Si la ville de Lyon possède toujours une scène noise/hardcore foisonnante qui irradie, depuis le début des années 90 et l’apparition de Deity Guns, l’underground français avec une constance dont devrait s’inspirer son équipe de foot, le nom et le souvenir de la puissance d’Overmars forment encore aujourd’hui une pierre angulaire difficilement dépassable. Et qui s’est déjà cassé les oreilles sur ce groupe tremble encore devant la fureur des cris de Marion, bassiste et chanteuse. Cette dernière aura enfin refait surface en 2016, et c’est à son premier album solo que l’on s’intéresse ici.

 

 

Les six titres qui composent cet Orphans Of The Black Sun sont le fruit d’une longue gestation et avaient déjà eu une première vie sur scène sous la forme d’un trio composé aux deux tiers des membres d’un autre groupe Lyonnais de qualité, Carne. Depuis, Marion s’est exilée en Bretagne où la rencontre de Christophe Chavanon et de son studio « plus old school tu meurs » Kerwax a débouché sur une forme nouvelle pour ces morceaux, ceux-ci devenant plus aérés, moins noise-rock, mais toujours aussi habités.

Le résultat ressemble à une longue rêverie cathartique au contact d’une âme torturée mais plus solide qu’à l’époque d’Overmars, à même dorénavant d’affronter ses démons et de les côtoyer plutôt que de chercher uniquement à les expier avec rage et violence. Aucun titre n’est donc dissociable des autres, et l’expérience n’est complète qu’en suivant pas à pas et complètement les traces de cette petite mère pas comme les autres, d’un début plutôt tribal et frondeur (Lesbians Whores and Witches, Black Dog et My War) à une fin plus acoustique, apportant un peu de lumière aux précipices ténébreux premièrement traversés. Une fois ce (trop court) voyage effectué, on remarque instantanément que toutes les compositions sont imparables, chacune transportant une émotion qui lui est propre et des moments d’anthologie. La performance vocale est tout simplement bluffante et on retire de tout ça le souvenir d’une ambiance sombre et hantée (merci les claviers) tout en étant marqués par la qualité intrinsèque de ces chansons vraiment bien écrites et parfaitement construites.

 

 

Orphans Of The Black Sun pioche dans trop de choses pour qu’on puisse le rapprocher d’un quelconque autre groupe ou album. Il est le fruit d’une artiste au talent latent qui vit chacune de ses notes et qui est capable de proposer une musique personnelle et captivante, toujours sur le fil du rasoir et proche de la rupture. Si tu rajoutes à toutes ces qualités une production analogique des plus charmantes pour tes conduits auditifs et un ensemble de clips qui régaleront tes yeux, tu obtiens une œuvre complète comme il s’en fait peu. Dans le genre, en 2016, il y aura eu le Oranssi Pazuzu et le Mütterlein, et on peut déjà s’estimer heureux d’avoir pu participer à deux expériences aussi prenantes et qui mélangent ombres et lumières avec tant de classe et de maîtrise. Vivement la suite sur galette, ainsi qu’une tournée supplémentaire, le passage parisien du mois de novembre ayant comblé toutes nos attentes en terme de rendu sonore et d’interprétation possédée.

 

 

Artiste : Mütterlein
Release : Orphans Of The Black Sun
Date de Sortie : 22/04/2016
Label : Sundust Records
Acheter cet album