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Spectres est un groupe de Bristol qui se présente en trois mots : « We Are Loud ». La formule du groupe est, à partir de cette expression, facile à deviner : un rock méchant, lourd, qui vient des tripes et qui n’hésite pas à cracher dans les baffles pour te faire remuer le corps entier, des couilles au cœur en passant par la tête. Mais Spectres parvient surtout, chose rare dans le noise-rock au sens large, à imposer une certaine singularité.

Le prodige peut être expliqué simplement, mais de façon insupportable. Soyons donc brefs : Spectres ne fait pas seulement du bruit, il développe du bruit. La musique de Spectres est faite de nappes qui se superposent, avec un larsen sans fin qui recouvre la totalité de leurs titres, avec de la réverb’ un peu partout. Bref, lâchons le mot : le groupe mâtine son bruit d’une bonne couche de shoegaze. Mais rassure-toi, pas le Shoegaze populeux de Ride, pas les gros délires acides de Spiritualized : ici c’est le shoegaze le plus massif et violent qui est invoqué, celui de The Jesus & Mary Chain, de son chant abstrait à ses compositions allumées. Bref, du Shoegaze comme il n’y en a pas eu depuis quelques décennies.

Concernant la bête, elle est sortie l’année dernière sur Sonic Cathedral (qui, pour te donner une idée du gang, a sorti il y a peu un album live de Disappears), et si elle est imparfaite, elle représente tout de même l’un des albums les plus frais et originaux du cru noise-rock 2015. Les six-cordes gavées d’effets n’hésitent pas à cracher encore et encore, même si le groupe sait gérer quelques morceaux plus lents, où le son mutant des grattes se veut plus posé, mais surtout plus lourd encore, plus massif. C’est à cette catégorie qu’appartient Blood In The Cups, dont le rythme décadent, lancinant, fait remuer mon petit cœur.

L’album est cependant beaucoup trop homogène, et l’ennui s’invite un peu trop souvent à la partie. On pourra imputer cela à une production sans relief, à une écriture très classique sans pour autant être très classieuse (à l’exception de la grosse claque The Sky Of All Places), mais surtout à une musique forcément épuisante, car tellement ancrée dans ses gimmicks qu’elle y semble accrochée, à l’image de l’interminable conclusion « Sea Of Trees » qui s’étend sur 9 minutes et qui épuise très rapidement. Il faut donc le dire, à l’occasion, sur ce disque sans doute trop long, on s’emmerde.

Et pourtant, avec ses compositions massives et puissantes, son unité sonore pétée et son ambiance anxiogène et étouffante, le disque reste tout à fait honorable, donnant en tout cas des envies de manque. Aussi, lorsqu’un second disque débarquera, nous serons à l’avant-garde, prêts à s’en foutre plein la tronche et à noyer nos songes dans le plus beau des bruit blancs.