La tête dans la machine à laver, en marche, forcément. Voilà l’expérience proposée depuis plus de vingt ans par l’entité Australienne qui répond au doux nom de Portal, et qui fait office de référence pour tout amateur de métal extrême depuis les monumentaux Outre et Swarth. Et encore, le terme extrême dans ce cas précis est poussé un peu plus à son paroxysme que dans l’habituelle dénomination. Et si Vexovoid (chroniqué dans ses pages quand elles s’appelaient encore SWQW) proposait une face un peu plus « accessible » et « directe » qu’à l’accoutumée, le quintet n’a jamais lâché l’affaire de proposer un voyage immersif au plus profond de l’horreur, là où l’emprise du Cthulhu est totale.

 

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Avec Ion, la machine à laver ressemble de plus en plus à un essaim d’abeilles venu punir Pharaon. Le parti pris sonore choisi par le groupe est en effet ici tout à fait identifiable, et apporte plus de tranchant et de clarté que précédemment, et ce principalement au niveau des guitares. Cette mue non négligeable semble rendre la musique du groupe plus folle qu’elle ne l’a jamais été, transformant par moment ce dernier en une espèce d’Arab On Radar black metal, ce qui donne quelque chose, vous pouvez vous l’imaginer, de fondamentalement non linéaire.

L’écoute de cet album, et c’est sa force, est une réelle quête pouvant être abordée sous plusieurs facettes. La courageuse personne avide de compréhension, à la recherche de structures identifiables ou de patterns à mémoriser, se verra confier une tâche des plus ardues conférant à l’album une durée de vie quasi-infinie. L’autre personne, moi (pour donner un exemple concret), prendra ces neuf titres en intraveineuse directe, évoluant minute après minute parallèlement aux tangages du navire, avec une curiosité jamais comblée. Entre les deux, de divers et variés profils d’auditeurs trouveront leur compte dans ce labyrinthe effrayant, ou s’ennuieront ferme, au choix. Mais on arrive rarement par hasard à la musique de Portal, et on a de ce fait toujours son compte à y trouver quelque part. Et si on a pu pointer précédemment quelques évolutions dans l’esthétique globale, le résultat est lui, telle cette voix toujours aussi enveloppante et énigmatique, éternellement oppressant et puissant.

 

 

On pourra peut être se demander si la bête ne tourne pas un peu en rond, ayant par exemple du mal à se dépêtrer de son opacité qui lui colle tant à la peau. Cela reviendrait quand même à faire un peu la fine bouche, tant la musique de Portal reste reconnaissable entre toutes, et tant elle s’amuse à échapper à toute norme de bonne conduite et de bienséance. On ne peut alors pas en demander beaucoup plus, et seul le temps permettra de juger de l’utilité de cette nouvelle pierre portée à l’édifice, quand bien même la question de l’utilité se poserait-elle. Ce qui importe au final, c’est que l’ombre de Portal plane toujours au dessus de nous, et qu’elle sera toujours à portée de main de ses amateurs, bien qu’elle se plaise à les traîner dans la boue avec véhémence, que cela soit par ses charges les plus brutales, ou par ses ambiances les plus lugubres.

 

Artiste : Portal
Release : Ion
Date de Sortie : 26/01/2018
Labels : Profound Lore Records
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