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Le label Hydra Head a beau être mort et enterré, son œuvre réserve encore de très beaux secrets. Et si Xasthur représente leur vitrine black métal, ce serait un grand tort que d’oublier (ou de ne tout simplement pas connaître, on ne vous en voudra pas) les deux albums sortis chez eux par les Hollandais de Nihill. On retourne rapidement sur les lieux du crime avant de pénétrer dans le nouveau dédale que représente Verderf, petit dernier qui n’a rien à envier à ses prédécesseurs.

Cette tout fraîche mais déjà puante sortie est la quatrième du trio et arrive à un moment où celui-ci a déjà réussi à trouver sa voie, unique, lui permettant de faire partie du haut du panier, aux côtés des fameux Darkspace et Portal, d’un genre qui a bien du mal à évoluer. Pour cela, la forme se doit d’être totale, oscillant entre plages noise/dark ambient asphyxiantes et longues chevauchées black metal qui pourraient être classiques si elles n’étaient pas aussi habitées et entourées de nappes dissonantes et malveillantes.

Verderf ne change pas le concept et ne tourne pas autour du pot pour te rappeler à qui tu as affaire dès ses premières secondes. Il représente néanmoins une étape de plus dans l’œuvre du groupe en constituant l’album le plus fluide que ce dernier ait jamais produit. Tout est de la bonne longueur (souvent très étirée, et ce pour ton bien) et rien n’est de trop, de telle sorte que l’on croirait presque que Nihill a pour une fois joué la carte de l’accessibilité. Mais si compromis il y a, il est ici grandement bénéfique et ne décrédibilise jamais l’univers morbide déployé sur cette petite heure rondement menée.

Plus black metal qu’à l’accoutumée, cet album fait preuve d’un travail d’arrangements plus bluffant que jamais, que cela soit par le biais de synthés perturbants, de larsens hypnotiques, ou de gimmicks de guitares malsains. Sur ce point, on ressent d’ailleurs clairement l’héritage de Mayhem, qui est loin d’être la pire référence du genre, bien que très difficile à manier. Et si l’on prend un morceau comme Kolos, on serait presque tenté de dire que l’élève a dépassé le maître quand ce mur de guitares étrangement désaccordées s’abat sur l’auditeur pétri. Finalement, sur Morbus, les riffs de tronçonneuses sont un argument imparable de plus pour te faire succomber, la seule question qu’il reste ressemblant alors à quelque chose du genre : mais comment font-ils ?

Car Verderf est une vraie démonstration. De sa masse sonore tentaculaire mais acérée à ses agencements labyrinthiques, il n’est que pure rage et pur génie maléfique. Et si les musiques sombres n’avaient en 2014 que l’album de Yob comme fier représentant, elles peuvent désormais s’estimer heureux de compter ce petit nouveau dans leur rang, tant il est capable de faire date là où l’on n’y croyait plus. Armé de ton plus fier courage, il n’incombe plus qu’à toi de te frotter à une peur indélébile, et de récolter de cette rencontre une fascinante attraction pour une sordide matrice dont l’intérêt semble inépuisable.

 

Artiste : Nihill
Release : Verderf
Date de Sortie : 01/12/2014
Label : Burning World Records
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