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Right Hand Left Hand a sorti un premier album, Power Grab, en 2011. Il n’était pas mauvais. Il était même pas mal. Mais rien ne préparait à un second album d’une telle intensité, d’une telle puissance sonore, d’une telle maîtrise. Right Hand Left Hand, c’est l’histoire d’un duo génial qui n’aura jamais le succès qu’il mérite. Explications.

Dès sa configuration, Right Hand Left Hand interpelle : deux guitaristes/batteurs usant de pédales de loops, de synthétiseurs, de boites à rythme à l’occasion. Une musique spontanée, essentiellement instrumentale, des influences math/noise revendiquées. Rien d’incroyable? Non, c’est sûr, mais voilà quelque chose de frais, nom de Dieu. Après un premier disque, Power Grab, en 2011, se fait une petite réputation sur les scènes de Cardiff, ou leur rock fiévreux et rythmé fait le plaisir des locaux. 5 ans et des dizaines de concerts en première partie de Super Furry Animals ou encore Future of the Left, les britanniques envoient un second album monumental, en apparence remarquablement lisse et pourtant complexe. Le NME n’en parlera pas, Pitchfork n’en parlera pas, mais t’inquiètes, on est là pour te filer les clés du paradis indé. Donner sans recevoir, quel plaisir.

Ce nouveau disque self-titled (avant que tu râles, sache que le français n’a malheureusement pas d’équivalent avec le terme, et que « album éponyme », c’est un non-sens) dure 48 minutes environ. Il comprend 11 compositions remarquables, évoquant au choix une version pop de The Edmund Fitzgerald ou We Insist!, ou alors la tranche la plus bandante du post-rock, avec des rythmiques toutes pétées, des sons venus d’ailleurs et des guitares tranchantes. Une comparaison évidente serait à faire avec les californiens de El Ten Eleven, mais là ou ces derniers s’acharnent à répéter la même chose (avec un talent certain, je l’avoue) depuis plus de dix ans, Right Hand Left Hand s’amuse et varie les plaisirs, en t’offrant de l’atmosphérique comme de la mandale.

Et la mandale, Dieu qu’elle fait mal. Je pense surtout à « Jack Churchill », qui prend un temps fou avant de voir débarquer un riff incroyablement bandant, mais aussi au méga-pop « Cliff Young Shuffle », ou une guitare acoustique tout à fait inattendue s’invite, formant une mélodie chaleureuse et diablement coolos, qui s’embarque sur un pont groovy pour aussitôt repartir sur un final incroyablement mélodieux. Pourtant, on a aussi droit à des tracks bien plus inquiétantes, tel le glaçant « Nightmares In The Afternoon », un des rares morceaux chantés, qui transpire la tension et l’urgence.

Ce qui ressort de l’ensemble, c’est surtout un sens mélodique évident et une volonté de toujours rester sur la brèche, chaque track semblant être sur le point de partir dans un énorme bordel. Mais Andrew Plain et Rhodri Viney s’efforcent, pendant 48 minutes, de faire tenir des compositions maousses en à peine 5 minutes, à la seul force de leur sacros-saintes pédales de loop. Faites du bruit, pas la guerre.