En l’anodin an 2014, tout le petit monde du death metal bien informé vit la vierge dans le second album de Morbus Chron, Sweven. Un disque de death metal d’une richesse stupéfiante, progressif, un brin crasseux, excessivement bien composé et tout ça fait dans les règles : à la fois dans le respect dû aux anciens et avec ce qu’il faut de personnalité. Las, le groupe annonça sa séparation en 2015, alors que tout le petit monde susnommé attendait fébrilement la suite.

Depuis : rien. On était donc passé à autre chose, après tout Morbus Chron ne serait pas le premier groupe à sortir un album génial avant de disparaître dans la nature sans même daigner essaimer de quelque groupe post-split recomposé après avoir plus ou moins soigneusement viré le membre cagneux / trop camé / trop ingérable / trop occupé par son job de vétérinaire.

Printemps 2020 : confinés, nous n’attendons clairement plus aucun signe de bonne volonté de la vie, et pourtant, Morbus Chron renaît en quelque sorte de ses cendres via ce premier album de… Sweven, la filiation ne faisant tellement aucun doute qu’elle est clairement mise en avant pour attirer le chaland (s’il en reste, parce que 6 ans après on ne peut pas dire que Morbus Chron soit encore sur toutes les lèvres). J’ai par exemple pour ma part pris connaissance de la naissance de ce groupe via la page Facebook de Morbus Chron, qui annonçait il y a peu ce nouveau groupe et un premier album imminent.

Derrière Sweven, donc, le membre et compositeur principal de Morbus Chron, le suédois Robert Andersson, aidé de deux exécutants (dont un déjà présent sur scène avec Morbus Chron). Le gazier confie ainsi que Sweven (le disque) a tellement défini sa musique et lui-même en tant que musicien qu’aucun autre nom ne pouvait être envisagé pour Sweven (le groupe). Bien, on sait donc parfaitement à quoi s’attendre.

Et alors, quoi, il est bien ce premier Sweven ? Il est très bien, mon petit père. Il sonne effectivement comme le successeur de Sweven (le disque), ce qu’il est, d’ailleurs, et tout est bien qui finit bien. La ressemblance est même tellement forte qu’elle en serait un tout petit peu abusée si le résultait n’était pas si bon. Dans le son, les guitares se font peut-être un chouia moins tranchantes que chez Morbus Chron, atténuant ce petit fumet de Metallica 80’s pourtant pas désagréable.

Mais qu’en dire, dans le détail, puisque tu aimes ça, les détails ? Eh bien on retrouve la richesse de Morbus Chron dans les compositions tortueuses, les longs arpèges qui ambiancent le chevelu, les breaks tantôt assassins tantôt acoustiques, les nombreux et imprévisibles riffs brise-nuques et le chant hargneux subtilement enfoncé dans le mix, tout en étant souligné de l’écho 80’s qui va bien.

Un death-metal tranquillement épique, déployé sur des tempi de sénateurs et qui ne joue absolument pas la surenchère de brutalité mais au contraire travaille ses atmosphères, emprunte généreusement au rock psychédélique (The Sole Importance), au rock progressif (The Spark, Sanctum Sanctorum, Solemn Retreat), au heavy-metal (Visceral Blight) et au doom (Mycelia), tout en glissant ça et là quelques accélérations meurtrières.

Forcément, tout cela rappelle le Opeth des débuts (pré-Blackwater Park), mais d’une manière moins clinique et bipolaire : toutes les sonorités et notamment les variations acoustiques/électriques sont très intriquées, ce qui conjugué à une production 100% bio donne un rendu assez vintage et DIY bien agréable. On reste donc à bonne distance de la violence martiale de Death, même si là aussi l’influence se fait sentir dans les recoins parce que what else ?.

Bref, voilà un album rempli jusqu’à la gueule d’instrumentaux brillants, de twists mélodiques et de compositions aussi chiadées qu’imparables. Et comme tu as le temps de t’y plonger au lieu de t’acharner sur tes lubies punk contextuelles (tu es énervé et entravé, je le vois bien), voilà assurément le disque de métal de ton confinement.