Au cas où tu ne le saurais pas déjà, Mutoid Man est sûrement le groupe le plus cool de ces quelques dernières années.

Ce qui n’aurait pu rester qu’un énième et éphémère side-project bostonien de membres de Converge et Cave-In est en train de devenir un vrai groupe qui compte et qui dure. Parce qu’il plait probablement plus qu’espéré initialement, et les raisons de ce relatif succès sont multiples.

Déjà, il y a dans la démarche de Mutoid Man une fraîcheur bienvenue et du fun qui déborde de partout, sans pour autant que ça ne remette en cause la qualité de la musique (au contraire) ou que le groupe ne se livre à des bouffonneries de bas étage juste pour faire parler de lui. On sent simplement que ce groupe est né comme le projet récréatif de Stephen Brodsky (guitariste-chanteur de Cave-In) et Ben Koller (batteur de Converge), et que l’objectif de s’éclater avec une musique efficace et amusante à jouer mais pas anecdotique pour autant demeure la base du projet. Le plaisir de ces plus si jeunes gens est ainsi évident en live, et les manifestations pas banales ne manquent pas :


Ensuite, il y a évidemment la musique en elle-même. Ces deux garçons sont des monstres de technique, et ils savent mettre leur dextérité au service de compositions heavy et assez impressionnantes (ces cavalcades rythmiques! ces rollercoasters de riffs!), mais aussi mélodiques et ultra-accrocheuses. Or, et cette analyse m’appartient, mais aujourd’hui les groupes heavy ont tendance à se radicaliser musicalement, soit en pratiquant un genre musical de la manière la plus pure et concentrée qui soit (cf. les revivals black, thrash, death…), soit en mélangeant plein d’influences de manière à faire un truc personnel et ambitieux, voire savant (le néo-black, le prog qu’on fourre partout, tous ces genre imbitables que les journalistes sont obligés d’inventer pour caractériser ce qu’ils entendent, etc) ; dans les deux cas, le résultat est généralement sombre et sérieux et ces pratiques ont tendance à maintenir à distance les honnêtes gens qui cherchent juste des choses excitantes et exigeantes, tout en restant facilement écoutables à toute heure de la journée et pogotables sans risquer de se casser la nuque ou de perdre le fil tous les deux riffs.

Pour le dire autrement : Mutoid Man comblerait un vide dans le cœur de l’amateur de musique lourde. Dans les années 90 et même 2000 les groupes qui alliaient heaviness, qualité et accessibilité ne manquaient pas, mais ces dernières années les scènes et les publics ont tendance à ce spécialiser et beaucoup de gus semblent prendre plaisir à se retrouver face à un Mutoid Man. Très loin de moi l’idée de vouloir sonner macroniste, mais Monsieur Pujadas, n’a-t-on pas parfois besoin de rassembler dans nos salles subventionnées coreux et métalleux de toutes obédiences, pour boire de la mauvaise bière dans la bonne humeur et l’odeur de sueur rance, loin des clivages partisans et de l’esthétisme forcené ?

Bien.

Enfin, Mutoid Man fonctionne car il réunit le meilleur de Converge et Cave-In : l’hystérie rythmique de Ben Koller est bien là – elle déteint même sur le travail de la guitare de plus en plus ambitieux – de même que l’alliance du chant pop et des riffs joueurs et heavy de Stephen Brodsky. Le résultat est aussi dynamique et défouloir que Converge sans être aussi radical et abrasif ; de même, il garde l’efficacité mélodique de Cave-In en la débarrassant des plans progs qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne plaisent pas à tout le monde.

Et c’est ainsi que Mutoid Man bat le fer tant qu’il est bien brûlant, puisque War Moans est déjà leur troisième album depuis 2013 – le premier, Helium Head, étant en fait un mini-album, mais quand même : c’est un bon tempo.

Fondamentalement l’album est proche de Bleeder (2015), son prédécesseur : tempi majoritairement rapides, efficacité de tous les instants et science imparable du riff qui fait mouche et du pattern de batterie qui déboîte des clavicules. Le disque est une exposition impressionnante de tubes de Boston-core (Micro-Agression, Kiss of Death, Date with the Devil… etc). Mais le groupe a aussi trouvé le temps de proposer quelques extensions inattendues : le solo heavy-metal à 200% de War Moans, l’alternance couplets catchy et guitare martyrisée du meilleur effet de Wreck and Survive, ou le final épique avec Chelsea Wolfe (Bandages). Ces développements, on ne les trouvait pas sur les deux précédents disques du groupe et on se félicite de les voir enrichir la palette du trio.

Pour l’amateur de musique heavy qui ne se pose pas trop de questions, on tient en tout cas déjà là un des meilleurs disques de 2017.