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La sortie du premier album solo de Pascal Bouaziz ne devrait pas être prise à la légère. En effet, il ne faut pas négliger le fait que Bouaziz soit le leader d’un des plus grands groupes français de ces vingt dernières années : Mendelson, collectif/groupe auteur de seulement cinq albums depuis L’Avenir Est Devant en 1997. En vingt ans, pas un mauvais disque, et même deux chefs d’oeuvre : Personne Ne Le Fera Pour Nous et Mendelson, deux disques monumentaux, massifs, destinés à hanter pour l’éternité mon panthéon personnel. En vingt ans, que des grandes chansons. « Marie-Hélène« , « 1983 (Barbara)« , « Je Ne Veux Pas Mourir« , « Pinto« , « Scanner« , « D’un coup« , « L’Ardèche« , « Les Heures » …

La sortie de cet album doit également s’inscrire dans l’activité très, très chargée de Pascal Bouaziz, surprenante tant le bonhomme ne s’était, jusqu’en 2015, consacré presque exclusivement qu’à Mendelson : Depuis 2013, nous auront eu droit à un triple album de Mendelson, au très noir (mais très drôle) projet Bruit Noir avec Jean-Michel Pirès, à un recueil de tankas, renka, haïkus, et autres formes poétiques japonaises (Passages, aux excellentes éditions Le Mot Et Le Reste), et surtout à ce Haïkus.

Ce premier album solo est fait de chansons souvent courtes, de petites vignettes, évoquant des instants de vie, quelques secondes racontées en trois minutes. Pourtant, on a pas, ici, de véritables alternances de couplets et de refrains comme sur ce genre de disques dits intimistes. Haïkus naît d’une envie, celle de créer des chansons avec très, très peu de mots. Même la chanson la plus longue du disque, « Ta Main« , qui s’étend sur un peu moins de 6 minutes, ne repose que sur une poignée de vers : « on a dansé ensemble longtemps« , »ta main, je m’en souvient, dans mon dos« , « d’autres corps nous réchaufferont peut-être« , une poignée de mots supplémentaires entre ces quelques pensées, et c’est tout. Alors, on risque parfois de s’ennuyer, de se lasser, d’autant plus que les compositions se veulent dénudées : Une basse, une guitare jouée en picking, une batterie, parfois un piano ou des chœurs.

Mais l’album esquive sans peine la monotonie, la langueur, grâce à son plus petit dénominateur commun : ses chansons. Les chansons de ce disque ont beau se décomposer sur trois, quatre, cinq, six vers tout au plus, elles restent fascinantes, simples mais belles. Les chansons les plus courtes, surtout, sont admirables de beauté, on admire leur dépouillement. C’est notamment le cas de la tendre « L’Être Humain » (« Parfois je me laisse aller avec toi, je baisse ma garde, tu me ferais presque croire […] en l’être humain« ) et de l’inquiétante « Avec La Peur« (« Avec la peur, avec la peur, reste dans la lumière…« ). On pense parfois, dans cette retenue, cette nudité, à certains titres de Bonnie « Prince » Billy, de Neil Young.

On comprend alors que si Bouaziz a choisi de nommer son album Haïkus et de se donner comme contrainte l’écriture de chansons faites de peu de mots, ce n’est peut-être pas -ou du moins pas uniquement- une excentricité, un exercice. C’est peut-être une nécessité, celle dont il avait besoin pour retrouver les mélodies les plus pures. Cela fait en effet bien longtemps qu’on avait pas entendu Bouaziz chanter sur des pistes aussi douces, calmes, posées, comme celles de « Que Du Bruit », »Ta Main », ou encore « Les Choses », courte piste finale. Car les plus belles choses ont une fin. (Ouais, c’était ringard, comme conclusion…)