Après des semaines à repousser l’échéance, je chronique enfin le dernier My Name Is Nobody. Chronique nécessaire, tant l’album est une perle.

My Name Is Nobody est un projet folk-rock d’une élégance rare, fondé en 2002 par Vincent Dupas, et véritablement inauguré en 2006 avec I Hope You’re Well. Si je connais personnellement mieux l’homme pour son projet Fordamage, bazar résolument plus rock et bordélique, je dois admettre que son Safe Travel sorti en 2015 reste un disque que j’ai bien saigné « à l’époque », et que sa folk de chambre m’accompagne encore à l’occasion.

Ce nouvel album, The Beast In My Name Is Nobody, n’est néanmoins pas dans cette veine-là, du moins pas tout à fait. C’est un album live-in-studio aux orchestrations plus sombres. Surtout, l’album est enregistré en petit comité, mais en comité tout de même remarquable : Pierre Marolleau (également croisé chez les très beaux We Only Said) s’occupe de la batterie, et Hugo Allard, transfuge des Von Pariahs, joue de la basse sur les derniers morceaux. Non seulement cette configuration met parfaitement en valeur l’écriture délicate et personnelle de Dupas , mais la magie du trio permet aux chansons de gagner à la fois en force et en délicatesse.

On a en effet ici une dizaine de chansons plus ou moins parfaites, du folk qui n’hésite pas à faire parler les riffs. « Devon Avenue Blues«  est de ce point de vue un bijou de rock déchaîné et libre, avec son riff bien trop violent pour tenir dans une chanson aussi douce. Mais sur cet album, My Name Is Nobody sait aussi pleinement assumer ses démons pops : qu’elle est belle, cette reprise du « I’ll Be Around » de Yo La Tengo, dédiée au récemment disparu Thierry Le Coq. Pour conclure ce name-dropping un peu inutile dans un album sans temps mort, je me contenterais de dire que cette version live de « A Silence » est l’un des plus beaux moments de bravoure que j’ai entendu cette année : 10 minutes d’un rock sans étiquette, qui se fout complètement de ce qu’il fait, et qui fait ce qu’il veut.

My Name Is Nobody n’en a de toute façon rien à foutre, des étiquettes. Vincent Dupas se contente d’écrire et de jouer des chansons magnifiques avec une modeste retenue. On ne lui en demandera pas plus.