands classiques de Gainsbourg et que le dernier, Delirium Tremens, faisait la pat belle aux duos, Intoxicated Women, dont le titre est une belle manière de boucler la boucle, se concentre en effet sur le travail de parolier de Gainsbourg, ses premiers duos, et sur le début de sa carrière avec quelques incartades plus récentes comme « Cargo Culte » et « Dieu Est Un Fumeur De Havanes ».

Et en effet, ce nouveau disque est peut-être celui qui ressemble le moins à une catastrophe. On a ici une quinzaine de chansons, la plupart étant des reprises très propres, très élégantes, et elles sont parfois intelligemment réorchestrées. Bon, comme d’habitude, il y a des morceaux ou Harvey se plante complètement : l’album s’ouvre sur une reprise complètement dispensable de « Je t’aime… moi non plus » en allemand, et non seulement la langue de Goethe est un drôle de choix pour rendre hommage à Gainsbourg, mais surtout, la reprise reste un pauvre ersatz de l’original, malgré la présence de Bertrand Burgalat aux arrangements. On passera aussi un moment plutôt gênant sur un « God Smokes Havanas » qui en fait encore plus des tonnes que l’original, et on ne pourra que regretter cet échec qu’est la reprise des « Sucettes », à la traduction catastrophique (« All Day Suckers », sérieusement?) et chantée par un Harvey tout sauf inspiré.

Enfin, on ne vas pas être mauvaise langue, il y a toujours d’excellents morceaux sur l’album, et il est beaucoup moins inégal que ses prédécesseurs. Le casting des chanteuses, Sophia Brous et Xanthe Waite en tête, apporte ce qu’il y a de mieux dans l’album : Une reprise parfaite de la « Chanson de Prévert », un très beau « Les Yeux Pour Pleurer », et même une reprise assez incroyable de « Puppet Of Wax, Puppet Of Song »! L’exercice le plus réussi de l’album reste cependant extrêmement bref : c’est la reprise, brillante, aux orchestrations james-bondiennes, de « Dents de Lait, Dents de Loup », que Harvey interprète avec son fils Solomon. La reprise colle complètement à l’original mais semble même lui apporter quelque chose de plus touchant, une sorte de camaraderie mêlée de fierté paternelle : il faut écouter Harvey chanter « you’re just a baby wolf » avant de laisser la parole à Xanthe Waite et Solomon Harvey…

Bref, ce dernier recueil de reprises, si il part dans les mêmes excès que les précédents, fait le bon choix de se concentrer sur le répertoire écrit et sur des morceaux un peu moins connus du répertoire du fumeur de gitanes. Si les morceaux sont un peu trop souvent de simples copies des originaux (des copies propres, mais des copies), il y a quelque chose de plutôt charmant dans ce doux hommage que réalise Harvey. Il n’y a qu’à voir la reprise de « Cargo Culte » qui conclut le disque : dispensable, mais si « bien faite ». Dispensable, mais si propre. Une belle curiosité, quoi.