Mon rapport à Nine Inch Nails est, par rapport à mes deux compères et, je pense, à pas mal de lecteurs de GVAC, assez tardif et distant. Si je n’ai pas échappé aux news de la sortie de l’album de 2013, Hesitation Marks, je n’y prenais pas attention, plongé dans d’autres écoutes bien différentes. Malgré tout, j’ai finis par me taper une bonne partie de la discographie du bazar, une discographie avec ses faiblesses (notamment l’ennuyeux The Slip) mais surtout avec ses énormes tueries, avec en tête The Fragile, trop long mais d’une densité tout de même incroyable, et le plus constant The Downward Spiral. quand aux B.O de l’éternel leader / seul membre du groupe, Trent Reznor, elles ne m’ont jamais franchement passionnées, et sur ces travaux ambient, je préfère me rabattre sur l’étrangement réussi Ghosts I-IV.

Cela précisé, rappelons le contexte plus récent : après une longue pause qui a visiblement été l’occasion d’une grosse remise en question, Nine Inch Nails, désormais composé, en studio, uniquement de Atticus Ross et Reznor, a sorti une paire d’EPs plutôt rassurants entre 2016 et 2018, puis ce nouvel album (enfin, un album de 30 minutes) cette année. Et on peut continuer à être rassuré : Bad Witch est une incontestable réussite.

Attention hein : ça ne réinvente pas la poudre, et si on entend de jolies petites nouveautés ici ou là, c’est des choses que le Reznor est allé chiper dans la musique qu’il aime. On retrouve, bien sûr, des choses qu’on entendait depuis longtemps chez NIN, la voix blindée de distorsion, les couches de sons noisy, les chansons toujours aussi bien branlées, même mieux qu’avant. Mais on a aussi quelques petits trucs qui changent : parmi les trucs un peu frais, on a donc le chant à la David Bowie et les cuivres jazzys (façon Blackstar, justement; tout le monde le dit mais il y a du vrai) du single « God Break Down The Door », pas le morceau le plus réussi du tout d’ailleurs. Il tente également ce chant de crooner sur le dernier morceau, avec des résultats pour le coup bien plus plaisants. Mais la vraie réussite du disque se trouve selon moi l’impressionnant « Play the Goddamned Part », psychédélique et hypnotisant, avec une outro toute en percussions sèches, coincée entre Einstürzende Neubauten et Tom Waits.

Mais ce qui me surprend le plus, c’est que enfin, les morceaux plus calmes, plus spacieux, sont pour le coup vraiment réussis. « I’m Not from This World » et « Over and Out » (cette basse toute ronde! Ce piano fort à propos! Ce chant qui en fait des caisses mais que j’aime tant!) sont donc deux très beaux morceaux, captivants et jamais chiants, et dont la richesse sonore prouve une fois de plus que Trent Reznor est un des producteurs les plus compétents du rock jeu américain. Cette production, d’ailleurs plus électronique que jamais, est également ce qui enchante à l’écoute de l’album, avec un perfectionnisme rassurant.

Je n’ai fait qu’encenser le bousin depuis tout à l’heure, et malgré tout, je dois confesser que ce nouvel album de NIN me laisse un goût parfois très légèrement amère : pas à cause de l’album en lui-même, qui est, je l’ai dit, réellement réussi. Mais je trouve que cet album n’a pas l’engouement qu’il mérite, comme si plus personne ne croyait en Reznor et son camarade Ross. Et si NIN continue de blinder les salles pour des concerts ou le groupe excelle depuis toujours, il faut tout de même se rendre compte que le groupe vieillit. Mais putain, après les déceptions des dix dernières années, il faut avouer qu’il vieillit bien.