Depuis un bon moment, j’ai pris l’habitude de ne parler dans ces pages que de disques qui me convainquent au moins à peu près totalement, histoire de les faire surnager un tant soit peu par rapport aux vaines découvertes et aux déceptions. Je vais pourtant devoir faire une entorse à cette règle dans le cas du nouveau disque de la paire Suisso-Canadienne Peter Kernel, sans avoir avant cela précisé les hauteurs de l’attente que j’avais placé en lui, après le toujours aussi parfait Thrill Addict.

 

 

Techniquement, The Size Of The Night poursuit l’évolution entreprise par le groupe depuis ses débuts pour proposer à chaque fois une musique un peu plus produite et léchée, mais toujours autant bariolée. Au niveau des ingrédients, la basse reste clean et profonde, les voix virevoltent à travers les sommets tandis que la guitare, bien aidée par les divers apports rythmiques et mélodiques annexes, se plaît à ponctuer sournoisement cette pop d’interventions confondant les genres et les inspirations. Les mots d’ordre du groupe pour faire converger tout ça restent les mêmes, à savoir simplicité, efficacité et détachement, situant une fois de plus ces dix titres dans le prolongement des albums précédents. À peine pourrions-nous décerner cette fois dans l’ambiance globale un peu plus de sourires et moins de nostalgie, chose qui, mais cela n’engage que moi, continue de me déranger un peu. Ce n’est pas que j’en voudrais au duo de s’apaiser avec l’âge et d’envisager le monde avec un peu plus de complaisance qu’il ne le faisait avant, mais presque.

 

 

Plus que cela, ce qui m’a laissé sur ma faim ici, c’est de ne plus sentir la capacité qu’avait le groupe sur ses deux précédents disques à enclencher dans chaque morceau un virage rythmique ou mélodique qui le sortait des sentiers battus et transformait la simplicité de l’ensemble en une fine architecture musicale particulièrement attachante. Cette fois, on se trouve à chaque début de piste enchanté par les mises en ambiance proposées, mais on ne sent jamais un souffle magique faire basculer la composition dans quelque chose d’immatériellement beau. C’est le cas par exemple sur Terrible Luck ou Drift To Death, quand ce n’est pas la proposition dans son ensemble qui questionne, en particulier sur le titre de clôture à la mélodie empruntée à Mylène Farmer, ou sur Pretty Perfect, qui fait office de douche froide après la parfaite mise en bouche que constitue There’s Nothing Like You. Car des très bons morceaux, ce disque en contient une bonne pelletée (on peut citer The Secret Of Happiness, Men Of The Women ou encore The Revenge Of Teeth) qui continue de faire refléter l’importance et la nécessité d’un groupe comme Peter Kernel dans la musique indé actuelle, et leur aptitude à refléter autant le divin que l’humain.

 

 

C’est finalement ça qu’il faut retenir ici : certes, le duo marche un peu moins sur l’eau qu’auparavant, mais il présente toujours cette signature si reconnaissable qui transpire dans ses délectables harmonies vocales et ses arrangements d’une pureté qui devrait faire école. On s’attend donc à être toujours autant transporté en live, où la complicité et la franchise de Barbara et d’Aris continueront de balayer tout scepticisme, même ce très récent que j’ai pu revêtir pour écrire ces lignes et qui risque de très vite s’éteindre, au moins sur scène. Sur disque, il ne me reste plus qu’à garder les meilleurs émotions de ce présent voyage, en attendant maintenant le prochain.

 

Artiste : Peter Kernel
Release : The Size of the Night
Date de Sortie : 09/03/2018
Labels : On The Camper
Acheter cet album