Commençons par les faits. PiNioL, comme son nom l’indique (ou presque), est la rencontre de PoiL (trio loufoque un peu lourdingue Lyonnais) et de Ni (sérieux quartet math-rock en provenance de Bourg-En-Bresse) destinée à porter haut et fort les couleurs de la région de Laurent Wauquiez. Les mathématiques te donneront rapidement le compte : ça fait deux guitares, deux basses, deux batteries, et un synthé roi. Des voix aussi, par moment. Musicalement, résulte de tout ça sept morceaux fleuves pour soixante dix minutes d’une musique fourre-tout ne nécessitant pourtant (presque) pas de Doliprane.

 

 

Identifier ce Bran Coucou n’est pas aussi simple qu’il n’en paraît, et pourrait nécessiter un name-dropping plus long que le bras de Vladimir Poutine. Mais essayons de faire concis, car cet album est aussi bien tout ce que tu peux attendre de la part d’un groupe math-rock (je détaillerai un PoiL cela ci-dessous, mais pour le moment restons en là) Français en 2018 si ta route a déjà croisé celle de Deux Boules Vanille, d’Ultra Zouk ou de La Colonie de Vacances, tout en représentant (un peu comme ces derniers) une espèce de fantasme enfin réalité pour le geek amateur de mesures impaires qui sommeille en toi.

Et si ce fantasme prend forcément tout son sens sur scène, ce jeu du chat et de la souris entre ces deux trios unissant leurs forces par enchevêtrements possède des charmes non négligeables sur galette, garantissant à celle-ci une durée de vie quasi-infinie, si quand bien même le cœur t’en dit. Le Final Fantasy du Rock In Opposition Made In France en quelque sorte, qui permet en même temps d’offrir enfin une réalisation vraiment convaincante à ces deux formations qui ne lésinent pas sur l’effort depuis quelques années.

 

 

Car contrairement aux sorties très typées qu’ont pu proposer les groupes séparément, cette joute commune, de façon surprenante, arrive à ne garder que les points forts des deux apports. La musique de Ni s’en voit alors plus complète et plus lisible, quand celle de PoiL perd en loufoque (ce qui n’est pas pour me déplaire, soyons francs) ce qu’elle gagne en puissance. À la louche, on dirait que la ligne générale est dictée par les premiers, mais on ne saurait douter que c’est avant tout l’alchimie de l’instant qui a primé, de même que la technique musicale infaillible des protagonistes et leurs références communes (allez, c’est là l’instant name-dropping tant attendu, en ne gardant qui plus est que la sainte trinité : King Crimson, Magma, Mr. Bungle & related). Ces dernières ont d’ailleurs le bon goût d’unir si bien leur forces qu’elles n’étriquent pas le résultat final, et on se perd alors dans le labyrinthe proposé sans trop penser au reste. Les montagnes russes s’enchaînent presque sans répit, et on suit bêtement la route le sourire aux lèvres.

Bran Coucou est un disque qui s’adresse avant tout au public math-prog-noise-rock qui aime les morceaux à rallonges et les enchaînements de plans non binaires, mais qui arrive à proposer une recette assez digeste pour que ça reste amusant. Et si j’ai lâché depuis un moment l’écoute de ce genre de groupes, j’ai trouvé un réel plaisir à me faire trimballer dans tous les sens, appréciant aussi bien les montées en puissance que les frustrantes saccades. Alors, qui sait, peut être que cela sera aussi ton cas.

 

 

Artiste : Piniol
Release : Bran Coucou
Date de Sortie : 27/04/2018
Labels : Dur et Doux
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