Du bon vieux rock psychédélique-slash-progressif, sauce Claypool.

the_claypool_lennon_delirium_-_monolith_of_phobos

Faisant face à une année 2016 sabbatique pour Primus, Les Claypool s’était d’abord mis en tête de reformer Oysterhead, son éphémère all-star prog-band apparu en 2001. Cette éventualité écartée – le Doodle mis en place par Claypool pour réunir le batteur de Police (ouch) Stewart Copeland et le leader de Phish (oufti) Trey Anastasio n’a manifestement rien donné – Claypool s’est mis en recherche d’un nouveau projet pour occuper son précieux temps. Et il n’a pas eu besoin d’aller chercher bien loin, puisque le sympathique Sean Lennon, fils d’un certain John et d’une incertaine Yoko, et dernièrement leader des sympathiques The Ghost of a Saber Tooth Tiger, était dans le coin, prêt à jammer avec papa Les pour mettre en branle ces velléités de collaboration nées de jams durant la tournée commune Primus / The Ghost of a Saber Tooth Tiger de l’été dernier.

Bon, si ces individus ne te sont pas familiers et que tu flippes un peu sur le tag « prog-rock » de cette chronique, tu peux penser que cette affaire risque de craindre un maximum. Car que donnent généralement la rencontre entre un bassiste virtuose à couvre-chef, un « fils de » plus ou moins fiable et trop de temps libre? Des performances fatigantes, comme celles dans lequelles se vautrent Jason Bonham ou Geddy Lee (au hasard), voilà. Sauf que là, il s’agit de Les Claypool, un type qui traine certes dans les circuits peroxydés des vedettes du dad-rock US, mais surtout un freak à l’univers et l’exigence imperméables à toute forme de médiocrité. Existe-t-il un mauvais disque de Primus? Non. Existe-t-il un mauvais disque de Claypool, tous projets confondus? Non plus, au pire quelques enregistrement dispensables, comme n’importe quel bonhomme qui fait de la musique depuis 30 ans.

Et puis, j’ai toujours du mal à considérer un disque de Les Claypool comme du simple « rock progressif ». Il s’agit avant tout de bizarrerie, d’histoires et visuels abracadabrantesques évitant subséquemment les banalités, et puis bien sûr, il y a cette voix de canard théatrale et ce jeu de basse complètement autre. Mais bon, faute de meilleure étiquette et puisque Claypool lui-même ne la réfute pas, allons-y : rock progressif. Sache simplement que tu ne trouveras pas ici de branlette de manche stérile, et qu’une vraie exigence émane de ce projet, loin d’être le cabotinage instrumental pour fans de Yes et Genesis quinquagénaires qu’il aurait pu être. Ok?

Monolith of Phobos ressemble même pas mal au dernier disque de Primus, l’excellent Green Naugahyde (2011). Sean Lennon ne fait réellement entendre son touché pop psychédélique que sur une moitié des titres (dont la très « Beatles-sur-son-lit-de-slap » Ohmerica), et comme le garçon est un peu juste pour prendre seul en charge l’écriture d’un LP entier, l’association avec un auteur-phagocyteur de la trempe de Claypool est l’environnement idéal pour mettre en valeur ses humbles qualités de mélodiste. The Claypool Lennon Delirium sonne alors un composite 70% Claypool/30% Lennon – encore que le bassiste insiste sur la qualité manifeste du jeu de guitare de Lennon, qui s’est par ailleurs également chargé de la batterie sur ce projet – soit un ratio tout à fait légitime.

The Claypool Lennon Delirium vient donc de sortir un excellent album, brillant et immersif, totalement anachronique et inattendu. L’archétype de la bonne surprise, d’autant que si tu es fan de Primus, la dernière sortie du groupe (Primus & the Chocolate Factory with the Fungi Ensemble, soit la réinterprétation de la BO du Charlie & La Chocolaterie originel) t’a probablement aussi peu convaincu que moi ; on peut alors dire que l’incident est clos. The Claypool Lennon Delirium sucks.