Okay, à première vue (une sortie chez Throatruiner Records, des jeux de mots dans les titres, des photos de presse bien darkos), tu pourrais voir en SATAN une bande d’arrivistes arty qui sont là parce que la violence en mode black metal ça fait stylé en 2017. Pour une fois, tu te trompes de cible, tant les quatre grenoblois qui nous préoccupent aujourd’hui traînent depuis un bon paquet d’années leur bosse dans des coins que même ton chien n’oserait pas fréquenter, et se bougent le derche pour faire vivre des valeurs et des formes d’art trop peu souvent mises en avant. Tu veux du factuel ? Le bassiste est le boss du label plus true grind tu meurs Witch Bukkake Records, le batteur a officié dans les excellents Picore et le chanteur dessine des Bds sous le nom de Riton La Mort avec des sorties chez l’excellent « éditeur » Le Dernier Cri. Des mecs validés en somme, et qui pour Un Deuil Indien se sont juste donnés les moyens (cette fameuse sortie chez Throatruiner donc, mais aussi une production signée Steve Austin (Today Is The Day)) de propager leur bonne parole avec un porte voix un peu plus costaud qu’à l’accoutumée.

Mis à part ces petits détails, le nouvel opus des grenoblois reprend plus ou moins les choses là où L’odeur du Sang les avaient laissées en 2015. On retrouve donc toujours ces riffs punks efficaces agrémentés d’harmonies black metal qui naviguent tantôt sur des mid-tempos frondeurs, tantôt sur des cavalcades grindcore destructrices. On notera ceci dit que le groupe a encore élevé son niveau de composition, frappant juste à chaque fois et accouchant dans la douleur d’un bon paquet de « tubes » imparables (Vidé De ToutOlympia Pleure, Totale Eclipse) dont les litanies proférées fascinent par leur capacité à rester dans le crâne.

Pour enrober (même si le terme est ici loin d’être approprié) ces dix compositions tant réussies, SATAN a eu la bonne idée de garder un son personnel, un peu lo-fi mais très distinct, et de ne pas céder aux sirènes du gros son formaté par des kilotonnes de HM-2. Par ce parti pris, le groupe réussit une nouvelle fois à faire transpirer son originalité dans sa capacité à mélanger caractéristiques punk (le son, la démarche) et métal (les harmonies, les beats, les textes). Quand tu les écoutes ça a l’air simple, mais dans les faits le mélange est loin d’être évident et a rarement été abordé de cette façon.

Dix titres, dix sept minutes, voilà ce que te propose Un Deuil Indien. A prendre ou à laisser. Nous on prend plutôt deux fois qu’une, en espérant qu’il ne faille encore une fois attendre que deux ans pour connaître la suite des aventures de ce groupe pas comme les autres. D’ici là on ira se prendre leur noirceur en pleine figure sur scène, d’autant que le groupe partagera en avril la route avec Sordide, autre groupe passionant de la scène black française garantie 100% sans fachos. Car ça aussi c’est important par les temps qui courent, et rare qui plus est.

Artiste : SATAN
Release : Un Deuil Indien
Date de Sortie : 17/02/2017
Labels : Throatruiner Records, Witch Bukkake Records, Deaf Death Husky
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