Swans Are Dead?

Michael Gira a déjà affirmé en interview qu’à l’âge de 14 ans, il avait pris plus de 300 fois du LSD. Pour financer la « réactivation » de son projet Swans, il sort un album solo intitulé I Am Not Insane. Il aurait été écroué en Israël pour avoir vendu de la drogue, est pote avec Thurston Moore, a enregistré le bruit d’un urinoir lancé dans un tas d’ordures pour l’album Filth, et assure avoir failli mourir étouffé en studio en enregistrant « Oxygen ». Effectivement, Michael Gira ne se prend pas pour de la merde. Je pourrais même dire que Michael Gira est un type prétentieux et névrosé. Et bien tant pis.

Swans est un groupe que j’écoute depuis longtemps, et dont la carrière, qui s’étend depuis plus de 30 ans maintenant, est remplie de disques aussi variés qu’excellents. Le véritable culte qui suit Swans depuis quelques années n’est donc pas forcément immérité. Leur carrière à suivi un cours unique, passant de la No-Wave radicale (Filth, Cop…) à l’indus sauvage (Holy Money, et surtout Public Castration Is A Good Idea, disque live éprouvant), du post-punk inquiétant (The Great Annhilator) aux envolées ambient/post-rock (le monumental Soundtracks For The Blind, double album dense et complexe). Swans restera cependant à jamais ancré en moi grâce à White Light From The Mouth Of Infinity, disque plein de lumière et d’espoir, alternant odes à l’amour (« Song For Dead Time », « Love Will Save You ») et compositions martiales (« Power and Sacrifice », « Song For The Sun »).

Après la fin de Swans, annoncée avec le somptueux album live Swans Are Dead, Gira tuera le temps avec une poignée de projets, notamment le développement de son label Young God Records, et un autre groupe, les Angels Of Light, groupe de folk spectral et expérimental. La suite, elle est connue : Michael Gira qui assure qu’il est pas fou et qu’il « réactive » Swans, un disque sympa en 2010, puis deux disques prodigieux en 2012 et 2014, The Seer et To Be Kind. Deux ans après ce dernier sort donc The Glowing Man, dernier disque de ce que Michael Gira nomme « cette itération » du groupe.

Alors, Swans Are Dead? De nouveaux disques suivront-ils? Si oui, avec quels musiciens? Les Angels Of Light renaîtront-ils un jour? Je n’en sais rien et je m’en fiche. Pour être honnête, le délire général autour de chaque fais et gestes des Swans m’épuise. Je ne comprends d’ailleurs pas comment un groupe réputé pour sa puissance sonore et ses structures ultra-répétitives a réussi à devenir un groupe aussi hypé (la presse paresseuse, sans doute). La seule et unique chose qui importe avec Swans, c’est qu’ils font des putains d’albums. Des putains de bons disques.

Car, au risque de me faire des ennemis (au sein même de SWQW d’ailleurs), je le soutiens : les deux derniers disques du groupe sont des tueries absolues, et ce nouvel album place encore une fois la barre très haut. C’est un nouveau mastodonte de près de deux heures, qui comprend trois morceaux de plus de vingt minutes et qui se veut tout aussi lourd et massif que ses prédécesseurs. Ouais, ce nouveau Swans est parfois racoleur, ringard, utilise des trucs et astuces éculés. Et pourtant, qu’est-ce qu’on passe un bon moment à l’écoute de The Glowing Man.

Le nouveau Swans est un album surprenant, atypique, assez différent, dans le fond comme dans la forme, de ses prédécesseurs. The Seer et To Be Kind étaient des disques qui dégueulaient de guests (Jarboe, Karen O, Alan Sparhawk de Low sur The Seer, St. Vincent, Cold Specks sur To Be Kind)? Il n’y en a pas de superstars sur The Glowing Man. The Seer et To Be Kind étaient les disques de la démesure? Oui, il y a de longs morceaux sur The Glowing Man, mais les morceaux sont plus fluides, plus maîtrisés. Surtout, le son de The Glowing Man diffère, se rapprochant encore des disques des années 90 : la bande de Gira ne recherche plus la violence, elle cherche l’harmonie, la maîtrise des grands espaces sonores. Exit, donc, certains passages embarrassants de To Be Kind.

The Glowing Man, donc, je le dis, ce n’est pas ses prédécesseurs, c’est quelque chose d’autre. Alors, c’est quoi? Tout ce dont tu as toujours rêvé, peut-être : des pistes souvent très longues, où Michael Gira est finalement peu bavard. Quand il chante, on retrouve les mêmes choses que d’habitude, les mêmes démons (“Children, i am blind, i am blind, i am blind…” sur “Cloud of Forgetting”, “Follow, Follow, Follow the Sleeper, man…” sur “The World Looks Black”). Surtout, sur ce nouveau disque, tous les morceaux finissent par se tordre dans une tempête de bruit, ou les percussions de Thor Harris et la gratte de Norman Westberg font des merveilles. Avec de très légères colorations math ou kraut, ces compositions parviennent à chaque fois à conserver un semblant de suspens, alors qu’on sait très bien qu’avec de telles montées en puissance, le tout ne peut qu’exploser.

Je n’ai pas envie de m’étaler à faire du name-dropping, chaque morceau étant de toute façon excellent. Disons simplement que cet album est à mettre aux côtés des meilleurs albums des Swans, qu’il contient quelques-uns des meilleurs morceaux du groupe (allez, si on devait en choisir un, ce serait “Frankie M.”), et surtout que, enfin, Swans parvient, sur tout un album, à synthétiser parfaitement des montées en puissance d’une élégance rare et des plongées au cœur de l’apocalypse. Le parfait épilogue d’une résurrection comme peu de groupes ont su en vivre. Et comme d’habitude, ils ont le dernier mot : il fallait évidemment que le dernier morceau de Swans sous sa forme actuelle se nomme “Finally, Peace.”!

Artiste : Swans

Release : The Glowing Man

Label : Young God / Mute

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