terra_tenebrossa_highres_coverart

J’avais mis beaucoup de temps avant d’écouter le premier Terra Tenebrosa. Bizarrement, le retour de Breach me faisait plus fuir qu’autre chose, de peur de retrouver un vieil amour terni se débattant tant bien que mal pour faire revivre les fantômes du passé. Une fois l’appréhension franchie, The Tunnels, bien qu’un peu jeune et longuet, avait été une bonne surprise, une grosse claque, et une plongée abyssale peu commune.

Du coup j’attendais The Purging au tournant, et histoire de faciliter les choses, il reprend les hostilités là où son grand frère les avait arrêtées : l’humanité est décimée, des créatures masquées terrorisent les seuls survivants qui n’ont plus d’autres solutions que de crier, ou sombrer dans la folie.

Seulement, une fois l’apitoiement passé vient le temps de l’action et de la révolte. The Purging est donc plus rentre-dedans et dans un sens plus breachien (The Compression Chamber, House Of Flesh), mais tout en gardant l’ambiance mortifère collant à la peau de ce projet. Combinée à un soupçon supplémentaire de violence et d’engagement, l’horreur se fait alors très souvent beauté, et le tumulte se transforme en coup porté en plein cœur de l’auditeur, mettant par la même occasion tous les Cult Of Luna du monde à terre dans cet exercice.

Pourtant, la technique est la même qu’auparavant, à savoir une batterie lente et répétitive, parfois aussi complètement chaotique, des riffs de plomb, des synthés torturés, et une voix artificiellement rendue inhumaine pour lui donner la force de conduire la masse instrumentale vers les hautes sphères de l’intensité musicale. Et plus que le gain d’un côté direct et accrocheur, ce qui fait la différence ici est le recul et la maturité. La maîtrise de la dynamique et de la durée est alors totale, et il ne nous reste alors plus que nos oreilles pour pleurer d’émerveillement (Black Pearl In A Crystalline Shell, et surtout Disintegration).

The Purging représente alors plus qu’une réussite, c’est l’achèvement d’une démarche entreprise il y a bien longtemps pour proposer une noirceur schyzophrène à la fois contemplative, plombante, mouvante, et percutante. A l’heure où d’anciens Breach sortent de l’ombre, cette fois-ci à visages découverts via The Old Wind, curieuse et agréable madeleine de Proust néanmoins vite lassante, il est intéressant d’observer de façon si évidente toute la dichotomie d’un des plus grands groupes de tous les temps. On se rend alors facilement compte de la part qui, depuis toujours chez eux, passionne, fascine, et perturbe.

Artiste : Terra Tenebrosa
Release : The Purging
Date de Sortie : 22/02/2013
Label : Trust No One, Apocaplexy
Acheter cet album