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Voilà plus de dix ans que The Chap sort des disques foufous, condensés de kraut atomisé et de britpop rigolote. Voilà surtout plus de dix ans que The Chap sort des disques qui montrent ce que devrait être la pop indé britannique, maintenant perdue dans une auto-parodie lassante. De cette discographie complexe et mutante, on retient en particulier le plutôt gentil Mega Breakfast et surtout le colossal et méga-dansant Well Done Europe (tiens, un autre titre de circonstance).

Ainsi, trois ans après leur dernier assaut, The Chap se retrouve de nouveau à nos murailles, avec un album agressif et peut-être un poil moins pop que par le passé. Pas de doute cependant : on retrouve le Chap tel qu’on l’avait laissé. La batterie, en particulier, deviendrait presque un gimmick, avec ses rythmiques bordéliques, aberrantes de précision et de maitrise, surtout avec l’ouverture décapante What are People For, et sa brillante suite, Post-Doom-Doom. Tour-à-tour, le disque sonne math rock, dance-punk, voire comme un bordel monstre, qui donne de la tête un peu partout et te fout des gifles à plus savoir quoi en foutre. Comme d’habitude, le tout est servi par une prod sobre et blanche comme neige, ou le plus grand des chaos se construit sur du béton armé.

Sinon, on retrouve le cynisme et l’humour cher à The Chap, avec des noms de tracks parfaits (Franklos Mr Shanklos, Reunited With Cash, ou encore, Guitar Messiah), les chœurs féminins complètement décalés, et comme d’habitude, un texte plein d’humour : « make me ready to be market ready », entend-on sur Student Experience. En général, tout cela parle beaucoup de galère financière, de temps gâché et de l’absurdité de notre société. Bref, The Chap rit beaucoup, et on se marre avec eux.

Pourtant, tout cela est, il faut bien le dire, un peu plus vénère. Présenté comme « un disque de political rock songs » (ce qui n’est même pas tout à fait faux), il semble mettre les claviers, sinon sur le bas-côté, du moins en retrait. A la place, les nappes sonores de The Chap sont plus intenses, et servent des guitares et une basse qui pulsent. Par moment, on semble se trouver sur un split entre les Futureheads et Django Django, mais genre, en bien. Charitable Action, en particulier, dégueule de guitares bien dégueulasses, et il y a Jammer, track inexplicable qui nécessite plus d’une écoute pour être appréciée à sa juste valeur.

Je divague, je suis verbeux, je parle en image quand les faits sont là : The Chap a sorti un album franchement bon, c’est tout. Bien qu’il ne soit pas aussi réussi que les précédentes saloperies de la formation anglo-allemande, il faut bien avouer que le bousin reste fortement recommandable, avec son mélange de pop songs parfaites et de musique de guerriers. Bref, du fun en barres.