Primus n’a jamais vraiment disparu, mais ses apparitions se sont sérieusement espacées depuis 17 ans et la fin de sa première partie de carrière.

A l’issue de la tournée Antipop en 2000, le groupe se mettait en pause puis ne se manifestait qu’épisodiquement (DVD, EP, tournées US) au cours des 00’s, jusqu’à la sortie de Green Naugahyde en 2011 et le retour des tournées mondiales. Album flamboyant, coloré et plein de hooks, enregistré avec leur batteur originel Jay Lane, et présenté à tort comme un disque de reformation : en dehors de quelques permutations de batteurs, le groupe ne s’est jamais officiellement dissous.

Joie, donc, d’autant que le jeu funky de Jay Lane se prêtait admirablement bien à ces compositions joueuses. Mais la valse des batteurs de reprendre : Lane a depuis à nouveau quitté le navire, permettant le retour cette fois pérenne du monstre Tim Alexander, batteur emblématique du groupe (1989-1995, la période des albums les plus fabuleux). On a quand même pris peur en 2014, suite à un album bancal (Primus & the Chocolate Factory with the Fungi Ensemble, soit la réinterprétation façon Primus de la B.O. du Willy Wonka & the Chocolate Factory de 1971) et à une crise cardiaque d’Alexander (dont il s’est remis sans séquelles) ; la seconde vie de Primus, groupe de quinquagénaires, n’est pas aussi fluide et féconde que la première.

N’en reste pas moins qu’en cette rentrée 2017, Primus revient avec un vrai nouvel album, The Desaturating Seven. Et après
un second run ayant mené à l’enregistrement du fabuleux EP Animals Should Not Try To Act Like People en 2003, c’est bien Tim Alexander qui tient à nouveau les baguettes sur The Desaturating Seven, présenté à tort (encore!) comme le premier enregistrement du groupe avec lui depuis Tales From The Punchbowl (1995). C’est oublier ce petit EP de 2003 – sûrement passé sous silence pour sa qualité de format court, mais aussi parce qu’il ne s’est vendu qu’en accompagnement d’un DVD live (lui-même fantastique).

C’est pourtant de cet EP dont The Desaturating Seven se rapproche le plus : peu de titres (5 pour l’EP, contre 5 + 2 interludes pour TDS) mais des longs (jusqu’à 8’20 sur TDS), une atmosphère volontairement étrange et enveloppante assurant une certaine homogénéité malgré la variété des compositions, et de sévères montées de métal psychédélique évoquant Tool (rien que ça). Assumant totalement ses accointances avec le milieu prog/jam-rock US, Primus se lâche même sur une pochette manifestement torchée une demi-heure sur un générateur d’artwork pour bootlegs de King Crimson (cette police dégueulasse mérite quand même quelques phalanges en moins) et annonce bien tranquillement un « concept-album » (en l’occurrence, la mise en musique d’un livre pour enfant italien, que Claypool lisait à ses enfants et dont l’utilisation des couleurs l’aurait inspiré – bon, soit).

Alors, tout roule, non?

Pas complètement. The Desaturating Seven compte quelques moments absolument fabuleux, comme à chaque intervention de Primus. L’ensemble est un peu hermétique au début, puis le savoir-faire de Primus opère rapidement, avec cet habituel mélange de maestria instrumentale et d’étrangeté au service des envies croissantes de story-telling de Claypool. Et puis, pour se mettre dans le bain, il y a le génial petit single The Seven, catchy comme pas possible. Mais le compte n’y est pas : à la fin de ces 34mn, il manque quand même quelque chose. Trop peu de compositions, des idées pas assez développées et un manque global de matière première. Comme si le groupe avait sorti cet album avant qu’il ne soit réellement terminé.

C’est dommage, mais on apprécie déjà que le niveau de qualité reste aussi haut (rien à jeter sur ce disque, c’est le paradoxe de la relative déception) ; et en attendant sagement la suite, on se félicite du prestige intact que conserve Primus 30 ans après ses débuts. D’autant qu’on avait l’an dernier eu droit à un gros morceau de musique pour le coup pas avare en idées, qui avait déjà bien comblé notre fringale en Claypool (The Claypool Lennon Delirium, souviens-toi). Va donc te repaître par-là si t’en as pas assez avec The Desaturating Seven, et s’il avait échappé à ton radar, jette-toi sur le complément idéal à ce nouvel album qu’est l’EP Animal Should Not Try To Act Like People.