Protomartyr, quatrième : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie.

Cas épineux et particulier que celui des ricains de Protomartyr. Je me souviens de l’engouement un peu surprenant pour leur second album, Under Color Of Official Right, en 2014. Alors bien sûr, dans cette collection de courtes chansons, on pouvait bien entendre quelques choses sympatoches, mais franchement, l’ensemble était remarquablement barbant et on avait bien du mal à en tirer quelque chose du plus ou moins stylé. Bien plus convaincant était cependant The Agent Intellect, l’album sorti l’année suivante : là, pour le coup, on s’ennuyait beaucoup moins sur l’album, clairement mieux construit, mieux composé, et même, à l’occasion, vraiment bien branlé : ce « Why Does It Shake », notamment, m’en fout toujours autant dans la gueule, écoutes après écoutes.

Franchement, j’attendais légèrement cet album de Protomartyr. Loin de moi l’idée de me retrouver face à l’album le plus dément de l’année, mais après le très réussi The Agent Intellect, j’avais bon espoir d’avoir sous la main un bon gros paté post-punk bien fendart. Douche tiède dès la première écote : si il continue, à raison, de lorgner vers des morceaux plus espacés et moins bourrins, vers des territoires coincés entre Pere Ubu et The Fall (analogie encore accentuée par la voix et le look de Joe Casey, qui lorgne plus que jamais vers un joli erzatz de Mark E. Smith).

Mais que cet album semble peu inspiré. Non pas qu’on souhaite attendre de Protomartyr autre chose qu’une série de morceaux de post-punks parfois un peu monochromes, mais ou sont passées les envolées de grattes, les paternes de batterie qui tapent, les structures excentriques et surprenantes? On retrouve bien quelques morceaux jouant bien sur la tension, « Windsor Hum » et l’ouverture en tête, mais en général, l’album contient bien peu de morceaux mémorables. Et il y a bien quelques nouveautés, à commencer par des cordes dans « The Chuckler » notamment.

Peut-être est-ce un problème de production : effectivement, il y a un véritable manque de relief dans la façon dont tout cela sonne, en particulier dans la basse, pourtant plutôt efficace chez ces messieurs. Mais la raison est sans doute tout simplement un manque flagrant d’audae, de puissance. Protomartyr échoue de nouveau à créer des morceaux véritablement marquants, restant dans la moyenne basse de tous ces groupes post-punks si friands de récitations. Protomartyr? Descente de croix.