Pontiak façonne depuis une dizaine d’années des disques de rock psyché plutôt rudimentaires, plus ou moins abrasifs, tous intéressants. Mais avec ce 8ème album, il semblerait qu’on tienne quelque chose de franchement remarquable.

Et si le profil de ce groupe est relativement atypique (trois frangins nés à DC et vivant reclus dans des fermes du nord de la Virginie), les derniers développements de leur activité laissent rêveur : le groupe nous explique en effet que l’ouverture de leur propre brasserie en 2015 leur a permis de réévaluer leur processus créatif à travers le brassage de la bière. Franchement? Amen.

Voilà un contexte qui a autrement plus de gueule que celui d’un vulgaire disque post-dépression, ou d’une quelconque illumination religieuse. Ce n’est alors pas pour diminuer ses mérites, mais convenons ensemble qu’ainsi inscrit dans l’environnement bienfaiteur de la genèse de la bière, Dialectic of Ignorance ne pouvait être que l’éclatante réussite qu’il est.

N’empêche.

La discographie de Pontiak était jusque là de très bonne tenue, mais il nous a jusqu’ici semblé que le groupe était surtout capable d’écrire des chansons exceptionnelles, sans vraiment parvenir à tenir en haleine sur la durée d’un LP. Dès les premières écoutes, on sent que Dialectic of Ignorance change la donne, qualitativement comme stylistiquement. L’album est en effet canon de bout en bout – avec quand même un supplément de love pour la fantastique Ignorance Makes Me High, et big up au passage à la clique du Donald – et la base blues/folk rude et simple du trio, pour se concentrer sur une permanente et productive opposition entre tension électrique et rêverie psyché, riffs en lévitation à l’appui.

Le rendu final évoque évidemment toute la clique actuelle du rock psyché qui s’affaire à perfectionner l’écriture de chansons à la fois planantes, pop et lourdement fuzzées. Mais il évoque aussi beaucoup le Pink Floyd de Gilmour (c’est troublant sur la plupart des refrains noyés dans les claviers, et ça ne doit pas être tout à fait involontaire), ce qui ne devrait rien gâcher pour aider le disque à bénéficier du succès qu’il mérite.

Les 8 chansons du disque semblent en tout cas s’emboiter l’une dans l’autre dans la plus parfaite harmonie, pour former un tout extrêmement cohérent et enveloppant. On retrouve encore quelques réflexes heavy-doom dans les riffs des bien-nommées Herb Is My Next Door Neighbor, beau monstre de stoner psyché, et We’ve Fucked This Up, qui semble vouloir faire sortir le disque de ces rails avant d’éclore en un final épique et encore une fois très floydien. D’une manière générale, saluons également le travail du batteur, qui sait ça et là bien s’y prendre pour chahuter les passages apparemment léthargiques de quelques patterns bien sentis (Tomorrow is Forgetting)

Amateurs de Dead MeadowFöllakzoid ou Mars Red Sky, laissez vous donc tenter par ces trois bougres barbus et en particulier ce dernier disque, extrêmement bien écrit et d’ores et déjà le mètre-étalon des sorties rock psyché de l’année en cours.