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Voilà près d’un quart de siècle que Polly Jean « PJ » Harvey sort des disques. Plus fort : Voilà près d’un quart de siècle qu’elle sort des disques, au moins, sympas. Car elle n’a jamais sorti de mauvais album, Polly Jean. On pourra toujours accuser Stories From The City, Stories From The Sea de se complaire dans un certain populisme, on regrettera la cruelle inconstance de White Chalk, et on aura bien du mal à apprécier pleinement ses collaborations avec John Parish.

Une discographie avec des hauts et des bas, donc, mais sans accroc, sans vrai naveton, rien, niet. Une discographie très intéressante, avec ses mutations, ses partis-pris, ses défauts, ses qualités, et ses curiosités (l’intrigant Is This Desire?, l’increvable Henry Lee sur le Murder Ballads de Nick Cave & The Bad Seeds). Même sur son dernier disque, l’imparfait Let England Shake, la vieille fille du Dorset vaut encore toutes les Anna Calvi du monde, avec ce chant mature et âpre, ces compositions si fines.

Mais j’avais peur de The Hope Six Demolition Project, album ouvertement politique dont les deux premiers singles, The Community Of Hope et The Wheel, sonnaient très académiques. J’avais peur d’entendre un disque froid et moralisateur, un soi-disant « brulôt ». La première écoute suffit à être rassuré : Hope Six est un super disque. Evidemment, il y a une volonté de culpabilisation, dans ces descriptions assommantes de camps de réfugiés, dans l’évocation constante de personnes marquées par la guerre, dans ces paroles évoquant sans cesse les ruines du Kosovo, de l’Afghanistan, de l’Irak. Il y a sur ce disque des compositions relativement faibles, des facilités, des titres parfaitement anecdotiques (The Orange Monkey, The Wheel). Mais il y a surtout un son frais, des idées nouvelles, des compositions absolument remarquables.

The Hope Six Demolition Project est donc l’album le plus politique de PJ Harvey, mais il n’en oublie pas d’être un album. Car comme d’habitude, PJ Harvey rassemble son équipe, ses expendables. La brune est toujours accompagnée par Mick Harvey (quel plaisir de retrouver la voix chaleureuse de l’ex Bad Seeds…) et John Parish pour donner coeur à ses compositions, par le fidèle Flood pour produire le tout. On retrouve également le vétéran Jean-Marc Butty aux percussions et -surprise!- Alain Johannes aux grattes et aux choeurs. Ainsi, sois rassuré, rockeux exigeant, il y a toujours des chansons bien foutues, des tracks bien branlées, sur ce nouvel album.

Surtout, Hope Six sonne frais, sans pour autant constituer une véritable mutation. Si l’on est en terrain connu (murs de six-cordes en béton armé, chant maniéré et travaillé, refrains appuyés et mémorables), on est tout de même agréablement surpris par certains morceaux, assez éloignés de nos attentes à l’écoute d’un disque de PJ Harvey. Je pense à l’énorme The Ministry Of Defence, titre aux dimensions épiques, dont les choeurs et les cuivres appuient parfaitement un texte annoncant une nouvelle apocalypse (« This is how the world will end!« ). Je pense à Medicinals, terriblement rythmé et puissant. Je pense surtout au magnifique River Anacostia, et à ses faux airs de chant religieux. En général, l’album a une saveur très sérieuse, très premier degré, parfois carrément solennelle : les cuivres et les choeurs sont omniprésents, les paroles sont tantôt froides et descriptives, tantôt plus vagues, et les percussions sont plus martiales que jamais.

Finalement, Hope Six est très proche de Let England Shake. Mais ce qu’il perd, par rapport à son prédécesseur, en perfection, en polissage, il le gagne en personnalité, en fureur. C’est un disque de rock nerveux, un disque engagé, un disque comme l’anglaise n’en avait pas fait depuis nombre d’années. Osons : nous avons là le meilleur disque de PJ Harvey en plus de quinze ans. Chouette.