Rarement nom d’album n’aura été si approprié, car si on pouvait enterrer et oublier à jamais Mogwai en toute bonne conscience suite à leurs deux précédents efforts, The Hawk Is Howling et Hardcore Will Never Die But You Will, on ne pourra que féliciter les cinq écossais pour cette très belle réussite que l’on n’attendait vraiment pas.

mogwai_revenants

Que pouvait-on leur reprocher auparavant ? Sûrement d’être coincés le cul entre deux chaises entre ressasser à coups de gros clichés leur glorieux passé d’un côté, et tenter un virage électro-pop plus direct mais peu inspiré et vite chiant de l’autre, avec toujours des choses en trop et une émotion oubliée.

Mais en se donnant un thème, ici l’illustration d’une série contant le retour à la vie dans leur village d’origine de gosses morts il y a plusieurs années, Mogwai nous découvre un côté pudique tout en retenu que l’on ne lui connaissait pas. En dépouillant son discours pour laisser place à l’image, les écossais nous offrent mine de rien un disque beau à pleurer comme on n’en avait pas entendu de leur part depuis très longtemps. Et je ne parle pas d’un retour aux sources ou de quoi que ce soit dans le genre. C’est bien une nouvelle facette qui est révélée ici, facette bien sûr sous-jacente dans leurs précédents travaux, mais auparavant trop souvent cachée par de l’épique stérile ou des subterfuges pensés pour élargir et diversifier le propos, mais qui au final plaçaient l’ensemble dans un bel emballage plastique certes bien ficelé, mais dénué de ressenti.

Qu’on soit clair, je ne dis pas que Mogwai réinvente ici la musique instrumentale moderne, et la naïveté et la simplicité des tonalités et des thèmes déployés en rebuteront pas mal. Pourtant, grâce à la grande palette d’instruments utilisés et combinés adroitement aux classiques batterie-basse-« guitare gorgées de delays », on tend habilement vers quelque chose d’assez hors temps, un peu comme ce que Tindersticks avait réussi à faire sur les films de Claire Denis. Du violoncelle langoureux de Special N au vibraphone rêveur de Fridge Magic, les petites touches apportées ici et là contribuent alors à un ensemble cohérent propice à décrire et à faire imaginer à l’auditeur un florilège d’ambiances.

Et que penser de cette reprise du gospel What Are They Doing In Heaven Today ? chantée à tue-tête et construite comme un tube radiophonique ? A ce niveau là du disque et de l’immersion la question ne se pose au final même pas tant on est déjà pris au jeu et, de surcroît, tout marche très bien et se révèle très beau. Alors pourquoi bouder son plaisir ?

Car au final tout est ici question de plaisir, de plongée, et de ressenti dans ces quatorze titres qui ralentissent le temps et dépeignent de sombres paysages. Et quand on me dit que ça marche super bien avec les images, je n’ai pas beaucoup de mal à y croire. Je n’ai par contre aucune piste pour savoir si l’on peut encore attendre des choses de Mogwai, mais à ce disque c’est un grand coup de chapeau qu’on peut leur adresser, et ce sont de très belles heures pour vous et moi qui nous sont offertes.

Artiste : Mogwai
Release : Les Revenants
Date de Sortie : 31/07/2012
Label : Black Market Activities
Acheter cet album