Et oui, même dans le métal, avoir un bon chanteur peut tout changer.

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Après tout, il est vrai que l’on pourrait croire qu’un mâle vyril, c’est à dire crachant assez de glaires pour que ça sonne australopithèque hors de ses gonds et possédant un bide à bière assez imposant pour faire peur sur scène, est obligatoirement à même d’occuper le poste le plus sexy de toute l’industrie musicale : le chanteur de métal. Pourtant, hormis l’exception Converge, les groupes qui ont marqué ou qui marquent les musiques violentes ont tous des chanteurs/frontmen qui vont un peu plus loin que ça : Steve Von Till pour Neurosis, Devin Townsend chez Strapping Young Lad, Chris Spencer d’Unsane, ou Tomas Hallborn pour Breach.

C’est à ce dernier que l’on pense directement aux premières vocalises de ce Principles and Particles, premier album autoproduit des petits suisses de No Sun In San Francisco. Mais, à moins d’être néophyte du post-core tellurique, tu sais bien que des gens qui essaient de plagier Hallborn, il y en a des masses, ceux qui crèvent alors l’écran, beaucoup moins. Et si je rapproche le crieur montagnard de celui de Breach, c’est par similitudes stylistiques évidentes mais surtout par cette capacité rare à amener vraiment quelque chose de plus aux chansons que de la simple puissance. Dans le cas de cet album, le chant, presque uniquement crié et seulement présent là où ça tabasse, apporte à chaque intervention une mélodie et un rythme complémentaire des instruments, ce qui le rend d’une efficacité rare et emphase simplement mais considérablement l’impact des morceaux.

Car pour le reste, No Sun In San Francisco est un groupe de post-core version Cult Of Luna un peu classique malgré un côté plus métal que la moyenne, nous rappelant un résultat proche de Breach donc, mais aussi des premiers The Ocean. Une musique classique, mais qui n’est pas anodine pour autant grâce à une section rythmique en acier et surtout de belles idées de compositions comme de surprenants mais pertinents changements de rythme et des incartades math-core vivifiantes surgissant de nulle part. On est du coup pas très loin de leurs compatriotes de Cortez, pourtant, là où le nouvel album de ces derniers, malgré ses atouts techniques certains et son jusqu’au boutisme honnête, me laisse hors du combat, celui de No Sun In San Francisco me happe complètement en sachant être à la fois profond et accrocheur.

Alors oui j’ai l’habitude de cracher sur les sous-Neurosis et ce que l’on appelle communément le post-hardcore mais, sur ce coup, il est un peu dur de ne pas retourner sa veste tant l’ensemble est efficace et prenant. On regrettera certes des guitares un peu trop stéréotypées qui mériteraient à l’avenir de prendre un peu d’acide, une imagerie grands espaces en noir et blanc de base, et un côté trop gentil malheureusement pour eux génétique et donc imperturbable. On se dira cependant que tout cela fera plaisir aux aficionados du style pendant que les autres se feront plaisir avec ces puissantes mélodies vocales vraiment au dessus du lot et des compositions léchées qui tapent dans le cœur de tout métalleux qui se respecte. Une très belle sortie indépendante de ce début d’année donc, que l’on se fait un plaisir de découvrir en ce début d’été.

Artiste : No Sun In San Francisco
Release : Principles And Particles
Date de Sortie : 28/02/2013
Label : Autoproduction
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