Soyons d’emblée clairs l’un envers l’autre, cette chronique et le disque dont elle fait l’objet sont uniquement destinés aux amateurs d’une violence déstructurée et épileptique ayant pour but principal de te fendre le crâne en deux. Et maintenant que nous sommes entre adultes consentants, parlons peu parlons bien : ce troisième album de Pyrrhon comblera un bon petit moment ta quête des extrêmes tout en ne proposant pas qu’une simple suite de riffs plus compliqués les uns que les autres.

Mais reculons déjà de trois ans en arrière. Pyrrhon sort alors The Mother Of Virtues sur Relapse et semble par là surfer un petit peu sur le filon  perpétré par Ulcerate (et donc Gorguts depuis plus longtemps et chez une autre crêmerie). L’album est une réussite qui parle aux plus courageux d’entre nous mais ne fait pas aussi bien son petit bonhomme de chemin que les sorties des néo-zélandais déjà mentionnés. Est-ce pour cette raison que le groupe entame avec ce What Passes For Survival une petite mue plus hardcore qu’auparavant pour un résultat parfois pas si éloigné des premiers Dillinger Escape Plan voire de Gaza et qui sort avec justesse chez Throatruiner ? Vu les gaziers, c’était surement plutôt une question d’envie, et on ne peut que les féliciter pour l’opération tant le groupe, bien que produit (excellemment) par Colin Marston (Krallice, Dysrythmia, Behold… The Arctopus, Gorguts..), gagne en puissance en sonnant moins death metal qu’auparavant.

 

Fruit de tout ça, le bébé pèse au final neuf titres pour plus de quarante cinq minutes qui vont souvent très vite et partent dans tous les sens mais pensent quand même à respecter le quota de breaks jazz-core plus lents et tout aussi tordus que les pointes de vitesse. Rien n’est fait pour ménager l’auditeur, mais l’ensemble est assez cohérent pour que celui-ci l’écoute d’une traite en acceptant de se faire balader aux quatre coins du tunnel avec véhémence. Forcément, la technique pour réaliser ce genre de tour de passe-passe est irréprochable, mais on apprécie par dessus tout l’énergie déployée et l’absence de compromis qui mènent à un objet malsain parfois fascinant (comme peut l’être Primitive Man dans ses grands moments, et dans un autre genre). Nous ne sommes pas là pour rigoler, et c’est très bien comme ça.

En tout cas, et si on peut toujours effectuer quelques parallèles avec Ulcerate, en particulier sur le début de l’excellente clôture Empty Tenement Spirit  (sans que ça ne desserve, après tout on rechigne rarement devant un malaxage de neurones de qualité), Pyrrhon se pose avec cet album comme un groupe possédant désormais son propre discours bien reconnaissable. Et autant dire qu’il plaira au moins aux amateurs du genre, les autres ayant torts de toute façon. Reste plus qu’à espérer que ces quatre New-Yorkais traversent rapidement l’Atlantique pour nous montrer de quoi ils sont vraiment capables.

Artiste : Pyrrhon
Release : What Passes For Survival
Date de Sortie : 11/08/2017
Labels : Throatruiner records
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