On a tout juste repris qu’on se remet à procrastiner. Que voulez-vous, la vie est pleine de surprises et d’occasions de ne rien branler, mais il est plus que temps de réécrire des trucs et des machins. Et si peu d’albums sortis dernièrement ont réellement retenu mon attention (ça arrive, patience), ce serait dommage de ne pas évoquer l’excellent nouvel album de Stuart Staples, voix des éternels Tindersticks, sorti au début de l’été.

Car ce disque sorti il y a maintenant une saison se révèle, à ma surprise, bien plus intéressant et surprenant que ce que pourrait augurer un album de Stuart Staples. Loin des envolées chamber pop de Tindersticks, même de leurs bandes originales expérimentales et électroniques, Arrhythmia est un album très singulier. Composé de trois titres s’étendant sur quatre à dix minutes et d’une longue pièce instrumentale d’une demi-heure, c’est un disque excitant, soigné, impressionnant, et surtout d’un perfectionnisme terriblement plaisant. Un album encore plus étonnant quand on se souvient que le premier disque du britannique à la silhouette atypique était un album de rock ma foi relativement conventionnel.

 

 

Je ne sais presque rien de la création de l’album, mais je peux aisément imaginer que Staples l’a créé dans son studio français, coincé au fond de la creuse (personne n’est parfait). On y reconnait, de temps en temps, le son feutré et carré des Tindersticks, mais les trois premiers morceaux de l’album dégagent surtout une indépendance créative, une expérimentation douce, entre les claviers mouvants et les boites à rythmes chaudes, en passant par une production précise. Surtout, la voix de Staples n’a toujours pas subi les ravages du temps, et son timbre chaud habille magnifiquement les compositions de l’album. Plus que jamais, il se met en scène comme un crooner désabusé, notamment dans ce « Memories of Love » curieusement lounge.

Quand à la seconde partie de l’album, « Music For A Year In Small Paintings », elle est pour le moins surprenante. Parfois proche de la très expérimentale B.O de Minute Bodies conçue par Tindersticks l’année dernière, sans doute en partie improvisée, cette pièce musicale m’enchante moins que les autres compos de l’album, mais cela reste un objet musical des plus remarquables et impressionnants, avec une gestion des silences et des petits riens qui n’est pas sans me rappeler le meilleur de Talk Talk (et je suis le premier surpris d’écrire ça). Arrhythmia se révèle donc, surprise non négligeable, être un album d’une immense qualité, sorte d’expression absolue des fantasmes romantiques de Stuart Staples (ces paroles ou l’amour est omniprésent…). Et surtout, l’album réussit, avec une remarquable aisance, à ne pas sonner comme un simple hors d’œuvre en attendant le prochain album du groupe de Nottingham.