Plus le temps passe, plus je suis difficile en post-punk. Je le ressens d’autant plus que quand j’ai commencé à écrire des chroniques, il y a maintenant près de 5 ans, j’avais tendance à beaucoup plus m’intéresser aux sorties post-punk / new wave, alors que ces dernières années, à part le dernier The Soft Moon et le dernier Total Victory, j’ai du mal à me souvenir immédiatement de sorties post-punk qui m’ont véritablement frappées. Je pourrais limite citer Frustration, formation avec laquelle j’avais beaucoup de mal et qui commence à m’attirer de plus en plus. Et pourtant, en me lançant dans les sorties de fin 2018 que j’ai un peu laissées de coté, je suis tombé sur Superior State, le premier album des franquais de Rendez Vous, qui correspondent sans doute à la définition la plus évidente du post-punk, et qui me plaît terriblement.

 

 

Pour être honnête, leur musique est peut-être un tout petit peu plus spécifique que ça : si ils jouent bel et bien dans l’héritage des musiques les plus emblématiques des années 80, on est, plus précisément, dans le domaine le plus darkwave / EBM du post-punk, avec une production pleine d’écho, des chansons crasseuses bien énervées, et une emphase sur un chant grave. Et à première vue, on peut être assez sceptique face à la musique de Rendez Vous, qui semble simplement ressasser des clichés entendus mille fois avec un son daté, d’autant plus que l’album, nerveux, est assez costaud à écouter.

Et malgré ça, Superior State est un album plus que recommandable et dont on ressort en furie. Bien sûr, il faut passer outre ce son un peu cliché et des morceaux en apparence relativement simples : Rendez Vous n’est clairement pas là pour réinventer la poudre, le groupe est plutôt là pour foutre Paris sous les bombes. C’est bien la furie, l’urgence, la tension qui se dégagent de ce Superior State, avec ces morceaux qui vont à 100 à l’heure et dont on arrive quand même à dégager quelques sacrées perles. Car si l’album est clairement fait d’un seul tenant et qu’on a du mal à faire ressortir des morceaux en particulier, j’ai quand même un sacré faible pour le tube immédiat “Sentimental Animal”, et surtout pour le morceau “Last Stop”, où Rendez Vous baisse le tempo pour encore plus rappeler ses proximités soniques avec la coldwave à la The Cure.

 

 

Pour le reste, il faut imaginer un mélange de la folie furieuse des premiers albums de Iceage (que je n’aime pas particulièrement, mais je tiens à préciser qu’on est ici clairement un cran au dessus de la musique des danois…), la scène post-punk française des années 80 et le son sombre du Deeper de The Soft Moon. Des références plutôt propres, donc ! Bref, plus axé guitares et moins accès synthés que les précédentes sorties du groupe (surtout l’excellent EP Distance), ce Superior State est peut être une des sorties les plus intéressantes qu’ai proposé le post-punk franquais depuis un bon bout de temps, et une des plus grosses surprises de l’année dernière de mon côté.