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Fut une époque pas si lointaine, où les grands solitaires aimaient se fendre d’un petit projet black métal enregistré dans leur chambre, afin d’exprimer leur mal-être. Les temps ont changé mais la noirceur de l’âme n’a pas fini d’envahir nos conduits auditifs. Désormais la violence s’est faite piquer la vedette par le chaos tranquillement triste et onirique de l’ambient, et des artistes comme Thisquietarmy ou Mario Diaz de Leon, l’homme orchestre d’Oneirogen, font les beaux jours des amateurs.

Pour pinceaux, le monsieur s’est armée d’une guitare grave, très grave, de synthés lancinants, d’un peu d’électronique diverse et variée, bref, de quoi enrichir toujours plus le spectre, et d’emprunter tous les chemins imaginables pour amener un peu d’ombre dans nos âmes. Pour cela, Kiasma choisi d’être très narratif, nous faisant tranquillement pénétrer dans la forêt pour nous y perdre, que l’on rencontre le monstre qui l‘habite, et que celui-ci nous dévore dans d’atroces souffrances.

Cette construction aurait été des plus efficaces si les dix premières minutes n’avaient pas été les plus faibles du disque, mais certains des synthés employés ici mériteraient le cachot et, surtout, empêchent l’immersion totale. Pour bien faire, Oneirogen tombe dans le piège de vouloir en mettre plein la vue dès le début, et salit son contexte clair-obscur par des inspirations épiques qui deviennent alors bien dérangeantes.

Heureusement pour tout le monde, plus on avance dans la brume et plus les compositions et textures se font sobres jusqu’à enfin voir apparaître un accord entre l’intention, les moyens, et le résultat. Comme espéré depuis le début du voyage, le temps se met à se dilater et l’oubli de soi apparaît tranquillement mais sûrement. Parallèlement, l’univers devient grouillant et les riffs disparaissent pour laisser place à d’éphémères esprits amenés de façon très habile sous la forme de nappes plus bruitistes qu’auparavant (Katabasis), de growls déprimants (Mortisomnia), ou d’orages cosmiques (Gauze).

Au final, le problème général du disque réside dans sa tentative d’accroche permanente avec le métal, par des riffs trop épiques et convenus ainsi que par les fameux synthés qui m’ont tant dérangés. C’est quand tout est déconstruit et qu’Oneirogen oublie ses origines qu’il réussit enfin à façonner les ambiances qu’il recherche. Effacer ses repères, détruire le temps, brûler les recettes pré-écrites, tout un programme c’est sûr, mais quand on voit ce qui transperce ce disque par moment, on se dit qu’il y a ici les outils et le talent pour que l’effort en vaille la peine.

Artiste : Oneirogen
Release : Kiasma
Date de Sortie : 26/03/2013
Label : Denovali
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