Quatre ans après un excellent Bottom Of The Morning, Pinkish Black rempile chez Relapse Records où il continue d’être l’une des formations les moins métal. On apprécie d’ailleurs toujours autant que le label se fasse plaisir avec ce genre de petits groupes (on pense sur ces dernières années aussi à Ex Eye, King Woman, John Frum ou True Widow) lui garantissant un catalogue toujours aussi intéressant à suivre. Le duo Texan, quant à lui, continue de poursuivre la trajectoire que l’on pouvait percevoir à l’écoute du précédent disque, en proposant une musique de plus en plus posée, décidant au fil des années de s’éloigner de son côté math-rock qui pouvait les rapprocher de Crime In Choir ou Gum Takes Tooth, pour désormais mieux faire ressortir ses inspirations new-wave et doom.

 


Mais avant ça il faut peut être te rappeler que Pinkish Black se distingue d’emblée de la populace moyenne par sa formation, puisqu’elle ne comporte que deux membres, l’un officiant derrière la batterie, l’autre derrière les claviers. Mais ce qui m’a toujours surpris, c’est que ces derniers ont un feeling très « guitaristique », leur actionneur arrivant à faire oublier leurs côtés synthétiques et donc mécaniques, sans que les raisons soient vraiment explicables. On suspectera ceci dit une jolie manière de jouer toujours un peu derrière le temps comme étant à l’origine de ce troublant mais addictif effet. Toujours est-il que ce qui est assez magique chez ce groupe, c’est qu’on oublie très vite d’où viennent les sons, pour se contenter d’être directement impacté par les ambiances et les mélodies. Et ce n’est pas le morceau introductif Concept Unification, du nom de l’album, qui nous fera dire le contraire aujourd’hui, tant l’auditeur est happé dès les premières secondes dans une espèce d’eau saumâtre troublante et captivante, issue d’un croisement étrange entre Earth pour le feeling, John Carpenter ou Tangerine Dream période Stratosfear pour les synthés et Joy Division pour la voix.


Et si je parlais en introduction d’un album plus posé et plus doom-wave que jamais, c’est surtout parce que les émotions véhiculées par ce disque me semblent assez éloignées des précédents albums, même si la formule et les sonorités sont assez proches. Dans les faits, cela se traduit par un tempo souvent calé au plus bas et des accélérations et autres énervements d’une ampleur limitée, même si Until et son côté stoner digital sonne assez frontale. Sache en tout cas que les thèmes de claviers te glaceront plus d’une fois le sang, et que la voix est plus maladive que jamais.

Dans le ressenti, on a de manière générale l’impression d’être face à un groupe plus résigné et nostalgique, témoin d’un monde qui ne va définitivement pas dans la bonne direction, et qui nous fait part de cet effondrement avec une certaine froideur. Pour te raconter tout ça, la musique très cinématographique du groupe se propose de suspendre le temps (Inanimatronic est superbe dans ce registre) et d’entraîner dans ton esprit un paquet d’images loin d’être charmantes, mais qui incitent au recul et à l’analyse. Malheureusement pour notre optimisme, plus l’album avance et plus la peinture se fait sombre, de telle sorte qu’on arrive à la fin de l’histoire en ayant abandonné presque tout espoir de lendemains plus lumineux. La seule gagnante dans tout cela reste la musique, et c’est déjà pas mal.

 


Loin de moi l’idée de penser que cet album surpasse son prédécesseur, mais il est certain qu’il dispose d’une aura vraiment attachante. On expliquera ça par le fait que ces six titres (si on ne compte pas les deux bonus digitaux pourtant très recommandables) forment un ensemble aussi cohérent que puissant, qui comblera aussi bien les amateurs déjà déclarés du groupe que les personnes attirées par les projets atypiques à l’identité fortement reconnaissable. J’en suis d’une certaine façon la preuve sur patte, n’étant que difficilement réceptif aux musiques synthétiques typées 80’s, et pourtant fidèle amateur de Pinkish Black, album après album, et ce pour sûrement encore un bon petit moment.

 

 

Artiste : Pinkish Black
Release : Concept Unification
Date de Sortie : 14/06/2019
Label : Relapse Records
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