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Comity, As We Draw, Celeste, j’en passe et des plus mauvais : la France continue depuis plus de dix ans de voir les rangs de ses armées post hardcore / hardcore chaotique grandir avec un rapport qualité / quantité proche de zéro. Il était donc bien temps pour les Parisiens de Revok, quatre ans après l’excellent Grief Is My New Moniker, de fournir la piqure de rappel du bon goût, piqure que l’on n’oubliera pas de si tôt.

La force du quintet français réside dans son identité, à la croisée de ces influences potentiellement étouffantes que représentent le hardcore chaotique de Will Haven ou Breach, le noise rock alambiqué de Dazzling Killmen, ou la noirceur dérangée d’un Terra Tenebrosa. Un pied dans tout ça, l’autre dans son univers, cela fait bien longtemps que l’on ne devrait pour autant plus comparer Revok à tout cela et les juger (ou tout simplement les apprécier) sur l’expression propre de leurs intentions. Chose facile avec ce Bunt Auf Grau qui reprend nos angoisses où les avait laissé le chapitre précédent, développant son discours au gré de neuf morceaux évoquant les précipices de noirceur dans lequel peut se complaire ou se perdre l’être humain, et les sursauts qui permettent d’en sortir.

En suivant cette idée, la musique de Revok s’écoute comme elle pourrait se lire et le groupe sait habilement faire durer le suspens et changer de ton, s’attachant à travailler son oeuvre dans la profondeur et la durée, utilisant pour cela des gimmicks et chemins qu’il connaît désormais sur le bout des doigts, sans pour autant lasser. Les trois premiers morceaux du disque constituent à ce jeu une parfaite entrée en matière, entre tension et relâchement, colère et pardon. Je pourrais d’ailleurs dire la même chose de tout le disque, bien que le frontal Dear Worker m’ait laissé dans l’incompréhension, comme si le groupe s’essayait un masque qui ne lui correspondait pas. Mais le labyrinthe de la conscience possède ses impasses qui permettent de mieux rebondir, et Revok de nous offir une fin de disque mémorable via un crescendo s’étalant de morceaux en morceaux en direction d’une folie puissante, véritable catharsis pour l’auditeur.

Vous l’aurez compris, les compositions révélées par ce Bunt Auf Grau sont vraiment maîtrisées et atteignent un niveau d’exécution proche de la perfection, des coups de maîtres s’étant glissé dans l’ensemble des morceaux. On pourra être un peu moins convaincu par la production, un peu mangée par les cymbales et parfois trop boueuse, même si l’arrivée de la version vinyle pourrait faire s’estomper ces doutes. Cette descente proposée par Revok reste dans tous les cas au moins au niveau (si ce n’est au-dessus, suis-je tenté de dire à chaud) de celle décrite par un précédent album qui faissait déjà preuve de qualités rares. On ne peut donc que saluer ce diptyque qui arrive à exprimer d’oppressantes et nihilistes atmosphères tout en provoquant un bonheur certain à l’écoute d’une musique aussi libre et personelle. Que les autres en prennent de la graine.

 

Artiste : Revok
Release : Bunt Auf Grau
Date de Sortie : 31/01/2015
Label : Music Fear Satan
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