Queens Of The Stone Age. On pose le nom, déjà, bam. QOTSA, ça évoque déjà tout un imaginaire, des riffs qui tabassent, un songwriting plutôt carré, des compositions qui rappellent autant son ancêtre génétique Kyuss que son ancêtre symbolique Black Sabbath. Un groupe qui revendique et s’approprie, à sa façon, une multitude d’influences rocks. Une infinité de chansons absolument terribles, composées par un des guitaristes les plus talentueux des 20 dernières années, Josh Homme, en compagnie de pures pointures (Ce groupe a acceuilli Mark Lanegan, Dave Grohl et Nick Oliveri, bordel). Et surtout, QOTSA, c’est les très sous-estimés Lullabies To Paralyze et Rated R, mais c’est aussi et surtout Songs For The Deaf, la légende, l’album culte qui mérite largement sa réputation et plus encore. QOTSA sent la bière tiède, la sueur et les riffs terribles, et osons : c’est un des derniers groupes de rock, dans tout ce que le terme a de détestable, et c’est paradoxalement une très bonne chose.

C’était.

 

Car le Queens Of The Stone Age du passé, celui qui sortait des tueries phénoménales comme « Someone’s In The Wolf », « Better Live Through Chemistry », il a disparu. Il était déjà mal en point sur …Like Clockwork, un album qui passe souvent à deux doigts du désastre mais que j’aime profondément. J’ai découvert le groupe avec cet album, déjà (j’assume), mais surtout, ces paroles résolument touchantes et la production absolument mortelle de l’album font qu’il a encore une place dans mon cœur. Mais quatre ans après le Clockwork, que reste-t-il de Queens Of The Stone Age? Pas grand chose.

Le nouveau Queens Of The Stone Age, au sein duquel on croise les musiciens les plus frelatés du rock américain à moitié mainstream (des mecs de Gone Is Gone, de Mini Mansions, ce genre d’horreurs), est un groupe absolument méconnaissable. Monstrueux, difforme, une machine a fabriquer des tubes, un gros pavé balancé dans la gueule du mec qui écoute Ouï FM dans sa caisse, entre le dernier Jack White et un truc à la Arctic Monkeys. Ouais, ce nouvel album est de très, très loin, l’album le plus produit et maximaliste de Queens Of The Stone Age. C’est peut-être même leur album le plus arrangé, mais c’est carrément gênant de dire ça, parce que ce n’est, ici, pas du tout une bonne chose. Villains est juste un album de pop rock sans intérêt, globalement irritant et franchement médiocre.

Ce désastre, il peut s’expliquer en partie par la présence de Mark Ronson à la prod, (tu sais, celui qui a fait le tube de l’été bien gavant de l’été dernier?). Alors ouais, le tout sonne comme du rock garage avec une production funky ultra 80’s, les guitares sonnent de façon absolument dégueulasse (un son synthétique et insupportable, surtout sur le single « The Way You Used To Do », une des plus grosses purges que QOTSA ait jamais sorties), et le chant de Josh Homme, dont on a pourtant appris à aimer la voix à la limite de la cassure, est constamment flingué par une chiée d’effets agaçants. Mais finalement, la faiblesse de cet album, elle s’explique aussi et surtout, je pense, par quelque chose d’encore plus simple : il est juste blindé de mauvais morceaux.

« Millionaire », enfin, « You Think I Ain’t Worth A Dollar, But I Feel Like A Millionaire ». Bam. T’entends? La basse qui en fout plein la gueule, le riff absolument phénoménal, la batterie qui pulse, le chant crade. Et ça marche. Les paroles sont super connes et Nick Oliveri ne sait globalement pas chanter, mais on s’en fout de ça, c’est un putain de morceau extraordinaire. A la place, on a quoi sur Villains? « Hideway », le refrain super nul, les synthés dégueulasses, la guitare complétement passe-partout, et surtout un morceau globalement terriblement mou et ennuyeux. « Head Like A Haunted House » et ses choeurs qui semblent sortir tout droit du dernier Arcade Fire (ça, c’est de mauvaise foi, oui). Il n’y a pas un seul refrain franchement mémorable sur l’album, pas de riffs vraiment prenants, pas de morceaux ou tu bouges ta tête comme un con. Rien que 9 chansons absolument irritantes.

Et pourtant, je te jure que de temps en temps, j’essayais d’y croire. On croise parfois des trucs relativement sympas sur l’album, comme l’intro de « Fortress » qui aurait largement trouvé sa place sur Lullabies To Paralyze, ou « The Evil Has Landed », peut-être le seul morceau vraiment potable de l’album, et dont le final est quand même plutôt stylé, avec ce riff bien bourrin. J’ai même cru, sur le dernier morceau, « Villains Of Circusmtance », que cet album contenait une authentique perle, un vrai putain de morceau – avant de me prendre une grosse douche froide avec ce refrain immonde, calibré pour les stades, à coups de guitare boostée et de chant aigu qui balance du « close your eyes » et du « forever mine and i’ll be forever yours ».

Tout ce que je t’ai dit, remarque, ça se résume en un coup d’oeil à la pochette de l’album. Les pochettes de QOTSA sont variées et incomparables, mais cette pochette a vraiment quelque chose de détestable. Cette pochette se situe parfaitement dans la lignée de la promo de l’album, elle dégage tellement d’auto-suffisance, toute cette image de groupe de rock’n’roll du XXIème siècle, cette complaisance tout confort dans une posture absolument détestable. C’est aussi l’image d’un groupe réduit à son leader, à un personnage qui surjoue plus que jamais son image de Elvis roux aux solos ravageurs. Josh Homme est finalement devenu tout ce qu’on pouvait craindre et tout ce qu’il détestait : un musicien coincé entre le premier et le second degré, essayant tellement de paraître rock, de sonner rock, qu’il en oublie de composer de bons morceaux.