FULL DISCLOSURE : Je suis ridiculement fan de Pearl Jam. Cette chronique est donc forcément biaisée, surtout pour le lecteur de moins de 30 ans qui ne tolérera à l’évidence aucun emballement pour une telle musique de papa. N’empêche, après quelques écoutes de ce nouveau Pearl Jam, on pose les écouteurs en se disant « EH BEN VOILA ! ». Mieux encore : les écoutes successives confirment cet enthousiasme initial. Les tontons pas cools du grunge reviennent avec de la bonne.

Je fais partie de ceux qui ont été salement déçus par le lourdingue Lightning Bolt (2013, déjà – première vraie déception de leur discographie), qui peinait à camoufler, sous 2 ou 3 fulgurances, une écriture oscillant entre le pantouflard et l’ampoulé mais qui avait étrangement eu bonne presse. Joie : on sent dans Gigaton un éclat, une vie qui faisait défaut à Lightning Bolt. Premier signal : Mike McCready a clairement eu carte blanche pour barbouiller les sections instrumentales de ses leads inspirés et soli un brin redondants mais dont la virulence rappelle ici les meilleures compositions du riche catalogue de Pearl Jam. McCready n’étant pas, loin de là, le principal contributeur du groupe en terme de compositions, ce n’est toutefois pas sa performance qui suffit à faire de Gigaton un bon disque de Pearl Jam : c’est bien la performance collective qui est ici à saluer. Gigaton est un disque riche, là où ses 3 prédécesseurs s’épuisaient plus ou moins vite.

Bon, tout n’est pas parfait non plus : Take The Long Way tourne vite mais à vide, la jolie Seven O’ Clock est un peu souillée par les grosses pattes de leur gênant claviériste sur le refrain, et certaines vocalises de Vedder donnent parfois l’impression d’avoir déjà été publiées dans le passé du groupe.

Mais l’essentiel est ailleurs : le groupe ose (en bien) sur la groovy Dance of the Clairvoyants, les balades ont retrouvé la beauté d’antan (Buckle Up, Alright, Comes Then Goes…), la rudesse générale des titres les plus enlevés sonne juste et délicieusement bien huilée (Never Destination), et le disque apparaît au final comme le plus varié du groupe depuis le très chouette Riot Act (2002).

On apprécie aussi de ne pas avoir cette fois un bon tiers du disque totalement transparent, comme c’était le cas sur les 3 derniers albums du groupe. Bref, on sentait que ce Gigaton se profilait bien (disque sans pression après une longue pause, quelques déclarations du groupe sur le long et aventureux travail d’écriture et enregistrement), et on n’est pas déçu.

Une surprise quand même : les deux sujets que j’attendais traiter dans les textes de ce nouvel album (Trump et la mort de Chris Cornell) sont apparemment absents, ou alors je suis passé à côté. Peut-être aussi qu’avec l’âge, Vedder préfère éviter les sujets trop faciles ou personnels ?

Voilà en tout cas un disque attachant, plein de maîtrise, efficace. Il manque peut-être un gros tube ou titre emblématique, mais c’est au bénéfice de la cohérence d’ensemble à la façon du splendide No Code (1996). Sans atteindre le même niveau, Gigaton est probablement ce qu’on pouvait attendre de mieux de Pearl Jam en 2020.