Sonder l’infini. Illuminer l’invisible. Construire le vide. Innocenter les peurs.

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Parfois, les mots rechignent à vouloir parler d’un disque, quand bien même dès la première écoute l’envie est là. Pourtant, il m’avait fallu très peu de temps pour savoir que quelque chose de bien particulier s’échappait des mélopées orchestrées par les Italiens de The Emerald Leaves, bref, que j’étais (enfin !) tombé sur un beau disque dans l’océan des sorties banales. Mais rien n’y a fait, les mots se sont faits attendre à mesure que les écoutes se répétaient, alors que le plan de chronique semblait des plus simples.

Pour commencer, je devais parler d’Edible Woman, autre entité tournant autour du Romain Andrea Giommi et formation très atypique car à cheval sur un grand nombre de courants musicaux, peinant alors à trouver son public, malgré une qualité de composition et une originalité des plus rares. Dans mon schéma mental typique de chronique, la seconde partie consistait en l’établissement de la passerelle vers The Emerald Leaves, en disant que cette nouvelle formation explore plus en profondeur le côté nostalgique intrinsèque au dernier album d’Edible Woman, Nation. L’athmosphère, très automnale, est portée par une guitare baignée dans l’éther, répétant ses gimmicks math-rock dans une réverb gracieuse, jusqu’à former un cadre agréable pour projeter ses souvenir de vacances et d’amours perdus. En étonnante symbiose apparaît une section rythmique toute en rondeur qui assied la grande classe de la musique alors délivrée. Les voix, étranges et très typées, se battent elles aux côtés des guitares pour te faire lentement vaciller et travailler la perte de repères.

Pour approfondir l’ambiance globale et les sentiments qui transparaissent de ces sept titres, j’aurais pu t’évoquer le cliché de la balade en voiture, un soleil de plomb dans ta face, là où l’agression te transporte dans un état second, source de bien être. J’aurais également pu être plus citadin, évoquer une balade de nuit dans une mégalopole futuriste, le genre d’image où le poids de l’environnement ne fait qu’accentuer la solitude de l’âme. Car c’est bien de solitude (et de balades en voiture) dont il est question dans cet album, solitude introduite par le rapport d’échelles démesuré entre l’individu et son entourage, interprété ici par les très beaux fourmillements des guitares. Aucune critique ni prise de position pour autant, juste un beau récit d’une interrogation sur un état de fait qui ressemble plus à une conditions aux limites qu’à un élément perturbateur.

Tout ça pour dire que ce premier album des Italiens a trouvé en moi une cible ouverte à sa cause et que ce chaleureux bain s’est fait avec grand plaisir. Très cohérent d’un bout à l’autre, ce court album ravira autant qu’il pourra laisser impassible, la limite entre bon goût et kitsch étant souvent approchée, mais jamais franchie. Le tout est au final assez bien arrangé et les strates assez finement agencées pour que l’illusion se matérialise, que l’écran se déroule, et que les images se mettent d’elles-mêmes à parler.

Artiste : The Emerald Leaves
Release : S/T
Date de Sortie : 13/06/2014
Label : Jus De Balles Records
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