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Un peu en manque d’ultra-violence de qualité au cours de ce bel été, mon intérêt avait alors été tout naturellement titillé par cet article lu sur Pelecanus et consacré au premier album du groupe The Armed. On y décrivait une musique sans compromis et qui pour une fois semblait excitante dans la catégorie hardcore chaotique. Du coup, je me rue sur le truc, avant de déchanter très vite sur les premières écoutes et de me sentir plus aigri que jamais. La fin de l’histoire, c’est qu’au fur et à mesure, j’ai été contraint de revoir mon avis, et que bien que l’on ne soit ici pas en présence de la pépite tant fantasmée, cet Untitled faisant suite à plusieurs EPs sortis depuis 2010 vous garantira quelques belles heures d’éjaculations précoces.

Comme tu l’auras sûrement deviné par l’emploi du terme hardcore chaotique dans mon introduction, la musique de The Armed s’inscrit dans la continuité directe des jalons posés entre autres par Converge et Dillinger Escape Plan, et tu retrouveras à peu près à parts égales les influences de ces deux monstres. De plus, on peut déceler chez ces garçons biens sous tous rapports un penchant pour les mélodies épiques qui pourrait les apparenter au registre melo si le tout n’était pas englouti sous un océan de distorsions purulentes. On se délectera alors à chercher sur certains morceaux comme Nervewrecker ou Forever Scum ces brins de mélodies sous les décombres, ce petit jeu garantissant à cet Untitled une durée de vie bien supérieure aux autres disques du même genre. Chef d’orchestre de ce maelström, Nick Yacyshyn (déjà époustouflant chez Baptists et Sumac) malmène ses futs avec une rigueur implacable et un sens de l’efficacité assez rare. Là encore, si certains plans peuvent de prime abord déstabiliser, c’est avec le temps qu’on prend un malin plaisir à subir encore et encore ces bataillons de mandales option marteau piqueur.

Dans tout ça, ce qui finalement impressionne le plus est la haine qui dégouline de ces trois quarts d’heure plutôt intenses. La fougue et l’implication dont fait preuve le quintet de Detroit pour vomir sa rage forcent en effet clairement le respect et on lui pardonnera alors les quelques erreurs de parcours, comme les moments plus calmes assez téléphonés et qui ennuient plus qu’autre chose (Dead Actress, Polarizer), ou quelques morceaux un peu longs, comme ce Paradise Day qui pourrait être un tube interplanétaire si son refrain pourtant ultime n’était pas répété jusqu’à l’overdose. Bref, on sent encore une certaine jeunesse du groupe en terme de composition, et si les lascars maîtrisent désormais leurs penchants les plus violents, il leur faudra savoir gérer les temps faibles pour devenir imparables ou, à l’instar d’un Nails, resserrer les rangs pour être le plus percutant possible et revenir sur des formats plus courts comme c’était le cas précédemment. N’est pas Converge qui veut, on le sait très bien.

Néanmoins, ces petites imperfections rendent ce disque attachant et ne l’empêchent pas d’élever le groupe au niveau d’Oathbreaker et Code Orange, les deux seules formations vraiment marquantes ces derniers temps dans un style qui peine à trouver un nouveau souffle. C’est déjà pas si mal, finalement.

Artiste : The Armed
Release : Untitled
Date de Sortie : 23/06/2015
Label : No Rest Until Ruin
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