« – Mattooh, je sais pas trop quoi en dire du dernier Pigs, il est cool mais bon, c’est tout.

– Dans ces cas là, mieux vaut parler de tout sauf de musique, et si possible être offensant. »

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Me voilà pas sorti de l’auberge, car c’est bien une approche que je maîtrise moins bien que mon vénérable collègue mais qui permet en effet de se sortir de certaines situations embarrassantes, genre quand tu vois des gens aux goûts respectables être dithyrambiques sur un album simplement cool. Aux premières loges de ce bizarre engouement pour une musique qui n’excite que peu les foules, on pouvait par exemple trouver (New) Noise Mag qui se fait pourtant régulièrement un malin plaisir à taper (pas si) discrètement sur un certain milieu DIY parisien supposément bloqué sur le noise-rock 90s crado (Big’N, Shorty) et qui perdrait son temps à n’en promouvoir que de pâles copies. Et tu vas me dire que c’est différent là ? Mouais.

Si les querelles de clocher à tort t’emmerdent, tu seras heureux d’apprendre plutôt que Pigs est la rencontre de Dave Curran (surtout connu pour être le bassiste d’Unsane et l’ingé son live des Melvins, mais qui mériterait une palme pour son accent canadien), Andrew Schneider (producteur au C.V. bien sexy, à base de Cave-In, Converge et Made Out Of Babies) et Jim Paradise (au parcours plus obscur, il officiait cependant avec Dave Curran dans The J.J. Paradise Players Club, ce qui fait de cette entité une sorte de pré-Pigs). Wronger est le deuxième album de Pigs après You Ruin Everything sorti il y a trois ans et se différencie surtout de ce dernier par sa pochette, cette fois ratée. Pour le reste, on retrouve en effet nos petits comme en 40, c’est tranchant, massif, bête comme chou, et souvent efficace, les gaillards ayant une expérience et une maîtrise du bon goût qui confèrent à ce disque les parfaits attraits pour truster ton autoradio ou ta playlist jogging

Tu t’étonneras cependant à trouver certains passages ou enchaînements un brins pompiers et/ou inutiles, l’écriture ayant mérité un peu plus d’attention pour que l’album soit imparable. Il faudra aussi m’expliquer l’intérêt de l’intro et de l’interlude, si ce n’est d’allonger un peu le compteur, les deux étant assez désagréables. Se détâchent de cet ensemble un peu trop homogène The Life In Pink (riff d’intro délectable, refrain épique) et Bug Boy, gros tube où l’inénarrable Julie Christmas (Made Out Of Babies, Battle Of Mice) s’accapare le micro avec succès. Cette apparition donne d’ailleurs une première piste pour expliquer pourquoi ce Wronger ne dépasse pas le stade du « disque cool » en suggérant que la voix de Curran est un peu limitée dans son placement mélodique, se contentant souvent de suivre les riffs de guitares, pourtant déjà suffisamment massifs. On a compris que la finesse n’était pas l’objectif premier de la maison, mais on voit que quand le travail vocal est plus poussé (Bug Boy donc, ou la deuxième partie du long Donnybrook, chanté lui par Curran), ça fait tout de suite mouche. Voilà en tout cas deux chansons qui auraient carrément leur place dans une playlist, si un jour ta meuf’ te demandait un panorama de cette scène musicale bien virile.

Bien sûr, j’aurais pu prendre ce disque comme il est et me restreindre alors à ses intentions premières : de la musique de vieux potes qui se font plaisir et qui ont trouvé des petits jeunes (surtout un, ici) pour sortir proprement le résultat. Si l’on en reste là, il est clair que le disque fait le job. Et bien sûr, j’aurais aimé kiffer ce disque autant que je trouve certains de ses instants jouissifs. Mais ici on aime être pointilleux et médisant, et préférer te signaler les limites d’une galette que tu pourrais, à juste titre, décider de mettre entre tes oreilles. Support your local scene (ouais gros, le label est tenu par un membre de Sofy Major et est basé à Clermont-Ferrand), mais n’oublie pas ton sens critique.

Artiste : Pigs
Release : Wronger
Date de Sortie : 02/10/2015
Label : Solar Flare Records
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