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Dans un monde où se multiplient les Alt-J, les Foals, et autres horreurs comme les cancers musicaux Kings Of Leon, on ne sait plus quoi penser du rock indé, perdu dans les limbes de la branlette NME / Pitchfork, condamné à ressasser le rock des 90’s en ajoutant une touche électronique putassière parfaite pour illuminer les soirées d’adolescents décérébrés se branlant sans complexe sur les 60’s et les 70’s (et qui n’ont jamais entendu parler de Television ou des Mekons). Dans ce contexte désespérant de superficialité musicale, dénicher un bon album de rock « indie » semble, plus que jamais, relever du miracle. Fort heureusement, il existe une race d’irréductibles sachant trouver la bonne formule, et ce grâce aux bonnes références, et à une petite touche DIY. Nul doute que les (très) jeunes Mourn font partie d’entre eux.

La formation barcelonaise, quatuor composé de fans des Ramones et de PJ Harvey âgés de 15 (!) à 18 ans, est en effet un des trucs les plus follement passionnants qui soient sortis de Catalogne depuis… Bordel, il y a quoi comme bons projets catalans à part une liste interminable de groupes de Ska? Bref, Mourn est décidément un groupe original, d’autant plus que la bande est à 75% féminine. Bon, loin de moi l’idée de faire mon macho primaire, mais le problème, c’est que pour l’auditeur masculin, ce sera assez embarrassant d’écouter des chansons qui définissent les mecs comme des connards insensibles et des amants irresponsables, la palme de l’insupportable revenant à Boys Are Cunts (le titre, déjà), d’autant plus que ça paraît sincère, sans trais exagérés. Fort heureusement, plûtot que de poster des photos de leurs veines tailladées et des photos déchirées de leurs anciens mecs, elles ont choisis de balancer un rock presque punk, aux mélodies d’une beauté manifeste, et ce au milieu d’une avalanche de références qu’on se fera un plaisir de décortiquer.

C’est donc, d’abord, la grande Polly Jean Harvey qui hante le chant de ce Mourn. Impossible de ne pas penser à cette grande Femme dans le chant de Jazz Rodríguez Bueno, qui passe aisément de la chansonette folk à un chant plus brut, plus violent, comme dans le chaotique Marshall (« STEP OUT! WATCH OUT! »). Le travail sur les guitares est également proche de ce qu’on pouvait entendre sur le grand Rid Of Me. Impossible de ne pas penser, également, à la voix de Patti Smith, surtout quand un des titres s’apelle Misery Factory (même si la chanson n’a pas grand chose à voir avec la fameuse « usine à pisse » de la punkette new-yorkaise). Enfin, il y à des références, masculines, au punk des origines, celui des Ramones, des Dictators, peut-être même des Dead Boys, dans certains riffs, et dans ce texte impulsif et frontal. Heureusement, Mourn ne se noie pas dans ses références, et forme une pâte peut-être pas complètement originale, mais qui sort du rock chiantissime de la majorité des groupes pseudo-indés actuels.

En effet, Mourn est un groupe qui transpire la jeunesse, l’insouciance, d’aucun diraient la sincérité. L’écoute du premier album de Mourn, c’est se retrouver dans un bateau insubmersible lors d’une tempête : on a même pas peur d’être secoués, mais bon dieu, c’est quand même impressionnant. Parfois, ça monte en puissance pendant deux minutes sans même avoir l’excentricité d’exploser (comme dans la superbe ouverture Your Brain Is Made Of Candy), mais en général, les morceaux sont des déferlements de rock pêchu, qui ne prennent le temps de se calmer que pour quelques ponts, breaks, et autres intros dantesques. Parfois il y a des refrains, parfois il n’y en a pas. Certes, vos potes qui se branlent sur la complexité rythmique du dernier groupe hype de Post-Rock Pitchforkien vomiront gentiment sur les Power Chords et la batterie débilissime du bousin, mais c’est oublier, comme le disait Lester Bangs, que « c’est ce qui fait sa beauté ». Nul doute que le Girls Band catalan sera récupéré par tous les Antoine De Caunes du monde pour en faire de dangereux terroristes sonores. En attendant, je vous invite gaiement à plonger vos tympans dans l’une des meilleures bouillasses indie rock que j’ai entendu depuis le début de l’année.