GVAC entame la saison des pluies avec un album-concept sur l’Angleterre médiévale. Pas déconnant, si?

Richard Dawson, qui fait de la musique depuis maintenant une dizaine d’années sous divers pseudonymes et de façon plus ou moins confidentielle, n’a jamais été aussi célébré qu’avec ce Peasant. Si on pouvait déjà se douter de ses talents de songwriter depuis ses premiers disques et de la véritable singularité de sa musique avec le très bruitiste Nothing Important sorti en 2014, Peasant est son premier album qui lie véritablement son écriture charnue à son goût pour les instrumentations alambiquées et crades. Pour autant, c’est aussi son album le plus massif dans le sens ou les chansons sont plus arrangées que jamais et qu’on y trouve parfois une profusion d’instruments, surtout dans la première partie de l’album, et plus particulièrement dans le « tube » du disque, « Ogre », et son final ultra-prenant.

Si il y a une image que beaucoup de gens associent à Richard Dawson, et en particulier avec son dernier-né Peasant, c’est l’image d’un troubadour aux compositions résolument ancrées dans une ambiance d’un autre âge. C’est en grande partie faux. Oui, Peasant est un album-concept sur l’Angleterre médiévale d’avant l’an mil, concept très curieux et très étonnant, d’autant plus que l’album est extrêmement cohérent et complet, et que jamais Dawson ne s’éloigne vraiment de son histoire, y ajoutant même clairement une empreinte contemporaine (même si je reste un peu circonspect face à deux qui y voient une sorte d’album post-Brexit). Mais surtout, le Dawson, de son propre aveu, refuse complètement cette image un peu ridicule de folkeux passéiste. Si Peasant peut parfois s’apparenter à un album de musiques folk ou de musique « traditionnelle », il s’agit avant tout d’une oeuvre profondément personnelle et singulière, face à laquelle l’étiquette « folk » est à la fois réductrice et insuffisante.

Dans l’ensemble, ce Peasant est un disque qui demande du temps et de l’investissement, et qui peut même parfois irriter : parfois, lorsque sa voix fausse et cassée (comparée, entre autres et pour des raisons très différentes, à Mike Patton ou même Captain Beefheart) se mêle à son jeu de guitare complétement cramé, c’est dur de ne pas y voir quelque chose de résolument faux, résolument grotesque. Mais dans l’ensemble, il y a vraiment de quoi être charmé par ce songwriting très singulier (vraiment : il existe peu de chansons comme « Beggar » ou « Prostitute »), entre couplets cassés, ponts innatendus et refrains mémorables. Disons-le pourtant, on préferera largement les morceaux ou il est accompagné par rapport aux ballades solitaires, nettement moins prenantes, avec en tête la fascinante et (excusez le terme) épique « Scientist », qui contient probablement ce qu’il y a de meilleur dans l’album : un rythme prenant, un texte superbe, des choeurs pétés et une guitare bien crade.

Parlons peu, parlons bien : Peasant est un album très contrasté (voir, mais ce serait un peu immérité, inégal), et face auquel je me sens encore largement démuni. Pour autant, il s’agit aussi et surtout d’un album à la fois accessible et peu conventionnel, résolument folk et en même temps totalement éloigné de ce à quoi on peut s’attendre avec une telle étiquette. Encensé par la presse musicale anglo-saxonne (et en particulier par les britanniques du très recommandable webzine The Quietus) comme un des meilleurs disques de ce début d’année, il s’agit surtout d’un des albums les plus curieux que j’ai écouté en 2017.