Après des années de gestation, Naked (On Drugs) sort enfin son premier album. Et il est génial.

On avait pas eu de nouvelles de Naked (On Drugs) depuis plus de deux ans, avec la sortie de leur EP Lee Ann’s Skin, joli format court ou leur style gothique et maniéré faisait déjà des merveilles. Mais depuis, plus rien, pas même de petites news. Même leur page Facebook est restée inactive pendant plus d’un an, ne laissant échapper qu’un petit hommage à Bowie au début de l’année dernière. Finalement, le français Sébastien Perrin et le mancunien Luke Byron Scott ont réactivé le projet il y a quelques semaines, comme par surprise, et ont annoncés leur premier album, The Gift, à peine une semaine avant sa sortie.

Et entre temps, le projet, sans être proprement méconnaissable, a tout de même bien changé, et pas seulement parce que les titres déjà connus ont été ré-enregistrés. Déjà, changement de décor et d’acteurs : le groupe passe de Sways Records à Tombed Visions, label mancunien underground et à la ligne éditoriale indéfinissable, si ce n’est une volonté de balancer toutes leurs sorties en format cassette. Surtout, c’est le line-up qui a complètement changé : si on retrouve toujours le duo franco-britannique, le groupe a également vu arriver une foule d’invités, essentiellement d’illustres inconnus faisant partie de la scène de Manchester. Enfin, inconnus sauf un : David McLean, qui oeuvre dans de nombreuses formations et qui officie, justement, comme patron de Tombed Visions.

Après deux années de silence et bien des changements, donc, le groupe sort son premier disque, un album-concept sombre dont l’ambiance rappelle celle du Moss Side Story de Barry Adamson, avec ambiance de polar, des cuivres jazzys, une obsession de l’esthétique. Soyons honnêtes cependant, dur de trouver ici une trame narrative cohérente et sérieuse, malgré le packaging soigné et les textes publiés par le groupe, évoquant une sombre histoire de meurtre. Pour autant on saura faire abstraction de tout cet univers déroutant, le tout ne sonnant jamais trop maniéré ou prétentieux. Et surtout, on se concentrera sur l’album en lui-même : une tuerie de 43 minutes, complètement barrée mais déroutante, attachante.

Car la musique en elle-même n’est pas forcément légère : bien sûr, l’album est vendu comme un machin très esthétisé, ces cuivres et ce chant en font des tonnes et contribuent à donner à l’album un aspect vaguement lounge. Mais du lounge à la John Zorn. Du jazz noisy à la Naked City, du post-punk de psychopathes à la This Heat. La voix de crooner de Sébastien Perrin (qui a bien changée depuis les débuts du groupe) rappelle aussi bien les travaux les plus déroutants de Scott Walker que le Nick Cave de la période Birthday Party (Araki Dinosaurs aurait parfaitement eu sa place sur Prayers On Fire). C’est lounge mais c’est surtout bien bruitiste et vénère , c’est brillamment orchestré mais ça sait jouer avec nos nerfs (les cris déchaînés de « The Hair Suit » ou « Johnny Jones », et surtout l’interlude « Abnormally Safe » sont des monuments d’inquiétante étrangeté). Finalement, pour continuer à énumérer des références plus ou moins évidentes, on citera Suicide, dont l’ombre plane notamment sur la chanson-titre, et ses 8 minutes terriblement étranges.

On en dira pas plus sur l’album, c’est un disque extrêmement dense, compact et puissant, ce qui est d’autant plus remarquable que j’avais carrément oublié jusqu’à l’existence de ce groupe. Je me contenterais, pour conclure, de dire que This Gift est l’album le plus déroutant, fascinant et attirant que j’ai écouté en 2017. Et c’est déjà bien, non?