Il y a franchement un engouement pour Shadow People, le nouvel album des Limiñanas. Il ne sera pas l’occasion ici de dire que cet engouement est immérité, simplement qu’il arrive probablement très tard. Car la formation originaire de Perpignan fait finalement la même chose depuis des années, depuis presque dix ans et pas mal d’albums, à savoir une pop/rock qui n’a de psychédélique que ses morceaux ultra-répétitifs (ce qui, ici, n’est pas une mauvaise chose). Seulement, pour des raisons assez obscures, le groupe semblait plus connu dans la sphère musicale anglo-saxonne qu’en Gaule, et alors même que leur nouvel album convoque des grands messieurs d’outre-manche et d’outre-atlantiques (on en reparlera), la presse française semble découvrir ce qu’elle voit comme un groupe « d’authentique rock&roll »*.

Alors, il a quoi de nouveau, cet album? Des tubes, déjà. Encore plus que sur le déjà plus conventionnel Malamore sorti il y a deux ans, le groupe balance des titres toujours plus doux, toujours plus amples. Les compositions gagnent encore en richesse, et on a de plus en plus l’impression de ne plus écouter seulement les leaders Lionel et Marie (le premier continuant de cultiver son image de marque, avec une barbe impressionnante et une promo en mode lunettes noires), mais également une chiée d’autres musiciens. Et puis cette impression est sans doute renforcée par la présence de Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre), au point que le titre ou ce dernier est invité au chant, « Istambul Is Sleepy », ressemble à s’y méprendre à du très bon BJM.

Ce n’est pas le seul invité de marque qu’on entend sur l’album. Il y a déjà Pascal Comelade, compagnon de longue date, mais surtout, le centre de l’album est occupé par quatre featurings de qualité, qui permettent à l’album de varier un peu les plaisirs. Sont présents Emmanuelle Seigner, dame à la carrière musicale apparemment plus que recommandable, pour un « Shadow People » doux et sucré. Peter Hook, lui, à la basse et entre-entendu pour des « Oh, no no no… » sur « The Gift », est moins convaincant, même si le morceau est plutôt cool, avec des faux relans de New Order sauce psyché. Et il y a enfin Bertrand Belin, à la voix sur le déconcertant « Dimanche » et aux claviers plus tôt sur l’album. Si j’ai d’abord été au moins agacé par sa performance, c’est désormais un réel plaisir d’écouter ce « Dimanche » habité, répétitif et prenant, qui est finalement un des sommets du disque.

Problème de ces invités, le reste de l’album apparaît à première vue comme grave moins sexy. Si « Le Premier Jour », avec le parler-chanter façon Serge Gainsbourg (encore et toujours une influence majeure) génial de Lionel Limiñanas, est un chouette morceau, la fin de l’album est très clairement en dents de scie, entre un « De La Part Des Copains » très cool et un « Pink Flamingos » qui brise complètement le mood de l’album. Mais on se contentera de ça, non? Il faut bien avouer qu’avec ce nouvel album, les Limiñanas évoluent lentement, avec un soin béton accordé à la production, avec une série de morceaux variés mais qui forment un disque terriblement cohérent. Shadow People est un album réussi, blindé de bonnes idées et franchement addictif (« tu veux un cachou? », comme disait l’autre…).

*Je n’ai pas lu l’article de Rock & Folk, mais on doit pas être loin de l’expression.